En Europe francophone, bien des yeux sont rivés sur Lous and the Yakuza, jeune chanteuse belgo-congolaise perçue comme une future princesse R&B. Il est vrai qu’elle a une voix souple et ce qu’il faut de mordant pour se démarquer. L’air de rien, dans un emballage plutôt pop nourri au rap, elle pose un regard assez cru sur le monde et ses zones d’ombre auxquelles elle s’est frottée.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Extrait de Tout est gore, de Lous and the Yakuza

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Lous (pseudonyme de Marie-Pierra Kakoma) est née en République démocratique du Congo en 1996. Réfugiée en Belgique au tournant des années 2000, sa famille a ensuite vécu quelques années au Rwanda jusqu’à son retour définitif à Bruxelles, en 2011. La jeune femme n’était pas au bout de ses peines : son désir de devenir chanteuse lui a valu d’être mise à la porte par ses parents médecins, qui souhaitaient la voir embrasser la même profession. Et de connaître l’itinérance.

Ses chansons, réalisées par l’Espagnol El Guincho (collaborateur de Rosalía), sont principalement portées par la voix flexible de la jeune chanteuse, qui fait passer en douce des choses pas toujours jojo. Elle se montre à la fois vulnérable et frondeuse (comme sur Quatre heures du matin, où elle raconte un viol du point de vue de l’agresseur et de la victime) et donne du corps à des morceaux habilement construits sur des sonorités synthétiques.

IMAGE FOURNIE PAR SONY

Gore, de Lous and the Yakuza

Gore est un album léger en apparence seulement, où Lous montre à la fois son bagout et sa résilience. En entrevue à la télévision belge, elle a raconté que ses mois dans la rue lui avaient permis de voir de l’amour et du partage. « J’ai découvert beaucoup de lumière », a-t-elle dit. Et si la vie est gore, Lous sait la rendre plus belle, en faire accélérer le pouls, sans occulter ses mauvais côtés.

★★★½

R&B. Gore, de Lous and the Yakuza, Columbia/Sony.