Il y a trois ans presque jour pour jour, Gord Downie rendait l’âme à 53 ans, victime d’une forme rare de cancer du cerveau. En juillet 2017, le chanteur de Tragically Hip se rendait en studio pour la dernière fois, pour la conclusion d’un processus de création organique amorcé au printemps précédent avec son ami Josh Finlayson. Away Is Mine se veut ainsi l’ultime élan créatif d’un homme qui s’est donné tout entier à son art, jusqu’à son dernier souffle.

Pierre-Marc Durivage
Pierre-Marc Durivage La Presse

À l’image de ses cinq autres albums solos, Away Is Mine montre un côté plus mélancolique et plus posé de celui qui a été pendant plus de 30 ans une bête de scène inimitable au sein de Tragically Hip. Mais contrairement à son opus précédent, Introduce Yerself, collection de lettres d’adieu livrée 10 jours après sa mort, Away Is Mine est un témoignage introspectif livré sans fard par un artiste manifestement en paix avec son destin.

Extrait d’About Blank, de Gord Downie

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Les meilleures chansons de l’album sont aussi celles qui offrent les passages les plus poignants, en particulier la conclusion de The Least Impossible, où il dévoile une franche vulnérabilité en confiant ne pas vouloir partir tranquillement — « I don’t want to just go extinct quietly »ou encore celle d’About Blank, où le chanteur souligne l’importance d’être entouré des siens — « Come be surrounded by those who love you the most ». D’ailleurs, le fils et les deux filles de Gord Downie ont directement contribué au dernier projet de leur père, Lou derrière la batterie, Clare et Willo aux pinceaux en créant la pochette d’album.

Enregistrées en trois jours seulement, les 10 courtes chansons sont présentées en deux versions distinctes, une première relativement bien servie par les arrangements à saveur électro de Nyles Spencer, qui avait aussi travaillé sur les deux albums précédents de Downie, mais aussi sur l’excellent Man Machine Poem, ultime disque de Tragically Hip, lancé en 2016.

IMAGE FOURNIE PAR ARTS & CRAFTS

Away is Mine, de Gord Downie.

Si elles s’avèrent inventives, les trouvailles de Spencer sont parfois un peu trop appuyées, ce qui rend encore plus pertinent l’ajout des chansons en version acoustique, une demande de Josh Finlayson, qui sert parfois mieux le propos de Gord Downie, notamment sur Untitled, qui clôt l’album. Néanmoins, les versions « électriques » proposent généralement un mariage réussi entre l’utilisation des synthétiseurs et celle des violons, des guitares et des mandolines aux accents dixie.

Finalement, si cette dernière offrande de Gord Downie n’est pas la plus remarquable de sa carrière, elle témoigne avec émotion de la force créatrice d’un artiste d’exception qui aura marqué à jamais l’histoire du rock canadien.

★★★

Folk-rock. Away Is Mine, de Gord Downie, Arts & Crafts Productions.