Un 14e album déjà pour l’auteur-compositeur-interprète Francis Cabrel, qui ne sort que deux disques par décennie environ depuis 30 ans (sur une quarantaine d’années de carrière), mais qui persiste dans son blues-folk et, encore une fois, ne se trompe pas.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Ce qui est bien avec la musique de Francis Cabrel, c’est qu’elle sonne toujours comme du Francis Cabrel. La grande prise de risque n’est pas vraiment son genre, et le musicien de 66 ans est un être d’habitude (artistiquement, du moins), semble-t-il. On pourrait certainement le lui reprocher, si ce n’était du fait que dans ce retour continu aux mêmes repères, il parvient chaque fois à insuffler assez de fraîcheur (dans les textes, surtout) pour que ça fonctionne.

Et pour ceux que cette musique a accompagnés au fil des ans, comme un repère qui ne change pas alors que tout est constamment en mouvement, il fait bon replonger dans l’univers du chanteur occitan à l’accent aussi poétique que sa prose. Le musicien ne réapparaît que ponctuellement, tous les cinq ans. Il est rare, discret, ce qui le rend aussi précieux. Et son travail patient lui permet de créer une musique bien faite, comme c’est le cas sur ce plus récent album.

Extrait de Rockstars du Moyen Âge, de Francis Cabrel

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Sur À l’aube revenant, dans les ballades et les pièces folk, rock et blues, la guitare, sa fidèle guitare, dicte les belles mélodies tout au long, comme le piano, ici et là, et la batterie, discrète. Des chœurs féminins se font aussi entendre et allègent le ton (sur Fort Alamour, par exemple, ils donnent un groove rafraîchissant), comme c’était le cas déjà sur In extremis, son opus précédent, paru il y a cinq ans.

Le premier extrait de l’album, Te ressembler, aux airs latins et à la trompette omniprésente, est ce qu’on aura de plus aventureux dans le répertoire récent de Cabrel. Avant et après elle, dans les 12 autres pièces qui l’accompagnent, c’est un retour au bercail. À l’aube revenant est un album poétique, épuré et franchement beau, tout simplement.

Le chanteur français continue de dire ce qu’il a à dire et de faire part de ses sentiments, cette fois, entre autres, sur ses inquiétudes par rapport à l’état de notre planète, maltraitée. Il veut qu’on se parle davantage, il décrit le temps qui passe vite, trop vite peut-être. Il se lance également dans une écriture plus personnelle. Bien sûr, il nous a habitués à des textes intimes, mais cette fois, c’est à son père qu’il s’adresse sur Te ressembler.

IMAGE FOURNIE PAR CHANDELLE PRODUCTIONS

À l’aube revenant, de Francis Cabrel

La thématique maîtresse de l’album était l’œuvre et l’héritage des troubadours. On se réjouit de voir que le sujet a laissé de la place à d’autres thèmes. Mais on apprécie aussi lorsqu’il est abordé, particulièrement sur Rockstars du Moyen Âge, où, sur les cordes et la guitare acoustique (un peu moyenâgeuse dans son picking), Francis Cabrel chante en français et en occitan. D’ailleurs, les intonations permettent ici de nouvelles explorations sonores intéressantes.

On reconnaît encore l’influence du rock américain, notamment avec l’entraînante Parlons-nous, sur Chanson pour Jacques (en hommage au chanteur Jacques Dutronc) ou dans la très réussie reprise de Sweet Baby James, de James Taylor, sur laquelle Cabrel a posé sa propre poésie. Pour la 14e fois, cette poésie l’emporte sur tout.

★★★★

Chanson. À l’aube revenant, de Francis Cabrel, Chandelle Productions.