Ce quatrième album d’Antoine Corriveau est une espèce de voyage plein de relief, qui passe à travers des plaines, des forêts et quelques aspérités. Mais ce chemin qui va de la pop au rock abrasif, en passant par la chanson et d’étranges expérimentations, est tellement viscéral qu’on ne peut que monter avec lui dans sa vieille Corolla 2002 pour voir ce qu’il y a au bout.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Et même si, parfois, on est surpris par ses choix – par exemple, la douce piano-voix Un arbre est précédée de la très rock Albany, suivie de l’étrange Cheapcheapcheap, et l’hymne pop Maladresses est beaucoup trop court, même si c’est vrai qu’on peut toujours l’écouter trois fois d’affilée ! –, le parcours n’est jamais décevant, surtout stimulant. Une impression de puissance se dégage de Pissenlit, dont cinq chansons ont été enregistrées avec cinq batteurs (!) – Quelqu’un et Maison après maison, entre autres, qui sont traversées par une poésie grave. Mais à travers ces 13 pièces qui semblent se parler et se répondre, il y a aussi un grand sentiment de liberté porté par la vastitude du territoire, une certaine douceur, de l’introspection, un peu d’autodérision, des prises de conscience, un engagement.

IMAGE FOURNIE PAR LA MAISON DE DISQUE

Pochette de l’album Pissenlit, d’Antoine Corriveau

Antoine Corriveau n’a pas peur de se mouiller et réussit à traiter de racisme (Ils parlent) et de différence (l’émouvante Le bruit des os, à la fois chanson d’amour et d’ouverture). Mais toute la démarche de l’album semble se cristalliser autour de la planante Les sangs mélangés, qui parle de la situation des autochtones avec doigté et sans clichés, qu’il partage avec Erika Angell – elle en a écrit et en chante la moitié en anglais. On sent que l’auteur-compositeur-interprète y a tout mis, toute sa sensibilité et tout son talent, pour ajouter une pierre à l’édifice d’une meilleure compréhension de l’autre.

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L’album se termine avec deux chansons plus apaisées, Disparition et En Corolla, et en les écoutant, on se dit non seulement qu’on a fait avec Antoine Corriveau, à travers la fulgurance de ses textes et la recherche de sa musique, un voyage en très bonne compagnie, mais aussi qu’il nous a rendus un peu meilleurs.

★★★★

Rock
Pissenlit
Antoine Corriveau
Secret City Records