Dumas a donné mercredi soir le premier, mais aussi le dernier spectacle d’une série de huit qu’il devait présenter à La Tulipe en octobre. Le nouveau confinement annoncé lundi, et qui entrait en vigueur mercredi à minuit, aura donné à cette soirée unique un côté crève-cœur, même si le chanteur avait manifestement décidé de ne pas s’apitoyer sur son sort.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Les billets pour ce spectacle pendant lequel l’auteur-compositeur-interprète joue intégralement son mythique album Le cours des jours, sorti en 2003, s’étaient rapidement envolés. C’était une sorte d’annonce de retour à la normale pour les amateurs de musique, la fin d’une longue attente de six mois après les spectacles dans des cinéparcs et les captations sur le web.

Dans une salle aux tables et aux chaises distancées pouvant accueillir 176 personnes, au lieu de 530, l’ambiance était donc aux retrouvailles. Les cris, les mains dans les airs ont témoigné dès le début au chanteur du bonheur de le revoir, mais aussi de renouer avec l’ambiance d’un spectacle : les éclairages qui éblouissent, la batterie qui fait trembler le plancher, la ligne de basse qui fait hocher la tête, les riffs de guitare qui caressent la peau.

Dumas savait, et nous aussi, que ce bonheur serait de courte durée. C’est seulement à la fin de J’erre, pendant que les spectateurs chantonnaient doucement avec lui, qu’il a souri en lançant un merci muet, manifestement ému. Le chanteur avait d’ailleurs refusé les demandes d’entrevue depuis lundi, préférant se concentrer sur la préparation de son spectacle.

Spectacle pendant lequel il a enchaîné, dans l’ordre, toutes les pièces du Cours des jours, accompagné des musiciens de l’époque : François Plante à la basse, Jocelyn Tellier à la guitare, Jean-Phi Goncalvez à la batterie et Vincent Rehel aux claviers. Et qu’il a commencé avec un joyeux clin d’œil en montrant un extrait d’une critique de Claude Rajotte à l’époque de MusiquePlus, qui lui accordait un 8 sur 10, mais qui doutait du potentiel commercial de l’album…

Plus de 15 ans plus tard, il est évident que les chansons tiennent toujours la route et qu’elles ont véritablement marqué une génération. Arizona, Je ne sais pas, Avant l’aube, autant de pièces qui ont traversé le temps et qu’il a interprétées avec, on aurait dit, la même candeur.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Dans une salle aux tables et aux chaises distancées pouvant accueillir 176 personnes, au lieu de 530, l’ambiance était aux retrouvailles.

Il a aussi eu la même réception qu’à l’époque, et c’était beau de sentir l’ambiance malgré la distance, même si les cris résonnaient avec moins d’amplitude qu’à l’habitude, quand la salle est pleine à craquer. Et il faut le dire, lorsque le rythme funk et les lumières discos ont commencé à animer la place sur Le désir comme tel, et que l’ambiance a continué à se réchauffer sur Vol en éclats, il était étrange de le voir danser seul sur scène, alors que chacune des personnes présentes dans la salle se retenait pour ne pas se lever de sa chaise et faire comme lui. Passer tout un show de Dumas assis reste tout de même quelque chose d’antinomique.

La première partie s’est terminée sur la toujours poignante Linoléum, et Dumas s’est alors adressé à la salle pour la première fois de la soirée. « C’est spécial pour plein de raisons, mais la principale, c’est qu’on joue ensemble pour la première fois tous les cinq depuis 15 ans », a-t-il lancé.

Le groupe a alors offert une série de chansons écrites entre 2003 et 2006 et, tout à coup, c’était comme si toute la pression était tombée des épaules du chanteur. On a retrouvé le Dumas délié et souriant qu’on a toujours connu sur scène. Les aimants, Alors alors, Au gré des saisons, Les secrets, les hits ont défilé, et avec plus de monde dans la salle, le plafond de La Tulipe aurait probablement sauté. C’est vraiment à ce moment que la communion installée depuis le début s’est concrétisée et que chaque parcelle de la salle s’est mise à vibrer.

Dumas est un marathonien. On s’est souvenu de sa série de 33 concerts au National à l’époque de Fixer le temps, de sa récente tournée solo de près de deux ans. Lorsqu’à la fin, il a crié au public debout « On se revoit bientôt », on a su que c’était vrai et qu’il n’était pas vaincu. Nous non plus. Et que ce spectacle conçu pour « envoyer du positif et faire changer les idées » nous reviendrait.

Difficile de dire quand, bien sûr — espérons novembre, les spectacles prévus pour ces dates sont encore maintenus alors que celles qui sont reportées sont encore indéterminées —, mais il reviendra. Parce que la musique est bel et bien aussi un service essentiel.