Jorane a fait chanter, danser et tempêter son violoncelle sur les scènes du monde, l’accompagnant de son chant — d’abord dans une langue inventée, puis en français et en anglais. Elle a aussi mis son sixième sens de compositrice au service du cinéma. Elle tâte, explore et creuse depuis 20 ans, cartographie une sensibilité musicale à nulle autre pareille.

Alexandre Vigneault Alexandre Vigneault
La Presse

Sur sa page Bandcamp, Jorane se dit maintenant « spéléologue musicale ». L’image est belle. Elle a du sens aussi. Surtout à la lumière d’Antimatière, exploration électroacoustique conçue avec la collaboration d’un maître en la matière, le compositeur Robert Normandeau. Parue à la fin du mois d’août, cette œuvre n’est pas un album ni même un mini-album. C’est un morceau de presque 20 minutes, qui invite à suivre un récit sonore délicat traversé de moments de tension, mais suscite surtout un sentiment d’élévation.

IMAGE FOURNIE PAR L-ABE

Antimatière, de Jorane

Suivant son instinct, la compositrice agence les sons et les couleurs, étend des nappes sonores texturées derrière lesquelles on devine ici une voix, là des cordes pincées ou des percussions minimales. Ses matériaux sonores conservent un filet de mystère, ce qui contribue à rendre sa proposition engageante.

Extrait d’Antimatière, de Jorane

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Jorane expérimente, mais sans chercher à choquer l’oreille. Et si on ne peut pas dire qu’elle innove, ce procédé ouvre une nouvelle porte sur son imaginaire musical et fait image dans la tête de l’auditeur, où naissent des paysages évanescents et des sentiments fuyants. Son Antimatière n’est pas porté par un vent fou, mais par un souffle presque philosophique qu’on reçoit comme un baume.

★★★

Électroacoustique. Antimatière, de Jorane, L-Abe.