Tout nouveau venu sur la scène hip-hop québécoise, Fredz fait paraître ce vendredi son premier album, intitulé Personne ne touche le ciel. Si sa carrière a décollé rapidement et qu’il vise bel et bien le ciel, le rappeur, du haut de ses 18 ans, garde les deux pieds sur terre.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

« Je suis dans un cours sur Zoom en même temps que je te parle ! », nous lance Fredz au bout du fil, en plein milieu de l’entrevue, précisant que le prof est au courant.

Voilà qui répond directement à notre question, à savoir s’il poursuit ses études tandis qu’il se lance à pieds joints dans sa carrière musicale. « L’école, c’est important. Même si ça marche avec la musique, c’est important d’être éduqué et c’est bien d’avoir un backup aussi », affirme le lucide cégépien.

Il a également un emploi d’animateur dans un centre pour enfants. Mais tandis que son premier album est lancé vendredi, Fredz ne sait pas s’il pourra continuer à travailler. « Je n’ai pas beaucoup de temps pour la musique, dit-il. Je fais ça l’été. Il y a quelques semaines, j’aurais dit que je garde l’école, la job et la musique. Mais avec le lancement de l’album, je vois ce que c’est d’être vraiment occupé, ma semaine a été assez éprouvante. »

Le rappeur prévoit de « lâcher [sa] job et prendre moins de cours » à l’école pour mieux composer avec sa toute nouvelle réalité. De jeune musicien prometteur partageant ses improvisations sur les réseaux sociaux, il est rapidement passé au statut d’artiste sous contrat avec une maison de disques sur le point de faire paraître un premier album.

Repéré par K. Maro

Tout a commencé avec un message direct envoyé sur Instagram par le chanteur K. Maro en personne, après que celui-ci eut vu une de ses vidéos d’improvisation. « Je ne connaissais pas K. Maro », avoue Fredz.

Le musicien lui dit alors qu’il sera de passage à Montréal avec l’équipe de sa maison de disques, E47 Records, et qu’il souhaiterait le rencontrer. « On s’est vus deux fois et j’ai compris qu’ils envisageaient vraiment de me faire signer, raconte Fredz. J’ai fini par le faire quand j’ai eu 18 ans. »

Peu de temps avant, il avait été contacté par une autre maison de disques, mais avait refusé son offre. « Je ne me sentais pas à l’aise avec eux et je m’étais dit que j’allais tout faire [indépendamment]. J’étais dans cet état d’esprit quand K. Maro m’a contacté, alors je n’étais pas sûr. Mais l’ambiance était super bonne et après avoir lu les contrats et fait mes démarches, j’ai signé au début de l’année. »

Trouver de quoi parler

Fredz apparaît donc déjà sur de nombreux radars. Sa musique et son style piquent la curiosité. Ses textes, ses productions et son flow sont convaincants.

Ça ne fait pourtant pas si longtemps qu’il fait de la musique, encore moins du hip-hop. Vers ses 15 ans, il a attrapé une guitare pour faire « comme Émile Bilodeau ou Karim Ouellet ». Assez vite, il se tourne plutôt vers la production de musique, à la maison, dans ses temps libres. Il apprend comment faire en regardant « beaucoup de vidéos YouTube ». « Je voulais avoir du monde pour poser [leurs voix] sur mes instrus. Finalement, je me suis dit que je pourrais juste le faire moi-même », explique Fredz.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le rappeur Fredz a été repéré par le chanteur K. Maro.

Il se met à chanter et rapper, puis à publier ses chansons sur le web. « J’ai commencé pour me démarquer, dit-il. Tout le monde va à l’école, joue aux jeux vidéo, moi, ça me tentait d’être différent. » Pourquoi avoir choisi la musique pour faire sa marque ? « Je me suis toujours imaginé sur scène », affirme Fredz.

La composition ne lui est pas venue de façon spontanée. « Tu pars d’une page blanche. Moi, je n’ai pas connu la misère, je ne pouvais pas parler de ça. Je n’avais pas grand-chose à dire au début », dit le jeune homme de 18 ans.

Il s’est inspiré du travail des artistes qu’il apprécie. « Je me suis intéressée à Nekfeu, Koriass, au rap français », dit Fredz.

Je suis un grand contemplateur, mes textes sont inspirés de ce qui m’entoure. Je te parle pas de ma vie, mais de celle de ses locataires.

Fredz, en citant notamment les paroles de l’une de ses chansons

Vivre sa musique

Au-delà de ses inspirations, Fredz a trouvé son propre style, qu’il décrit comme « un compromis entre le hip-hop et la pop ». « J’alterne beaucoup entre les genres, dit-il. Par exemple, j’ai une chanson très trap, plutôt agressive, mais aussi une autre qui est ultra lover. Ce qui relie les chansons ensemble, c’est la trame narrative. »

L’album Personne ne touche le ciel, écrit ces derniers mois, pourra ainsi plaire à un grand nombre. Le lancement, vendredi, se fera virtuellement depuis le bar l’Anti, de Québec. Les spectateurs peuvent se procurer un billet gratuit pour assister à la performance.

C’est d’ailleurs à travers un écran que Fredz a fait ses premiers vrais pas. Sa carrière a pris son envol au moment où le confinement commençait. Le rappeur est impatient de pouvoir aller à la rencontre de son public. « Je fais de la musique, mais c’est sur scène que je la vis », dit-il.

Comme tout le monde, il regarde vers l’avenir en attendant de voir ce que la pandémie permettra ou non. Fredz a toutefois déjà en tête de se lancer dans son prochain projet. « Après cet album, je vais tourner la page. C’est un album de présentation, le prochain ne sera pas solo, mais avec des collaborations. Vous savez mon univers, là on va rentrer dedans pour vrai », affirme-t-il avec détermination.

Il n’a peut-être que 18 ans, mais Fredz ne manque ni de présence d’esprit ni d’ambition. Et au fait, pourquoi le « z » dans son nom d’artiste ? « Je ne voulais pas un nom trop différent du mien, mais quand je suis sur scène, je ne suis pas totalement Frédéric. Le “z” vient représenter mon côté artiste. »