Tenir un festival en partie virtuel représente un défi même pour un MUTEK, lieu où convergent pourtant l’art et la technologie. Ses organisateurs proposent néanmoins une édition « hybride », avec des spectacles en salle d’artistes d’ici et d’ailleurs au Canada et la diffusion d’une vingtaine de prestations captées sur trois continents exprès pour l’évènement.

Alexandre Vigneault
Alexandre Vigneault La Presse

Plateforme propre au festival

MUTEK a, comme tout le monde, dû s’adapter aux contraintes de la pandémie. En plus d’avoir reporté l’évènement de deux semaines — il se déroule de mardi à dimanche —, ses organisateurs ont opté pour ce qu’ils appellent une formule « hybride » : une partie des prestations et des conférences auront lieu en salle, à Montréal, et les autres seront accessibles en ligne. Ensuite, toute la programmation sera rediffusée gratuitement sur l’internet selon des horaires adaptés aux fuseaux horaires des Amériques, de l’Asie (Tokyo) et de l’Europe. Un « MUTEK remixé », selon l’expression privilégiée par son directeur, Alain Mongeau.

« On ne voulait pas juste un festival de streaming, précise-t-il. On a voulu créer une expérience relevée sur ce plan. » Ainsi, plutôt que d’envoyer ses fans sur des plateformes comme Facebook ou Twitch, le festival a décidé de créer la sienne : il a développé six espaces (dont trois scènes virtuelles et une galerie d’art) et même fait en sorte que les spectateurs puissent interagir entre eux par clavardage.

Live en « studio »

PHOTO BRUNO DESTOMBES, FOURNIE PAR MUTEK

MUTEK dit avoir mis le paquet pour capter les prestations immersives des artistes de manière intéressante pour une transmission sur l’internet. Sur la photo, le projet de Nicola Cruz et de Fidel Eljuri présenté l’an dernier.

Il est plus facile de retransmettre à l’aide d’une caméra le tour de chant d’un chanteur folk que les expériences immersives proposées par MUTEK. « On a mis le paquet en matière de diffusion, en réaction à toutes ces performances spontanées des derniers mois. On n’a rien contre, dit Alain Mongeau, mais je pense que les attentes envers MUTEK sont différentes. »

L’organisation a envisagé chacun de ses lieux physiques (la Cinquième Salle de la Place des Arts et le dôme de la SAT, essentiellement) comme des studios de captation. « On se disait : au pire, on ne pourra pas avoir de public, mais on sera en mesure de transposer les expériences proposées par les artistes de manière intéressante », ajoute-t-il.

Les performances seront captées par plusieurs caméras simultanément (entre six et huit). Les spectateurs qui assisteront aux versions virtuelles de celles présentées à la Cinquième Salle pourront même choisir leur point de vue sur l’œuvre puisqu’il est possible de passer d’une caméra à l’autre. La même flexibilité n’est pas offerte au dôme de la SAT, où les diffusions seront totalement dirigées par une équipe de réalisation. « Il a fallu choisir nos combats », explique Alain Mongeau.

PHOTO ARCHIVES LA PRESSE

Dans le cadre de sa prestation à MUTEK, Patrick Watson explorera notamment les synthétiseurs modulaires.

Local en salle

MUTEK a toujours été une vitrine pour les artistes d’ici et d’ailleurs au Canada. Avec la pandémie, c’est juste plus évident. Monter une programmation en salle 100 % québécoise et canadienne n’a d’ailleurs pas été un gros enjeu pour le festival. « Ça n’a rien changé pour nous », assure Alain Mongeau.

MUTEK a mis en place un processus d’appel de projets à l’échelle canadienne qui fait en sorte qu’il en reçoit entre 200 et 300 par année. « Les gens savent qu’on est toujours à la recherche de nouveaux projets, alors on se retrouve souvent à les présenter en première mondiale », ajoute le directeur.

Celui-ci attire l’attention sur The Echo Chamber, de Martin Messier, artiste que le festival suit depuis une dizaine d’années et dont la nouvelle création est présentée deux fois mardi. « Il développe des dispositifs avec lesquels il interagit sur scène sur le plan sonore et visuel », précise Alain Mongeau. The Echo Chamber s’inscrit dans la lignée de Field, performance avec laquelle l’artiste a tourné sur la scène internationale.

Le directeur de MUTEK suggère aussi de s’intéresser à Alexis Langevin-Tétrault, qui explore des zones semblables. En plus de GGROUNDD, projet de Line Katcho et de Guillaume Cliche, il souligne la présence de Patrick Watson à MUTEK avec un projet intitulé Bleue, « étude de la mélancolie électronique » réalisée à l’aide d’instruments modulaires, à laquelle participent également les collaborateurs du musicien Mishka Stein et Saw Woywitka.

PHOTO FOURNIE PAR MUTEK

Le danseur japonais Hiroaki Umeda fait partie du volet international virtuel de MUTEK.

International sur la Toile

Le volet international de MUTEK a surtout été développé en collaboration avec les différentes antennes du festival en Asie (Tokyo), en Europe (Barcelone) et dans les Amériques (Buenos Aires, Mexico, San Francisco). Aucune des performances venues de l’étranger n’aura lieu en direct, mais toutes ont été captées spécialement pour ce MUTEK 2020, assure Alain Mongeau, et avec le même souci d’offrir une expérience audiovisuelle relevée aux spectateurs.

Il invite d’abord à découvrir ou à revoir Hiroaki Umeda, danseur japonais qui devait d’ailleurs être au Festival TransAmériques en mai dernier. « Il a une façon assez unique de s’immerger dans des environnements audiovisuels avec une synchronicité assez incroyable sur le plan du son et de l’image », explique le directeur de MUTEK. L’artiste nippon offre une courte performance de huit minutes lors d’un programme dans lequel on retrouve aussi Ai.step, Junichi Akagawa et Sakura Tsuruta & asagi.

Après avoir cité en exemple Mabe Fratti et Milena Pafundi, du Mexique, Alain Mongeau invite aussi à découvrir Efe Ce Ele, artiste trans d’origine colombienne qui travaille notamment en Argentine. « Elle utilise des sources numériques et microbiologiques pour générer des éléments audiovisuels », explique-t-il. Ce travail est, dit-il, « assez dynamique » au chapitre du son.

MUTEK, du 8 au 13 septembre

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