Le piano est la « première passion musicale » du multi-instrumentaliste et membre du groupe Half Moon Run Dylan Phillips. Si le succès de son groupe l’a quelque peu éloigné de son instrument de prédilection, il a pu se rasseoir devant son piano ces dernières années et le redécouvrir. Phillips sort ainsi un mini-album de compositions au piano solo, Undercurrents, fruit d’improvisations et de méditation empreint d’une grande vulnérabilité. Entrevue.

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Vous faisiez des études au Conservatoire de musique de Montréal au moment où Half Moon Run a commencé à avoir du succès. Quelles étaient vos ambitions en étudiant le piano ?

Durant la majeure partie de ma vie, j’étais concentré sur la musique classique et le piano solo. Dans mes dernières années d’études, je commençais à avoir du travail comme accompagnateur. Mon rêve était de continuer mes études en Europe pour devenir accompagnateur professionnel. Mais je n’ai jamais terminé mes études au Conservatoire parce que les occasions pour le band sont arrivées. Il me restait juste trois mois d’études environ. Ce n’était vraiment pas une décision facile, mais pour le band, ça arrivait et il fallait qu’on donne 100 % de notre temps. Ça devenait impossible de faire les deux. La partie la plus difficile a été de ne pas terminer mon parcours avec mon professeur de piano André Laplante, le meilleur prof et le meilleur pianiste que j’ai connu.

C’est à ce moment que l’idée d’un album solo a germé ?

Au début, quand j’ai commencé à avoir le temps de m’installer au piano chez moi, j’ai recommencé à jouer des pièces classiques. Mais j’ai aussi commencé à improviser. C’était intéressant de penser plus comme un créateur que comme un interprète. J’avais eu beaucoup d’expérience en écriture, en écrivant des chansons avec le band. Le fait que j’ai pu exposer un côté créatif avec d’autres instruments m’a apporté la chance de découvrir un autre côté du piano. J’ai pu explorer ça. Mais au début, je n’avais aucune intention de sortir un album. J’étais en train de découvrir un autre côté de moi-même avec le piano, qui est ma première passion musicale. Je le gardais pour moi, comme une forme de méditation. Ça faisait sortir des sentiments nouveaux.

À quel moment avez-vous commencé à travailler sur les pièces que l’on découvre sur le mini-album ?

Elles n’ont pas vraiment de dates d’écriture. Ce sont des méditations qui évoluent avec le temps. Parfois, il y a un petit morceau ou une idée qui existe pendant longtemps et qui éventuellement se développe en une idée complète. […] Le succès du band m’a apporté la chance d’avoir un vrai piano dans ma maison. Depuis que je suis assez jeune, mon rêve était d’avoir un piano. Je me disais qu’une fois que j’en aurais un, je n’aurais plus besoin de rien ! D’avoir un piano et un peu de temps pour explorer la composition, improviser à la maison, ça m’a donné l’idée d’enregistrer ce que je faisais. Ça donne souvent des enregistrements d’une heure et demie ou deux heures à la fois. Puis, je réécoute. Et je suis surpris par certains passages et je me dis que je devrais les explorer plus.

Qu’est-ce qui vous a décidé à faire partager ces compositions au public ?

C’est surtout les encouragements de ma famille, de ma copine. Il y avait aussi un interlude sur notre premier album que beaucoup de gens ont aimé. Sans le soutien et les mots d’encouragements je ne pense pas que je l’aurais sorti !

Justement, comment vous sentez-vous de faire paraître pour la première fois un album à votre nom et non pas au sein du groupe ?

C’est 10 fois plus difficile de sortir un album solo. Cette musique est très personnelle. Ça montre un côté vulnérable de moi-même et je crois que ça prend du courage pour montrer ses vulnérabilités. Il n’a pas été facile d’en arriver à prendre la décision de le faire. Mais maintenant, je me sens très bien.

On sent que le néo-classique a le vent dans les voiles. Alexandra Stréliski en est la preuve, avec ses victoires à l’ADISQ notamment. Jean-Michel Blais est un autre exemple. Est-ce que vous le sentez aussi ?

Oui. Ça m’a d’ailleurs encouragé à sortir l’album. Je suis très excité de voir tous les succès d’Alexandra Stréliski. J’adore ce qu’elle fait. Il y a une ouverture à d’autres genres de musique en ce moment. Je ne sais pas si c’est seulement pour la musique instrumentale. Je pense que les attentes des gens envers la musique sont en train de changer. Peut-être que c’est à cause de la pandémie, peut-être parce que la fonction de la musique est en train de changer…

Parlant de la pandémie, est-ce que quelque chose se dessine pour les prochains mois, pour Half Moon Run et pour vous ? Un retour sur scène ?

On croise les doigts pour qu’on puisse jouer nos shows à Montréal en décembre. Sinon, pour mon EP de piano, j’aimerais vraiment le jouer live.