Surprise ! Half Moon Run – qui a perdu un membre depuis le confinement – a dévoilé vendredi un EP intitulé Seasons of Change. Pour l’occasion, discussion avec le batteur Dylan Phillips sur le Québec, la vague de dénonciations, la création, la maison et l’après-pandémie.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Mardi matin, 10 h, au bar Ratafia, dans la Petite Italie. Dylan Phillips n’a pas mis les pieds dans un bar depuis au moins quatre mois. Nous non plus. L’établissement a été aménagé pour que tous les membres d’Half Moon Run puissent faire des entrevues en respectant les normes de distanciation physique.

Le dernier spectacle du trio chouchou de Montréal était le 12 mars à Londres, le jour où les États-Unis ont interrompu le trafic aérien avec l’Europe. « C’était chaotique, raconte Dylan Phillips. Notre tournée suivait le virus. On se sentait mal de faire nos shows. »

Parlant de spectacle, Half Moon Run devait se produire sur la majestueuse scène des plaines d’Abraham le jeudi 16 juillet. Pendant le Festival d’été de Québec, en plateau-double avec The National. « C’était le plus grand show de notre vie, souligne Dylan Phillips. Un orchestre à cordes et une chorale devaient être sur scène… »

« Nous devions aller en Europe plusieurs fois. Et même en Turquie pour la première fois », ajoute-t-il.

Frustrant ? « J’espère que ce sera juste remis à l’année prochaine. »

Les « COVIDÉOS »

Pendant le confinement, les vidéos qu’Half Moon Run a diffusées sur les réseaux sociaux (appelées « Covidéos ») ont gardé ses membres bien occupés. Surtout Dylan Phillips, car il était en charge du mixage et du montage. Il a passé plus de temps devant son ordinateur que devant une batterie. « J’ai suivi beaucoup de tutoriels sur YouTube. Parfois à m’en arracher les cheveux. »

Pour lui qui n’utilise pas les réseaux sociaux de façon naturelle, de connecter autant avec le public de son groupe a été très gratifiant et révélateur. « Nous avons eu un témoignage d’une personne qui travaille sur la ligne de front dans un hôpital. Elle nous a écrit pour nous dire à quel point l’une de nos vidéos lui avait fait du bien après une journée difficile. »

Cela a valorisé les membres d’Half Moon Run dans leur rôle d’artiste. « On s’est dit : c’est le bon temps pour sortir de la nouvelle musique. »

Résultat : le EP Seasons of Change, sorti vendredi sans être annoncé.

> Écoutez de Grow Into Love

Le mini-album

Les chansons du EP ont été enregistrées en même temps que celles de l’album A Blemish in the Great Light, troisième album d’Half Moon Run, sorti en novembre dernier. À les écouter, la qualité est telle que c’est difficile de croire que ce sont des « restants ». « Le choix avait été difficile. Il fallait avoir seulement 10 chansons, car nous voulions sortir un seul vinyle. »

Le EP fait ressortir notre base folk. C’est la base de notre identité musicale.

Dylan Phillipps, batteur d’Half Moon Run

Sa chanson préférée ? Look Me In The Eyes (Skitstövel). « Le texte est simple, mais il y a une force dans les mots. »

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Lors de cette session d’enregistrement qui aura donné un album et un EP, Half Moon Run a travaillé avec le réalisateur Joe Chiccarelli. Monster est la pièce la plus difficile à interpréter pour Dylan Phillips. « Je joue les basses avec mon pouce, du clavier avec mes quatre autres doigts et un full drum set avec ma gauche. Je me sens comme une pieuvre. »

> Regardez Dylan Philips à l’œuvre sur Monster

Le départ d’Isaac Symonds

En mai dernier, Isaac Symonds a annoncé qu’il quittait Half Moon Run. Il était le quatrième membre officiel du groupe depuis huit ans. Ce fut une surprise. « C’est triste, dit Dylan Phillips. C’est l’un de mes meilleurs amis. C’était mon partenaire derrière la scène. Nous étions la section rythmique du groupe. Mais il n’y a rien de négatif là-dedans. […] Je pense que tout le temps qu’il a eu l’a amené à réfléchir à sa vie. On le soutient complètement dans sa décision. » 

Pour l’instant, il n’est pas question de le remplacer. Half Moon Run va revenir à une formule à trois comme à ses débuts. Un retour aux sources qui demande néanmoins un grand réajustement, dit Dylan Phillips. « C’est un défi, mais nous avons le temps de répéter. »

La vague de dénonciations

« C’est choquant et dur à entendre, mais c’est une bonne chose », dit Dylan Phillips à propos de la vague de dénonciations de nature sexuelle qui secoue le milieu de la musique. « Il y a des gens qui ne sont pas nécessairement des amis, mais que nous connaissons. Ça me dégoûte. Ce sont des comportements complètement inacceptables, mais je suis inspiré par le courage des personnes qui ont parlé. »

Le musicien est renversé par le nombre de témoignages que les gens ont fait partager.

C’est évident que c’est un problème presque institutionnel et des comportements qui sont devenus normalisés avec le temps.

Dylan Phillipps, batteur d’Half Moon Run

Le Québec

Si la sœur et la cousine de Dylan Phillips demeurent à Montréal, ses parents sont sur l’île de Vancouver. Quant à sa compagne – avec qui il a acheté sa première maison dans l’est du Plateau –, elle vient de Trois-Pistoles. Cela explique pourquoi le français du batteur est rendu impeccable.

« La pandémie nous a donné du temps pour nous occuper de la maison, souligne-t-il. J’ai fait un jardin. »

Le couple a aussi fait du camping dans le Bas-du-Fleuve et en Gaspésie. « C’est magnifique. Cela fait du bien de sortir de la ville. »

Et son dernier coup de cœur musical ? « L’album Quand la nuit tombe, de Louis-Jean Cormier. L’un des meilleurs que je n’ai jamais entendus. »

Une collaboration entre Half Moon Run et Cormier ? « Ce serait un honneur, mais je ne le connais pas personnellement. »

L’idée est lancée par La Presse…

L’après-pandémie

Depuis que les petits rassemblements intérieurs sont autorisés, les membres d’Half Moon Run sont de retour dans leur local de répétition du quartier Saint-Michel. Ils écrivent et composent des débuts de nouvelles chansons. Et ils croisent les doigts pour pouvoir donner les spectacles prévus à l’Olympia de Montréal les 17 et 18 décembre. « J’aime l’idée d’un retour à la normale, mais il faudra être patient », dit sagement Dylan Phillips.