(New York) Célébrée sur les réseaux sociaux pour avoir saboté le récent rassemblement de Donald Trump, la communauté des fans de K-Pop s’affirme de plus en plus comme activiste, loin de l’image lisse de cette musique coréenne populaire.

Maggy DONALDSON
Agence France-Presse

#rallyfail (rassemblement raté), #crowdfail (foule absente) : ils sont des centaines, depuis samedi, à célébrer sur le réseau social TikTok ce qu’ils présentent comme une opération concertée pour perturber la réunion de campagne de Donald Trump à Tulsa (Oklahoma).

Quelques jours avant l’évènement, le directeur de campagne du chef de l’État, Brad Parscale, avait annoncé que plus d’un million de personnes avaient demandé des billets, prédisant un triomphe.

Au final, les images ont montré la salle qui accueillait le président en partie vide alors que Donald Trump s’adressait à ses sympathisants, les pompiers de Tulsa estimant même que seuls 6200 spectateurs s’étaient présentés.

PHOTO NICHOLAS KAMM, AGENCE FRANCE-PRESSE

La communauté très active des fans de K-Pop, mouvement musical à la popularité mondiale, avait relayé l’appel lancé sur TikTok à réserver des places pour ce rassemblement avec la ferme intention de ne pas s’y rendre.

Aujourd’hui, elle revendique une victoire, même s’il est très difficile d’établir en quoi cette campagne a effectivement privé Donald Trump d’une salle pleine.

« J’ai réservé deux billets, mais je devais aller promener mon poisson », a publié Chris sur TikTok. « Désolé, j’étais pris. Je devais vraiment ranger mes glaçons par taille », s’est amusé Matthew Kalik. « Ça m’a pris toute la journée. »

Ni l’équipe de campagne ni Donald Trump lui-même n’ont mentionné TikTok ou la K-Pop après ce rassemblement en demi-teinte, mais la jeune députée démocrate socialiste Alexandria Ocasio-Cortez a, elle, rendu hommage au mouvement : « Vous venez de vous faire BOUGER par des ados de TikTok », a-t-elle tweeté à l’intention du président.

« Alliés de la K-Pop, nous reconnaissons et apprécions votre contribution dans la lutte pour la justice », a ajouté l’élue de 30 ans, figure montante de la gauche américaine.

« Changer les choses »

Construite sur des groupes de jeunes Coréens inspirés des « boys bands », créés de toutes pièces par des labels musicaux, la K-Pop est, a priori, un mouvement musical sans aspérité, à l’opposé de toute forme d’engagement politique.

Mais il y a longtemps déjà que la communauté des fans, au niveau de maîtrise des réseaux sociaux très élevé, se met au service de causes, principalement des œuvres de charité.

Un premier virage décisif a été opéré avec le mouvement né après la mort de George Floyd, soutenu par une bonne partie de l’armée K-Pop.

Début juin, le groupe BTS, étendard du mouvement avec ses 26 millions d’abonnés sur Twitter, a tweeté son soutien aux manifestants et affiché sa solidarité avec le mouvement Black Lives Matter.

« Les fans de K-Pop sont, en général, des gens ouverts, intéressés par les questions de société », explique CedarBough Saeji, spécialiste de culture asiatique et professeure à l’université d’Indiana.

« Et aux États-Unis », ajoute-t-elle, « la K-Pop est très soutenue par les personnes de couleur, (ainsi que) par les personnes qui s’identifient comme LGBTQ. »

Après son message, BTS a donné un million de dollars à Black Lives Matter. En quelques heures, une association montée par des fans, One in An ARMY, a alors réuni la même somme.

« Les chansons de BTS ont un rôle en ce qu’elles nous aident à avoir confiance en nous, à être gentils avec les autres, à nous soutenir les uns les autres », considère Dawnica Nadora, bénévole de One in An ARMY.

La communauté K-Pop a plusieurs fois pris l’initiative en ligne ces dernières semaines, notamment pour contrer une tentative de conservateurs de rendre viral le mot-clé #WhiteLivesMatter (les vies des Blancs comptent).

En quelques heures, des centaines de messages reprenant ce « hashtag » ont été postés par des fans mais avec un contenu dénonçant le racisme et promouvant la K-Pop.

Ils ont ainsi noyé les messages hostiles à Black Lives Matter sous un déluge de leur propre production.

« S’ils ont le sentiment qu’ils peuvent changer les choses », estime CedarBough Saeji, le regard tourné vers la présidentielle de novembre, « ils vont se convaincre que le vote sert à quelque chose. »