Lisa LeBlanc l’appelle Pâpâ. Jimmy Hunt parle souvent avec lui au téléphone. Si son fils de sang est le multi-instrumentiste et réalisateur Emmanuel Éthier – membre du groupe Chocolat –, Pierre Éthier reste une figure paternelle pour de nombreux musiciens de Montréal. À l’occasion de la fête des Pères, portrait d’un personnage unique de la scène musicale de Montréal.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Pour la fête des Pères, l’occasion était trop belle de réunir pour un reportage le musicien Emmanuel Éthier et son père, Pierre Éthier, véritable bête de spectacle ! Tous les employés et les habitués de L’Escogriffe le connaissent. Pierre Éthier a célébré ses 72 ans dans le bar de la rue Saint-Denis où il va voir des tas de spectacles et où il s’adonne souvent au crowd surfing.

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE ÉTHIER

Pierre Éthier

Pierre Éthier nous avait donné rendez-vous près de chez lui, au square Saint-Louis. Pour l’occasion, il portait ce qu’il appelle sa « chemise de lancement », à motifs de disques vinyle. Il était accompagné de deux de ses trésors : son appareil photo et sa femme, Pauline.

Pendant que son mari et son fils se faisaient croquer le portrait dans une ruelle, Pauline Éthier nous a confié qu’elle et Pierre célébreraient leur 50anniversaire de mariage le 11 juillet. « Je l’ai rencontré quand j’avais 15 ans. »

Pauline va voir presque autant de shows que son amoureux. « Cela nous garde jeunes », dit-elle.

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE ÉTHIER

Avec Lisa LeBlanc

« Nous sommes bien fiers d’Emmanuel, insiste Pauline. C’est une belle semaine pour lui. »

Emmanuel Éthier a en effet réalisé (ou coréalisé) trois albums qui se sont hissés dans la longue liste du prix Polaris dévoilé lundi dernier. « Ceux de Chocolat, de Corridor et du P’tit Belliveau », énumère sa mère avec admiration.

Le violon dès 3 ans

Né à Sorel, Emmanuel Éthier a commencé à jouer du violon à un très jeune âge.

« Emmanuel avait une flûte à bec et il faisait comme s’il jouait du violon avec un bâton dans les mains, raconte son père. Il aimait la musique. Quand il avait 3 ans, un prof m’a dit qu’il lui donnerait des cours s’il pouvait maintenir son attention pendant 15 minutes. »

L’apprentissage du violon s’est fait naturellement et rapidement. Six mois plus tard, Emmanuel donnait son premier concert au Centre culturel de Tracy. « Il ne voulait pas quitter la scène. »

L’année suivante, Emmanuel s’est produit devant 200 personnes. « C’était la fête des Pères. Je lui avais demandé comment il se sentait quand les gens applaudissaient. Il m’avait dit : “Mon cœur bat fort, fort, fort.” »

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE ÉTHIER

Emmanuel Éthier

Emmanuel Éthier avait 8 ans quand sa famille a déménagé à Montréal, rue Sherbrooke Est, près du square Saint-Louis. Le jeune violoniste est allé à l’école de musique Joseph-François-Perrault. Il a multiplié les camps de musique (Vincent-d’Indy, McGill) jusqu’au Conservatoire. Au cégep, il a toutefois décidé de mettre un frein à son parcours scolaire.

Ses parents avaient investi beaucoup d’argent, mais il sentait qu’il ne cadrait plus dans les standards de la musique classique. « À un moment donné, Emmanuel m’a dit : “Je ne veux rien savoir d’un orchestre symphonique. Je veux être sur un stage et jouer du rock”, raconte son père. J’étais fier qu’il me dise qu’il voulait mener sa propre vie. »

Emmanuel s’est rapidement taillé une place enviable sur la scène musicale indie montréalaise.

Il a commencé à tourner avec Cœur de pirate – dont il avait fait la connaissance au Conservatoire –, il a fondé le groupe Passwords, puis il a réalisé les albums de Peter Peter et de Jimmy Hunt.

> (Re)lisez notre entrevue avec Emmanuel Éthier en 2013

Depuis, Emmanuel Éthier a multiplié les collaborations et les contrats de réalisation (Bernhari, Catherine Durand), notamment pour le groupe Population II, dont l’album sortira plus tard cette année. Pierre Lapointe lui a aussi confié la réalisation de son prochain album. Les deux hommes se retrouveront en studio sous peu.

Des habitués de L’Escogriffe

Pauline et Pierre sont toujours aux premières loges quand leur fils est en spectacle.

« On fait du body surfing », lance Pauline.

« Ensemble », renchérit Pierre.

« En se tenant par la main », ajoute Emmanuel.

Pierre Éthier a célébré ses 72 ans à L’Escogriffe avec une prestation spéciale du groupe Choses Sauvages.

> Voyez une vidéo filmée ce soir-là

Dans un livre sur l’histoire de L’Escogriffe, Pierre Éthier serait sans doute le sujet d’un chapitre. Et dans l’histoire du rock québécois, il serait l’auteur de plusieurs photographies de spectacles et de groupes.

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE ÉTHIER

Le groupe Chocolat en spectacle

Pierre Éthier nous a par ailleurs transmis une photographie de Pauline avec notre regretté collègue Claude Gingras, qui habitait aussi à deux pas du square Saint-Louis. C’est même Pauline qui a suggéré le titre du livre Notes, que le redoutable critique de musique classique a publié en 2014. « Je n’ai jamais rencontré un homme avec autant de mémoire, souligne Pierre Éthier. Nous étions proches. Je le prenais souvent en photo avec son chien. »

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE ÉTHIER

Pauline Éthier et feu Claude Gingras

« Debout sur le bar »

Pauline souligne qu’Emmanuel et elle sont plutôt introvertis. « Pierre, lui, est très extraverti. Des fois, il faut l’arrêter », dit-elle. « Quand il s’énerve, il peut finir debout sur le bar », ajoute son fils.

En fait, c’est arrivé de nombreuses fois. Parfois, il demande même aux employés du bar de l’asperger d’eau.

Pierre Éthier a aussi énormément de conversation. Saviez-vous que les pois chiches avaient des vertus aphrodisiaques ? « Papa, ça va se ramasser dans La Presse », l’avait pourtant averti Emmanuel pendant l’entrevue.

Voilà, c’est fait.