Le monde des arts est sur pause. Au cours des prochaines semaines, nous parlerons à des auteurs, musiciens et artisans qui ont vu leurs projets chamboulés par la pandémie, histoire de prendre de leurs nouvelles.

Émilie Côté Émilie Côté
La Presse

Moins d’une semaine avant le début du confinement, Patrice Michaud se produisait en mode symphonique dans sa « plus grande salle à vie », à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, devant près de 2500 personnes. Depuis, tout a changé. 

« Du nivellement par le beau », titrait-on en haut de notre compte rendu du spectacle, sans savoir que ce serait le dernier auquel nous allions assister avant une longue période indéterminée.

C’était le jeudi 5 mars. Six jours plus tard, le président américain Donald Trump fermait les frontières aériennes pour les Européens. Puis, le premier ministre du Québec François Legault interdisait tous les rassemblements de 250 personnes et moins. C’était le début du confinement.

« Quand je pense à mon spectacle, j’ai l’impression que cela fait tellement longtemps », lance Patrice Michaud.

« J’en parle souvent aux membres de mon équipe. Nous avons été tellement chanceux, dit-il. Et cela s’inscrit dans un contexte de grand privilégié global. »

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Le 5 mars, Patrice Michaud a fait un spectacle en mode symphonique dans sa « plus grande salle à vie », à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts, devant près de 2500 personnes.

Après ce spectacle, l’auteur-compositeur-interprète devait entrer « de toute manière » dans un cycle professionnel de répit et de création. « J’ai à peine d’engagements à annuler. Je touche du bois… Il reste que c’est une claque sur la gueule pour mes amis, mes pairs et l’industrie de la musique. »

Mais si la crise du coronavirus va laisser des traces, elle n’affectera pas la création. Bien au contraire, croit Patrice Michaud. « On s’en sort tout le temps. La musique trouve toujours sa place, peu importe la tempête. Je dirais même que cela la fouette… C’est pour l’industrie que c’est inquiétant. »

De petits acteurs vont disparaître, regrette l’artiste originaire de la Gaspésie.

Le triste sort des spectacles

Avec le nouveau modèle d’affaires de la musique – et la chute des revenus – dicté par l’écoute en ligne (streaming), le spectacle était « le dernier bastion » rentable.

Le spectacle permet aux artistes de vivre de ce qu’ils font. De vendre un t-shirt par-ci, par-là et peut-être un peu d’albums. Bien là, tout tombe à l’eau.

Patrice Michaud

C’est sans compter tous les musiciens de tournée qui se sont retrouvés sans contrat du jour au lendemain. « Je suis super proche de mon band et de mon équipe, dit Patrice Michaud. Mon sonorisateur a six garçons… Il y a le macro de l’industrie, le portrait global, qui m’inquiète. Et le micro, ma garde rapprochée, qui m’affecte beaucoup. »

Le bon côté des choses ? Cette période de confinement va inspirer les artistes comme l’a fait le printemps érable. « J’en suis convaincu, dit Patrice Michaud. Même moi, je le sens en travaillant des tounes. J’en ai une dont le titre est : La grande évasion. C’était plus fort que moi. »

« Cela colore le processus de création, poursuit l’auteur-compositeur. Déjà, je tripe à découvrir le travail à distance avec deux amis musiciens. L’échange ping-pong m’allume même si je suis dinosaure avec la technologie. »

« À mon avis, chaque projet va avoir une histoire forte, poursuit-il. Le comment va être intéressant. »

Patrice Michaud cite l’album de Postal Service, sorti en 2003 sur l’étiquette Sub Pop, qui était le fruit de la correspondance musicale entre Ben Gibbard (Death Cab For Cutie) et Jimmy Tamborello (Dntel et Figurine).

« Je suis peut-être un peu fleur bleue, mais je pense qu’on va sortir de tout cela avec une effervescence artistique. »

« Et il va y avoir un repli vers la consommation locale. »

En tout cas, « on écrit un gros chapitre des prochains livres d’histoire », lance Patrice Michaud.

Un certain spleen

Sinon, pendant ce Grand Confinement, Patrice Michaud confie ne pas vivre de l’angoisse, mais du « spleen ».

Sa famille le recentre. « J’ai la chance d’avoir des enfants dans la bonne bracket d’âge. Mes enfants ont 6 et 8 ans. On fait l’école à la maison. C’est relativement facile. »

Et Patrice Michaud s’informe, mais pas trop.

Pour ceux qui écoutent l’émission de radio Plus on est de fous, plus on lit !, sachez qu’il a relevé le défi de terminer la lecture du roman-fleuve Guerre et paix, de Leon Tolstoï.

L’ancien étudiant à la maîtrise en création littéraire s’est même fait faire une casquette sur laquelle il est simplement écrit « Tolstoï ».

Patrice Michaud invite par ailleurs les gens à se « faire des plaisirs qui n’en seraient pas », sauf en vacances. « Il y a longtemps que je voulais lire le dernier livre de Fred Vargas. J’ai aussi acheté un gros livre sur le whisky », le fameux Atlas mondial du whisky, de Dave Broom.

Comment passer à travers ce confinement ? « Au jour le jour », lance sagement Patrice Michaud.