(Paris) Jusqu’à peu, les titres d’artistes méconnus inspirés par le coronavirus inondaient les plateformes, mais désormais les voix réputées appellent sur les réseaux sociaux à respecter le confinement, de Michael Stipe, ex-REM, à Bono, en passant par Cœur de pirate.

Philippe GRELARD
Agence France-Presse

Certains titres écrits il y a plus de 30 ans ont un écho contemporain. It’s the end of the world as we know it (1987) de REM refait ainsi surface dans les listes de lecture. Et c’est ce refrain qu’entonne l’ex-leader du groupe, Michael Stipe, dans une vidéo faite maison, a cappella, lunettes de vue et barbe de deux semaines.

Il met ensuite en garde : « on va vers l’inconnu avec le coronavirus, mais c’est réel, c’est sérieux et c’est maintenant ». Et rappelle — « après avoir parlé à des amis en Italie » — les conduites à suivre en temps de confinement pour éviter que les hôpitaux « soient submergés ».

Autre star planétaire, Bono, chanteur de U2, s’est filmé devant sa baie vitrée au piano, interprétant un inédit Let your love be known dédié notamment « aux médecins et infirmières ».

Derrière ses lunettes à verres fumés roses, il chante une histoire d’amour, parabole de la quarantaine sanitaire : résultat, 3 millions de vues sur Facebook. « Silence », « rues désertes », « isolement » résonnent pour dire que la « distance » n’empêche pas messages d’amour et de soutien.

« Partie de leur travail »

La Québécoise Coeur de pirate publie sur Twitter une petite vidéo vue plus de 300 000 fois dans laquelle elle s’accompagne au clavier et chantonne les consignes en temps de COVID-19 à destination de son jeune public. « On ne niaise pas (on ne rigole pas, NDLR), french pas ton voisin/Protège les autres parce que l’été s’en vient ».

« Il y a un effet grossissant des réseaux sociaux, mais il n’y a rien d’inattendu à ce que les grands artistes s’emparent des grands sujets. Ils estiment que ça fait partie de leur travail. La Shoa, les attentats, ou des catastrophes humanitaires ont déjà donné lieu à d’innombrables œuvres », commente auprès de l’AFP Bertrand Dicale, journaliste spécialiste musique.

Le Guadeloupéen Admiral T a lui opté pour une production dancehall. En introduction de Coronavirus — plus de 142 000 vues en trois jours sur YouTube — on entend deux samples bout à bout : Emmanuel Macron qui s’adresse à ses « chers compatriotes de l’Hexagone et d’Outremer » et l’humoriste Jamel Debbouze qui hurle « on va tous mourir », gimmick d’un de ses sketchs.

« Au bout d’un chemin »

Le chanteur mélange ensuite français et créole pour rappeler que la pandémie n’est pas une science fiction (« syansfiksyon »). Et comme il n’y a pas de vaccin (« Pani vaksen »), scande-t-il, tout le monde doit rester confiné (« konfiné »).

La Grande Sophie, en France, a posté sur Instagram Ensemble, joué face caméra à la guitare sèche. Ses paroles jonglent avec les contraintes imposées par le virus : « Nous arrivons au bout d’un chemin/Nos habitudes nous lâchent la main ».

Dans un message écrit, l’artiste souhaite par ailleurs « beaucoup de courage à tous ceux atteints par le virus », au « personnel soignant » et à celui « des commerces », « bien souvent sans gants ni masques, sans protection, qui subissent l’afflux, les peurs et parfois les humeurs de la population ».

Tous ces morceaux laisseront-ils une trace ? Pas sûr. « Vincent Scotto, auteur reconnu de Sous les ponts de Paris signe en 1916 Les Boches, c’est comme des rats. C’est un succès. Mais quand je l’ai fait reprendre par le chœur de Radio France récemment, sa maison de production ne savait même pas que c’était de lui », raconte Bertrand Dicale.