Prix Victoire de l’artiste féminine de l’année, devant Christine and the Queens et Vanessa Paradis. Une tournée à succès qui culmine avec un Zénith à Paris. La Française Jeanne Added, qui a connu toute une année, vient faire un petit tour au Québec à l’occasion du festival Mile Ex End, à Montréal.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

La carrière de Jeanne Added, 38 ans, est à l’image de son évolution entre ses deux disques et sur scène : tranquillement, mais sûrement. « Tout est progressif, il n’y a pas eu d’hystérie collective, nous a-t-elle dit au téléphone, quelques jours avant de prendre l’avion pour le Québec. Quand ça va vite, ça doit être plus difficile à gérer. »

Il faut dire qu’avant de se lancer dans la pop électro il y a quelques années, la chanteuse avait déjà derrière elle des études de conservatoire en musique et en chant lyrique et une carrière bien remplie de musicienne de jazz.

« Je suis extrêmement mature ! », dit-elle en rigolant. 

Mais c’est vrai que j’avais déjà une vie de musicienne, de travailleuse de la musique, en fait. Ça change un peu la donne.

Jeanne Added

Tout en avançant dans sa « nouvelle » carrière, la chanteuse a appris à utiliser davantage son corps sur scène. « Oui, et ça fait partie de mes grandes joies. » Il faut dire qu’il est plutôt difficile de bouger lorsqu’on joue du violoncelle… « C’est exactement pour ça que j’ai arrêté ! »

Et sur son deuxième album Radiate, sorti en 2018 et qu’elle a créé avec le duo électro franco-écossais Maestro, sa voix pure et profonde est davantage mise en avant.

« Sur mon premier album [Be Sensational, en 2015], il y avait une telle urgence de faire des morceaux, se rappelle-t-elle. C’était tellement intuitif et déjà beaucoup de sortir ma musique, j’avais un peu réduit ma voix. Il y avait des couleurs que je n’utilisais pas, j’avais littéralement et consciemment réduit la tessiture. Et là, j’ai rouvert les portes, tout aussi consciemment. Et ça fait du bien ! »

Une question de langue

À force de se faire poser la question, la chanteuse originaire de Reims a fini par se demander elle-même pourquoi elle avait fait le choix de chanter en anglais. « Je suis une humaine poreuse et j’entends quand on me parle. Je commence à entrevoir pourquoi les gens me posent la question, alors que ça ne me touchait pas du tout il y a même quelques mois. »

L’anglais est venu naturellement « peut-être pour être concentrée sur la musique ». Mais Jeanne Added trouvait surtout que pour le genre de musique qu’elle fait, « une sorte de dance triste », l’anglais sonnait mieux.

« En ce moment, je suis en train d’essayer d’écrire en français. Ce n’est pas plus difficile, c’est juste que ça fait une autre musique. Je ne sais pas encore ce que ça va donner, mais ça m’excite plutôt. Ça fait partie de mon travail d’essayer de nouvelles choses. »

Question de cheveux

Jeanne Added s’identifie au courant queer. « C’est ma façon de voir le monde, et c’est ce qui me semble le plus intelligent en ce moment », dit-elle. Pour elle, il est hyper positif qu’une chanteuse comme Chris ait réussi à devenir une artiste fédératrice sans faire de compromis. « Elle met toujours la barre plus haut dans sa pratique artistique. Ça m’impressionne beaucoup. »

Mais Jeanne Added l’admet et l’a souvent répété en entrevue : c’est pour pouvoir évoluer dans le monde en général et le milieu de la musique en particulier qu’elle a décidé d’adopter les codes masculins.

« Ce n’est pas une démarche consciente. J’ai d’ailleurs fait la paix très tard avec ça, à mes 30 ans. Avant je luttais, j’essayais de rentrer dans le moule », dit Jeanne Added, qui trouvait difficile et violent d’être confrontée à ce qu’on attend de la féminité.

C’est quelque chose de très personnel. Ça n’a rien à voir avec ma musique, qui est le lieu de mes convictions, de mes peurs, de mes forces !

Jeanne Added 

Mais si on lui parle tant de son apparence, ajoute-t-elle, c’est uniquement à cause de sa coupe de cheveux.

« Tout le temps. On en est encore là, croyez-le ou non : une fille qui a les cheveux courts, on lui pose des questions. C’est ridicule, c’est dingo », dit la chanteuse, qui s’habille aussi la plupart du temps en veste et en pantalon. « Mais des filles en costard, il y en a plein ! Récemment, Juliette Armanet, Clara Luciani, elles portent des pantalons… Mais elles ont les cheveux longs ! »

Une équipe mixte

Jeanne Added continue ainsi à cultiver son allure androgyne, mais elle est claire sur un point : chacune fait ce qu’elle veut. « On prend la tête aux filles constamment avec leur apparence. Si les filles ont envie de s’habiller en culotte et soutien-gorge, je n’ai rien contre ça », dit la chanteuse, qui trouve important de s’entourer d’une équipe mixte. « À partir du moment où on a un peu de pouvoir, on a le choix. »

Je fais attention à qui j’embauche, comment j’organise mon équipe. Je suis convaincue qu’il y a des talents de tous les sexes.

Jeanne Added 

L’effort doit être le même dans les grands festivals français de musique, où le débat autour de la parité commence à faire son chemin.

« On commence à faire attention, même si des fois, il y a encore des gros fails. Mais ça demande un effort. Jusqu’au moment où ça n’en demandera plus, où tout le monde sera suffisamment avisé pour que la question ne se pose plus. »

Jeanne Added sera en spectacle demain soir au Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue et le 1er septembre au festival Mile Ex End à Montréal.