À peine les billets mis en prévente pour les deux premières dates de la tournée Courage de Céline Dion à Montréal qu'on annonçait déjà un troisième spectacle au Centre Bell. Hier, une quatrième et une cinquième date ont été ajoutées, toujours «en raison de la demande incroyable», alors que la vente générale n'a même pas débuté. Ces annonces révèlent une stratégie de marketing pour soulever la ferveur, selon des experts.

MARISSA GROGUHÉ LA PRESSE

Nul ne doute de la capacité de Céline Dion de remplir le Centre Bell cinq soirs d'affilée l'automne prochain. C'est du déjà-vu: la diva a fait 10 dates de suite dans l'aréna montréalais lors de sa tournée francophone de 2016, et sept en 2008 pour la tournée Taking Chances

À l'annonce des deux premières dates de la tournée à venir, les 26 et 27 septembre, il n'y avait rien d'autre au calendrier du Centre Bell pour les 10 jours suivants. Même creux dans l'horaire de tournée de Céline.

Et lundi, on annonçait la première supplémentaire, puis hier, deux nouvelles dates, les 1er et 4 octobre. Les billets ne seront pourtant mis en vente que dans trois jours.

Même si elle ne peut affirmer sans l'ombre d'un doute que ces spectacles supplémentaires étaient programmés à l'avance, Caroline Lacroix, professeure au département de marketing de l'UQAM, explique que la pratique «n'est pas quelque chose de rare. Céline le fait, mais plusieurs autres artistes aussi». Quand il y a un intérêt palpable, comme c'est bien sûr le cas avec la présence de Céline Dion à Montréal, il n'est pas trop risqué de prévoir des dates avant que les premières n'affichent complet. 

Mais plus encore, l'experte explique qu'«annoncer des supplémentaires donne une image que la demande est très forte, qu'il y a énormément d'engouement autour du spectacle» à venir. 

«Ça donne une image de rareté, [...] c'est une stratégie marketing», indique Caroline Lacroix, professeure au département de marketing de l'UQAM, à propos de l'annonce de supplémentaires pour le spectacle de Céline Dion.

François Marticotte, professeur au même département, expert en stratégie de marketing et en comportement du consommateur, partage la même opinion. «Le but, c'est de donner l'impression d'être désiré, que la demande est plus forte que l'offre et qu'on sait s'ajuster à cette demande», observe-t-il. Le professeur va jusqu'à dire qu'il y a une sorte de «fausse modestie» dans cette tactique de vente, puisqu'il est vraisemblablement déjà calculé bien à l'avance que des dates seront ajoutées après l'annonce des deux premières.

Stratégie de promotion

Peut-on parler de «demande incroyable pour les billets», comme l'a annoncé evenko en révélant l'ajout des supplémentaires, alors que la vente générale n'est que vendredi?

L'entreprise n'a pas été en mesure de confirmer à La Presse le nombre de billets libérés pour la prévente ni le nombre de ventes en date d'hier. On soutient toutefois que ce sont les résultats de la prévente qui ont donné le feu vert pour des dates supplémentaires. «Il y a une quantité limitée de billets, mais on a pu juger par rapport au nombre de personnes qui ont tenté de s'en procurer», explique Philip Vanden Brande, d'evenko.

Il assure que des dates étaient en attente (sur «hold») dans le cas où on devait ajouter des supplémentaires, mais que ces spectacles additionnels n'étaient pas des certitudes. L'annonce graduelle des concerts ne serait donc pas stratégique. 

«[Montréal] est la ville de Céline. On sait qu'il y a beaucoup de fans ici. [Ils] nous ont parlé et on a répondu», explique Philip Vanden Brande, d'evenko.

Bien que la vente générale des billets ne soit que vendredi, il n'est pas «mensonger» de parler d'une demande très forte, estime Caroline Lacroix. C'est plutôt, simplement, «une stratégie de promotion comme n'importe laquelle».

Quoi qu'il en soit, les billets pour les trois premiers spectacles, dans la prévente «fan-club», s'étaient tous envolés en après-midi hier, quelques heures après l'annonce des deux supplémentaires. 

Prêts à tout

Si les billets pour les places les moins bien situées au Centre Bell sont offerts à partir de 81 $, il en coûtera 1178,25 $ pour un billet du forfait VIP diamant. À ce prix, les admirateurs obtiendront une place dans les cinq premières rangées du parterre, une place de stationnement et un portfolio souvenir. Au Centre Vidéotron, on parle plutôt de 1324,33 $.

Pour les plus modérés, l'éventail des prix pour les concerts de septembre et octobre est de 114 $ à 300 $. Des sommes que plusieurs sont prêts à payer sans hésitation. 

«Fan fini depuis 1987», Garry Provost a «amassé son argent plusieurs mois à l'avance» pour se procurer des billets au parterre à près de 300 $ chacun. La dernière fois qu'il a vu Céline, au Forum, en 1996, il avait payé 56 $, raconte celui qui trouve les prix actuels déraisonnables. 

Et les sites de revente se régalent déjà de cette prévente, alors que certains demandaient hier près de 3500 $ pour des billets du forfait VIP. 

Maude Filion a voulu passer par le site Ticketmaster pour acheter ses billets pour le concert d'Ottawa. Mais, «dans [l'excitation], j'ai, sans le vouloir, acheté des billets d'un revendeur en argent américain», raconte-t-elle. Il lui en a coûté environ 380 $ (260 $US) pour deux places. Ne souhaitant pas conserver des billets obtenus par l'entremise d'un vendeur illégal, elle a ensuite préféré racheter une autre paire au même niveau, via le bon point de vente, à 114 $ chacun. Malgré cette mésaventure, Maude ne regrette rien. «Je veux la voir avant sa retraite», lance la jeune femme de 26 ans.

Josée Laurin, elle, s'est inscrite à la «Team Céline» «dès que les concerts ont été annoncés», pour accéder à la prévente. Elle était 2000e dans la file de la salle d'attente virtuelle, elle a pu s'acheter «les billets les plus abordables» en l'espace de 10 minutes environ. La jeune femme trouve les prix des billets «raisonnables», sauf pour les forfaits de luxe, «un peu chers» à son goût. «Mais je ne suis pas si surprise que ça, dit-elle. C'est une des plus grandes chanteuses!»