L'ex-président d'Haïti Michel Martelly doit donner un spectacle à Montréal vendredi, mais plusieurs s'opposent à la venue de celui qui chante sous le nom de Sweet Micky.

VÉRONIQUE LAUZON LA PRESSE

De nombreux Québécois s'opposent à la venue de l'ancien président haïtien Michel Martelly, qui présentera un spectacle musical à Montréal vendredi. Pour beaucoup, cet homme incite au viol et à la haine des femmes, et il devrait faire l'objet d'une interdiction d'accès au territoire canadien.

«Depuis des décennies, des groupes de femmes protestent en Haïti contre les chansons de Sweet Micky. Il y a tellement de paroles agressives dans ses chansons. Elles avilissent les femmes, banalisent le viol et encouragent le viol», dit Marjorie Villefrance, directrice générale de La Maison d'Haïti, qui s'oppose à la venue au Canada de Michel Martelly (alias Sweet Micky).

Avec six autres organismes, dont le Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS), elle a adressé une lettre à la mairesse de Montréal lui demandant d'utiliser son pouvoir pour annuler le spectacle de ce chanteur, qui a été président de la République d'Haïti de 2011 à 2016.

«Oui, j'ai reçu une lettre. Mais je reçois aussi beaucoup de messages pour ou contre. Il y a différents camps qui se manifestent. À ce moment-ci, je ne vais pas prendre position dans ce dossier-là», a précisé Valérie Plante, en point de presse hier en fin de journée.

Elle a tout de même dit qu'elle condamnait les propos misogynes de cet artiste populaire.

Elle a aussi parlé avec les autorités fédérales, puisque ce sont elles « qui ont le pouvoir » de le refouler

Du côté du gouvernement fédéral

Le 2 janvier dernier, le sociologue Frédéric Boisrond a envoyé une lettre au premier ministre du Canada pour «stopper la venue de l'ex-président d'Haïti, un chanteur misogyne, violent et dangereux», a-t-il écrit à Justin Trudeau.

Il donnait quelques exemples des propos haineux qu'a déjà tenus Michel Martelly et qui ont été rapportés par différents médias.

Par exemple, alors que Martelly était au pouvoir, il a enregistré la chanson Ba Li Bannann, écrite en créole, dont Frédéric Boisrond nous a traduit un extrait par: «Prends une paire de maracas, fourre-les dans le cul de Ti-Lili. Trouve un drapeau rose, fourre-le dans le cul de Ti-Lili.»

Un journaliste du mensuel The Atlantic a résumé cette chanson en expliquant qu'il s'agissait d'une missive contre une journaliste haïtienne de renom: «Le président sortant se dépeint comme un médecin qui est appelé à insérer des objets dans la journaliste Liliane Pierre-Paul, une des journalistes les plus respectées, qui critiquait son régime», peut-on lire dans The Atlantic.

«Martelly avait un conflit avec la journaliste. Au lieu de porter plainte pour diffamation, il fait un merengue carnavalesque, un hit, qui va jouer pendant toute une saison. Alors qu'il est président de la République!», explique Frédéric Boisrond, sociologue contre la venue de Michel Martelly à Montréal.

Selon le quotidien de Port-au-Prince Le Nouvelliste, Michel Martelly aurait aussi dit, en 2015, à une citoyenne qui lui reprochait de ne pas avoir tenu une promesse électorale: «Pute...», «trouve-toi un homme», «va te faire prendre derrière le mur», «cesse de parler».

Cet incident a d'ailleurs suscité la démission de quelques-uns de ses ministres.

Avant d'être au pouvoir, Sweet Micky a aussi créé une polémique en avouant être un admirateur d'O.J. Simpson, en plein procès pour double meurtre, dont celui de son ex-femme.

Des réponses qui se font attendre

Revenons à la lettre de Frédéric Boisrond. Le 21 février, le cabinet du premier ministre du Canada a répondu par écrit: «Je puis vous assurer que l'honorable Ahmed D. Hussen, ministre de l'Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté, saura accorder toute l'attention nécessaire aux préoccupations que vous avez exprimées».

Hier encore, M. Hussen n'avait pourtant pas contacté Frédéric Boisrond.

À La Presse, l'attaché de presse du ministre de l'Immigration a expliqué que le Ministère intervient rarement dans ce genre de cas. Ce sont les agents de l'Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) qui sont chargés de prendre ce type de décision.

Et que dit l'ASFC?

«L'admissibilité de tous les voyageurs est déterminée au cas par cas en fonction des renseignements disponibles et fournis à l'agent des services frontaliers au moment où les voyageurs veulent entrer au Canada», a répondu par courriel, Stéphane Malépart, directeur des communications.

Lorsque Michel Martelly arrivera à la douane, l'ASFC pourrait donc l'intercepter.

Rappelons qu'en 2016, l'humoriste français Dieudonné avait échoué à entrer sur le territoire canadien, car l'ASFC lui avait refusé l'accès.

Pour ce qui est de Michel Martelly, il ne semble pas se formaliser de l'attention médiatique que suscite son spectacle à Montréal. «C'est de la publicité gratuite pour Micky», aurait-il répondu, selon le média Loop Haïti.

Il aurait ajouté qu'en 1994, des gens avaient aussi contesté sa venue au Canada et qu'il avait alors fait «salle comble». «J'ai enflammé Montréal.»

Le spectacle Sweet Micky: Black Tuxedo Affair est prévu vendredi à l'hôtel Plaza Centre-Ville.

Des citoyens ont déjà indiqué qu'ils manifesteraient si le spectacle était présenté. «Je préférerais que nous ne soyons pas obligés d'en arriver là», conclut pour sa part Frédéric Boisrond.