Le rappeur Travis Scott a amené la tournée Astroworld au Centre Bell, hier soir. Ou plutôt, il a amené ses fans montréalais à Astroworld. Si les productions artistiques de certains spectacles de musique donnent parfois le vertige tant elles sont colossales, celle du MC texan a en plus donné un vertige littéral à son public comblé.

MARISSA GROGUHé LA PRESSE

Un rail de montagnes russes surplombait hier le parterre de l'amphithéâtre montréalais, lors du spectacle à guichets fermés.

Au fond de la salle, une grande roue dans laquelle certains admirateurs de Travis Scott ont pu faire un tour au début du concert. Cette mise en scène a mis la table pour le plaisir à venir.

Scott a enchaîné presque sans interruption une trentaine de titres, plusieurs tirés de son dernier album. Les jeux pyrotechniques et explosions de toutes sortes ont ponctué son interprétation pleine d'énergie de ses succès, que la foule de jeunes fans connaissait par coeur.

L'artiste natif de Houston a ouvert son spectacle de la même façon qu'il amorce son album, avec la chanson Stargazing. Tout de suite, il a donné raison à tous ceux qui ont parlé de lui comme d'un artiste dont les prestations sur scène sont marquantes.

Le Centre Bell s'est embrasé et il n'y a eu aucun temps mort.

Bête de scène

Astroworld, c'est le titre de l'album et de la tournée de l'artiste, mais c'était à l'origine un parc d'attractions, au Texas, où le jeune Scott aimait se rendre. Un endroit qui a fermé ses portes depuis et auquel l'artiste a voulu rendre hommage au moyen de son troisième opus, un savoureux mélange de textes adroits, d'un son du futur unique et de la touche magique de ses multiples collaborateurs, parmi lesquels on compte notamment Drake, The Weeknd, Pharrell Williams, John Mayer, James Blake, Tame Impala et Stevie Wonder.

La tournée Astroworld : Wish You Were Here était très attendue. Travis Scott a pris un tel envol ces dernières années qu'il est fascinant de voir jusqu'où il pourra s'élever. Pour l'instant, rien ne semble l'arrêter et il a prouvé par sa performance, hier, que son succès était bien mérité.

Sur scène, Travis Scott est en transe. Il court, il saute, il danse, s'agite dans tous les sens au rythme des airs impétueux de ses succès.

Et il communique habilement toute cette énergie à la foule, qui elle aussi se déchaîne. Sans musiciens, sans danseurs, il habite toute la scène, ce que tous les artistes ne savent pas faire.

Le parterre s'est vite transformé en mosh pit où la dense foule s'en est donné à coeur joie. Mention spéciale à Sheck Wes, qui avait pris soin de réchauffer l'ambiance comme il se doit.

Le coup du messie

Le retard d'une heure de Travis alors qu'il était attendu sur la scène d'Osheaga l'été dernier avait beaucoup fait parler - il avait été retenu à la douane.

Petit point faible de la soirée : cette fois encore, il s'est fait désirer. À quelques reprises, la foule a scandé son nom, certains ont paru s'impatienter. Un peu plus d'une heure après la fin de la première partie, Scott est arrivé et a su se faire pardonner.

Les festivités ont débuté sur la scène secondaire, au fond du parterre de la salle de spectacle. Après son introduction, Scott a enchaîné avec Mamacita, issue de son album Days Before Rodeo, sorti en 2014. Juste avant, avec une aura à la Moïse, il a demandé à la foule de se scinder en deux d'un geste pour ensuite la faire se jeter de nouveau dans le mosh pit. « Je ne recommande pas de le faire à la maison », a-t-il dit à la blague.

Plus tard ont suivi Carousel, Way Back et Lose, notamment, avant que le rappeur ne disparaisse dans une trappe (dans laquelle il s'est jeté sans hésitation), avant de réapparaître sur la scène principale.

Un autre bémol à noter dans sa performance aura été la façon dont la trame musicale a parfois étouffé la voix de l'artiste.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Sans musiciens, sans danseurs, Travis Scott habitait toute la scène du Centre Bell hier soir.

Explosion finale

L'ambiance survoltée a bénéficié d'une légère accalmie vers la fin de la représentation.

Après Skyfall, Yosemite, Houstonfornication, entre autres, il est passé à la populaire Butterfly Effect, suivie un peu plus tard de la plus populaire encore Stop Trying to Be God. Le calme complet s'est alors installé un instant, le temps du refrain de cette chanson, durant laquelle son image a été projetée sur deux écrans plus que géants.

Dans une finale explosive, le rappeur a sorti de sa manche pour la toute dernière chanson de la soirée son succès Sicko Mode, qu'il interprète avec Drake sur l'album, accueilli par une ultime salve de cris et d'applaudissements. Quelques explosions et jets de flammes plus tard, la soirée était finie, Scott est reparti, ne laissant derrière lui qu'un puissant sifflement dans les oreilles de ses fans satisfaits.

Au comptoir de marchandises de la tournée, à la sortie de la salle, on trouvait des t-shirts, des casquettes et des porte-clés, mais aussi... un ensemble de rouges à lèvres Astroworld signé Kylie Jenner, petite amie de Scott, qui a sa propre collection de maquillage.

« Je suis allé à Astroworld et tout ce que j'ai eu, c'est ce p***** de rouge à lèvres », lit-on sur un des produits de la marque de Jenner.

Oui, nous sommes allés à Astroworld, hier. Et tout ce que nous avons eu, c'est une nette impression que Travis Scott est peut-être l'un des nouveaux héritiers de la scène hip-hop américaine. À le voir aller sur scène, du moins, il en a tout l'air.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, LA PRESSE

Travis Scott a offert une finale explosive à ses fans.