Le célèbre compositeur, chanteur et pianiste français Michel Legrand est décédé dans la nuit de vendredi à samedi à Paris, à l'âge de 86 ans.

Mis à jour le 26 janv. 2019
LA PRESSE CANADIENNE

Michel Legrand était reconnu mondialement pour les dizaines de musiques de film qu'il a composées, notamment pour les inoubliables « Les parapluies de Cherbourg » et « Les Demoiselles de Rochefort ».

Au cours de sa longue carrière s'étalant sur près de sept décennies, il a obtenu trois Oscars, entre autres pour la chanson « Les moulins de mon coeur », tirée du film « L'affaire Thomas Crown » en 1969.

D'origine arménienne et française, Michel Legrand est né le 24 février 1932 à Bécon-les-Bruyères, en banlieue de Paris.

Dès l'enfance, il apprivoise rapidement l'instrument qui deviendra son partenaire de vie : le piano. À l'âge de seulement neuf ans, il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il étudiera sept ans.

Au début de sa carrière, dans les années 1940 et 1950, il passe du jazz aux variétés. Pendant cette période, il travaillera notamment avec Maurice Chevalier et Henri Salvador.

En 1958, il fait un voyage aux États-Unis qui lui permettra de rencontrer les plus grands du jazz : Bill Evans, Ben Webster, Miles Davis, Art Farmer et John Coltrane.

Dans les années 1960, il écrit la musique des films de la Nouvelle Vague. Il compose la musique des oeuvres de Jean-Luc Godard, Agnès Varda, mais c'est avec Jacques Demy - celui qu'il appellera son « frère de sang » - que naîtra sa collaboration la plus prolifique.

La collaboration Legrand-Demy produira dix films très populaires, dont « Les parapluies de Cherbourg », « Les Demoiselles de Rochefort », sans oublier « Peau d'âne ».

Au Québec

M. Legrand a toujours clamé son amour pour le Québec, où il a effectué plusieurs tournées. Il a aussi figuré à la programmation du Festival international de jazz de Montréal à quelques reprises, partageant notamment la scène de la salle Wilfrid-Pelletier de Montréal avec Ginette Reno en 1986.

« J'ai rencontré Michel Legrand, il y a dix ans à Los Angeles et nous parlions d'un spectacle de jazz ensemble. Moi j'ai toujours eu ce que j'ai voulu dans la vie mais toujours in God's time. C'est lui qui décide en haut. Moi je souhaite et tout arrive fatalement. Je ne désire pas parce que désirer, c'est souffrir », avait raconté Mme Reno au journal La Presse à l'époque.

Il a aussi collaboré à des récitals avec Mario Pelchat en 2009.

« C'était un défi de taille. Je voulais être à la hauteur, s'est rappelé le chanteur. À défaut de l'impressionner, je ne voulais pas lui déplaire [...]. Je lui ai dit que j'étais terrorisé. Il m'a rassuré : "On va avoir du plaisir, on fait de la musique. Ne vous en faites pas". J'ai continué à travailler très fort et quand il est arrivé, j'étais prêt. Je me sentais d'attaque. J'étais comme un lion. »

M. Pelchat se souvient de Michel Legrand comme d'un virtuose. « Il était excessivement exigeant. Je l'ai vu être dur avec des preneurs de son, des musiciens ou son équipe autour. Il n'a jamais été comme ça avec moi. Il m'a toujours respecté. Il a toujours eu une forme de respect et d'affection un envers l'autre », a-t-il dit en entrevue à La Presse canadienne.

Deux ans auparavant, Michel Legrand avait reçu un doctorat honoris causa de musique de l'Université de Montréal qui lui avait rendu hommage en présentant un concert au cours duquel son Concertoratorio avait été présenté en première nord-américaine.

« La venue chez nous de Michel Legrand, compositeur de la musique de quelque 250 films, représente elle aussi une contribution inestimable alors que la Faculté s'apprête à accueillir les premiers étudiants du programme [de la maîtrise en composition de musique de film et d'application] », avait alors déclaré le doyen de la Faculté de musique de l'Université de Montréal, Jacques Boucher.

Michel Legrand devait d'ailleurs donner plusieurs concerts en juin prochain à Montréal et Québec, dans le cadre d'une tournée internationale. Il devait être accompagné au Québec par l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières (OSTR).

« C'est une oeuvre immense pour un compositeur immense. C'était quelqu'un d'éminemment créatif, qui avait apporté beaucoup à la musique d'aujourd'hui et du XXe siècle. Il est de la même trempe que John Williams », a dit la directrice générale de l'OSTR, Natalie Rousseau, en entrevue à La Presse canadienne.