L’opéra Fidelio sera présenté en version concert ce soir et dimanche à la Maison symphonique de Montréal. Pour la première fois, Yannick Nézet-Séguin dirigera l’opéra de Beethoven. Autre première : l’Opéra de Montréal et l’Orchestre Métropolitain coproduisent le spectacle. Pour élever l’art, avant tout. La Presse a assisté aux répétitions.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Les représentants des médias attendent dans le foyer, à l’étage du Centre Pierre-Péladeau, que tous les artistes et artisans du spectacle Fidelio se réunissent. Un son, grave et profond, nous provient des escaliers. La voix imposante du baryton-basse Raymond Aceto le précède. Il ne parle pas fort, mais on n’entend que lui. 

L’instant d’après, une autre voix, celle-ci légère et enjouée, se fait de plus en plus proche. C’est Yannick Nézet-Séguin qui arrive. Souriant, il salue chaque personne sur son chemin. Celles qu’il connaît et les autres, avec le même entrain sympathique.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

L’équipe de l’opéra Fidelio

Tout le monde est là. Le directeur artistique de l’Opéra de Montréal (OdeM), Michel Beaulac, Yannick Nézet-Séguin et les chanteurs se rassemblent. On croirait apercevoir un réalisateur et un producteur entourés de stars de cinéma. La distribution est prestigieuse. Pour leur première coproduction, l’Opéra de Montréal et l’Orchestre Métropolitain ont fait appel à de grandes pointures. « Je ne suis pas certain qu’on puisse trouver une meilleure distribution que ça dans le monde », constate d’ailleurs Yannick Nézet-Séguin.

Le Chœur de l’Opéra de Montréal accompagnera de grands chanteurs internationaux lors des deux représentations de Fidelio. La soprano norvégienne Lise Davidsen incarnera Léonore, le premier rôle. L’Italien Luca Pisaroni sera le cruel Don Pizzaro, l’Américain Raymond Aceto, le geôlier Rocco.

Comme souvent, l’OdeM misera aussi sur le talent local. Florestan, l’époux de la protagoniste principale, sera joué par le ténor canadien Michael Schade. Kimy McLaren, Jean-Michel Richer, Spencer Britten et Jean-Philippe McClich sont aussi de la distribution. « C’est l’âme de l’organisme depuis 35 ans, que de développer la voix de notre terroir, commente Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra. Mais beaucoup d’artistes québécois et canadiens sont aussi des artistes mondiaux ! »

La musique à son plein potentiel

Yannick Nézet-Séguin, lui, est au pinacle de sa carrière internationale, fait remarquer Patrick Corrigan. L’OdeM veut collaborer avec le chef d’orchestre le plus possible. Mais parce qu’il est sollicité de toutes parts, il n’est pas toujours facile de se coordonner. 

Cette fois, c’était le bon moment (on comprend d’ailleurs que tout s’est un peu arrangé autour de l’horaire du chef). L’excitation de Yannick Nézet-Séguin est palpable. Notamment parce que c’est la première fois qu’il dirige Fidelio. En version concert, qui plus est, ce qui permettra, selon lui, de se concentrer à faire parler la musique « à son plein potentiel ». «  [Le public] pourra sentir les personnages à travers les voix. La mise en scène ne contredit pas ça, mais ça prend beaucoup plus de temps pour être capable d’emmagasiner la précision de la musique avec des gestes et des déplacements. » 

Et du temps, cette splendide brochette d’artistes n’en avait pas beaucoup sous la main. « On a été très chanceux que tous ces gens soient disponibles », constate le chef d’orchestre.

« Offrir à Montréal des choses extraordinaires »

Plusieurs dizaines de collaborations ont déjà réuni l’OM et l’OdeM. L’ensemble dirigé par Yannick Nézet-Séguin est l’orchestre principal de l’Opéra. Mais jamais auparavant ils n’avaient produit conjointement un spectacle. 

« On a eu une réflexion stratégique, explique Patrick Corrigan. Nous sommes deux organismes en croissance, qui veulent offrir à Montréal des choses extraordinaires. » 

L’Opéra de Montréal voulait investir davantage dans la qualité artistique. Nous travaillons souvent conjointement. On s’est dit qu’on allait se lier encore plus en s’appuyant l’un l’autre et en récoltant les fruits de tout ça.

Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal, à propos de l’association avec l’Orchestre Métropolitain

Alors ils se partagent les coûts, s’échangent l’expertise et empocheront les bénéfices. Sur le plan financier, ça semble un bon coup. Sur le plan artistique, c’est une décision qui ravit tout le monde.

Quand ils ont décidé de se lancer dans cette collaboration, Yannick Nézet-Séguin et Michel Beaulac ont eu à trouver l’œuvre parfaite pour l’occasion. Fidelio s’est imposé. L’Opéra de Montréal et l’Orchestre Métropolitain lancent l’année en présentant cet unique opéra du compositeur alors que l’année 2020 marquera le 250e anniversaire de naissance de Beethoven.

«  [Fidelio] est un chef-d’œuvre. La musique de Fidelio transcende la portée dramatique du livret, la musique a su élever l’œuvre, dit Yannick Nézet-Séguin. C’est une œuvre charnière entre Mozart et Wagner. S’il n’y avait pas eu Fidelio, il n’y aurait pas eu ce lien entre La flûte enchantée et la Tétralogie de Wagner. »

Radieuse Lise Davidsen

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

La soprano norvégienne Lise Davidsen incarnera Léonore, le premier rôle dans Fidelio.

Le temps file. On annonce rapidement la fin de l’entrevue. Les musiciens de l’orchestre sont déjà installés sur la scène de la salle Pierre-Mercure. Les répétitions commencent. 

Lise Davidsen, qui ne parle pas français, n’a pas dit grand-chose pendant les échanges avec les médias. Mais sur scène, en répétition, la soprano éblouit. « C’est peut-être la plus grande voix à être apparue ces dernières années, affirme Yannick Nézet-Séguin, qui travaille avec la Norvégienne pour la première fois. Tout le monde est soufflé par son talent, son charisme, sa voix. »

Luca Pisaroni, Raymond Aceto, Jean-Michel Richer et Kimy Mc Laren sont avec elle, en demi-cercle, face à la salle. Derrière eux se déploie l’orchestre, mené par Yannick Nézet-Séguin.

Pour ménager les voix, on ne chante pas tout l’opéra cet après-midi-là, deux jours avant la première. C’est l’occasion de fignoler certains détails, en particulier les transitions. Lise Davidsen interprète une bribe d’un magnifique solo.

Les quelques personnes qui assistent aux répétitions sont subjuguées. Même ses collègues. « Brava ! C’est incroyable ! », lance Michael Schade depuis le parterre.

Pendant qu’on répète, les rires fusent, même si tout le monde travaille d’arrache-pied. Luca Pisaroni ne tient pas en place. Quand vient son tour d’être sur scène, il se balance au rythme de la musique, murmure les textes de sa contrepartie. Alors qu’il termine un échange avec Raymond Aceto, Yannick Nézet-Séguin intervient : 

« On laissera le public applaudir à ce moment, dit-il.

— Et si c’est le silence ? lance Luca Pisaroni, à la blague.

— Ça n’arrivera pas ! »

Fidelio 101

Léonore se déguise en homme et se présente sous le nom de Fidelio afin de se faire engager comme aide-geôlier dans la prison où est retenu prisonnier son mari Florestan. Ce dernier a été incarcéré par le cruel Don Pizzaro, son ennemi politique. La fille du geôlier, Marcelline, s’éprend de Fidelio et repousse son fiancé. Léonore sauvera finalement Florestan de la mort, tandis que la traîtrise de Don Pizzaro sera mise au jour. Fidelio, composé au début des années 1800, est l’unique opéra du compositeur Ludwig Van Beethoven.