Le MTELUS s’est changé en salle de cérémonie, hier, à l’occasion du Premier Gala de l’ADISQ, coup d’envoi des célébrations du meilleur de la musique au Québec. Le lumineux Pierre Lapointe a habilement piloté une soirée durant laquelle il a été question de l’avenir de l’industrie, d’inclusion et, bien sûr, de musique sous toutes ses formes.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Un bon début pour Les Louanges

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Grâce à son album La nuit est une panthère, Les Louanges a remporté le Félix de l’album de l’année – Choix de la critique et celui de l’album de l’année – Alternatif, ainsi que celui des arrangements de l’année au Gala de l’industrie.

Les Louanges a pris de l’avance avec trois trophées. Il a remporté le Félix de l’album de l’année – Choix de la critique, alors qu’il avait déjà un premier prix en poche pour les arrangements de l’année (le Gala de l’industrie se déroulait plus tôt dans la journée). L’artiste le plus cité cette année, avec neuf sélections, a également remporté le Félix de l’album de l’année – Alternatif, hier. C’est Ginette Reno qui a vendu le plus de disques dans la dernière année, avec À jamais, qu’elle a décrit elle-même dans son discours de remerciement comme « un de ses grands albums ». Alexandra Stréliski, nommée dans sept catégories cette année, a remporté le prix de l’album instrumental pour INSCAPE – son tout premier Félix. « Merci de faire une aussi belle place pour la musique instrumentale, a dit la pianiste sur scène. Même sans mots, la musique peut tout dire. […] Je croise toutes sortes de gens dans mes salles, sur la route. Et au creux de l’émotion, on est tous les mêmes. Alors aimez-vous donc. »

L’industrie musicale en péril

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S’il a entamé la fête dans la légèreté et l’humour, l’animateur d’un soir Pierre Lapointe n’a pas tardé à ramener sur la table les sujets sérieux.

S’il a entamé la fête dans la légèreté et l’humour, l’animateur d’un soir Pierre Lapointe n’a pas tardé à ramener sur la table les sujets sérieux dont il avait beaucoup parlé durant la semaine. L’industrie musicale est en péril, a-t-il affirmé. « Ça va mal. L’industrie perd des plumes au profit de grandes plateformes étrangères. On se fait voler depuis trop longtemps. » Au lendemain des élections fédérales, il a directement visé les gouvernements, qui sont « au courant », mais se contentent de consultations. « J’ai peur », a-t-il poursuivi, avant de terminer sur un mot d’espoir, assurant que les artistes, dans tous les cas, continueraient de faire leur musique. Dans la même gamme de discours inspirants, Dominique Fils-Aimé, en recevant son Félix du meilleur album de jazz, a quant à elle passé un message aux artistes qui se demandent encore comment entrer dans l’industrie. Son conseil : « y croire », tout simplement.

Célébrer la musique en musique

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Safia Nolin a interprété la sombre et magnifique Dagues, tirée de son album Dans le noir, son visage dissimulé sous une cagoule noire scintillante.

La soirée a été lancée en musique, s’est poursuivie en musique et s’est conclue… en musique. Pierre Lapointe, avec Ton corps est déjà froid, a entrepris son gala en force. De la pop rock, on est passé au métal, avec Voivod, pour sa première prestation en carrière à l’ADISQ (en 37 ans d’existence !). Éric Lapointe s’est ajouté à la performance pour un trio de départ explosif. Quelques Félix plus tard, ç’a été à Dominique Fils-Aimé, ancienne protégée de Pierre Lapointe. Mais la prestation qui fera sûrement un peu jaser est celle de Safia Nolin. L’auteure-compositrice-interprète a chanté la sombre et magnifique Dagues, son visage dissimulé sous une cagoule noire scintillante. Lou-Adriane Cassidy, Florent Vollant, Jérôme 50 (accompagné de Rosalie Vaillancourt) et Alaclair Ensemble (avec une géniale improvisation planifiée en fin de performance) ont ensuite respectivement apporté douceur, sagesse, originalité et énergie sur la scène du MTELUS.

Et les femmes ?

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Elisapie a gagné dans la catégorie Album de l’année – Autres langues pour The Ballad of the Runaway Girl.

Que serait un compte rendu de l’ADISQ sans un petit retour sur la présence féminine ? Hier, elles étaient six gagnantes ou groupes de gagnantes. Les interprètes de La renarde, sur les traces de Pauline Julien ont remporté deux Félix (pour l’album de l’année – Réinterprétation et le spectacle de l’année – Interprète). L’artiste multidisciplinaire « née à Montréal de parents tunisiens immigrants » Ines Talbi a pris la parole pour le groupe, lançant un appel à l’acceptation de « l’autre ». « Je serai toujours Ines Talbi à la peau foncée », a-t-elle dit, s’adressant à ceux, « à la maison », qui ont peut-être « peur de l’autre ». Elle, toutefois, ne se sent pas « autre », a-t-elle signalé. Autre femme engagée, Elisapie, gagnante dans la catégorie Album de l’année – Autres langues, a montré tout son étonnement face à l’appellation de cette catégorie. « C’est une drôle de nomination », a-t-elle soulevé. L’ADISQ a créé cette année le prix de l’artiste autochtone de l’année, qui sera remis dimanche soir lors du gala.

Soir de premières

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Hubert Lenoir a reçu le trophée récompensant l’artiste ayant le plus rayonné hors Québec.

Pas moins de 21 trophées étaient remis durant ce Premier Gala de l’ADISQ. Juste avant, le Gala de l’industrie a récompensé 22 artisans. Sur toutes les sélections, 34 artistes étaient nommés pour la première fois. Plusieurs artistes (premières sélections ou non) recevaient leur premier Félix. Ce fut le cas de l’humoriste Simon Leblanc, qui – c’est son métier, après tout – a livré un discours amusant. Parlant de discours, les quelques mots prononcés par Hubert Lenoir lorsqu’il a reçu le trophée récompensant l’artiste ayant le plus rayonné hors Québec ont démontré qu’il n’était pas que dans la provocation. L’artiste a sobrement remercié son public et l’industrie – « la haute élite québécoise » – de l’avoir accueilli. Lenoir a beaucoup fait parler lors de la cérémonie l’an dernier parce qu’il avait fait écho à la blague de Louis-José Houde sur la salubrité des trophées en mettant le sien dans sa bouche.

Les gagnants du Premier Gala 

Album de l’année – Alternatif : La nuit est une panthère, Les Louanges 
Album de l’année – Anglophone : Now, Jesse Mac Cormack 
Album de l’année – Autres langues : The Ballad of the Runaway Girl, Elisapie
Album de l’année – Choix de la critique : La nuit est une panthère, Les Louanges

Album de l’année – Classique/Orchestre et grand ensemble : Chopin : Concertos nos 1 et 2, Charles Richard-Hamelin, Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano
Album de l’année – Classique/Soliste et petit ensemble : Beethoven : Sonates pour violon et piano nos 6, 7 et 8, Andrew Wan, Charles Richard-Hamelin 

Album de l’année – Country : Ma maison favorite, Paul Daraîche 
Album de l’année – Instrumental : INSCAPE, Alexandra Stréliski 
Album de l’année – Jazz : Stay Tuned !, Dominique Fils-Aimé 
Album de l’année – Meilleur vendeur : À jamais, Ginette Reno 
Album de l’année – Musique électronique : Make It Last Forever, Millimetrik
Album de l’année – Musiques du monde : Rapadou Kreyol, Wesli 
Album de l’année – Réinterprétation : La renarde, sur les traces de Pauline Julien, artistes variées
Album de l’année – Rock : Délivrance, Éric Lapointe

Album de l’année – Traditionnel : Notre album solo, Le Vent du Nord et De Temps Antan
Album ou DVD de l’année – Jeunesse : La course des tuques, artistes variés
Artiste québécois de l’année ayant le plus rayonné hors Québec : Hubert Lenoir 

Spectacle de l’année – Interprète : La renarde, sur les traces de Pauline Julien, artistes variées
Spectacle de l’année – Anglophone : Deception Bay, Milk & Bone 
Spectacle de l’année – Humour : Malade, Simon Leblanc 
Vidéo de l’année : La famille, Alaclair Ensemble