Les temps sont durs, il y a du pessimisme dans l’air qui se réchauffe.

Catherine Perrin
Catherine Perrin Chroniqueuse invitée

Dans notre socioculture, de plus en plus rares sont ceux qui cherchent refuge à l’église. Par contre, le pouvoir réconfortant de bien des musiques sacrées est immense, même pour les plus agnostiques d’entre nous.

Je vous propose un test. Écoutez ceci.

Extrait de Lux Aeterna, par Edward Elgar

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Quelque chose se dilate dans votre cerveau, la respiration s’élargit. Le but n’est pas de se transformer en jovialiste imbécile, plutôt de se calmer dans un premier temps, puis de ramasser le courage de croire que ça vaut la peine d’avancer.

Ce Lux Aeterna d’Elgar est en fait un arrangement du mouvement intitulé Nimrod de ses Variations Enigma pour orchestre. C’est le texte ajouté, et peut-être surtout la voix humaine, qui consacre la nouvelle vocation de l’œuvre.

« Il y a une émotion directe qui émane de la voix humaine, qu’elle soit formée au chant ou non », me dit Jean-Marie Zeitouni, directeur musical d’I Musici de Montréal depuis 2012. « Elle touche plus directement au sacré que les instruments. »

Le 15 octobre à la Salle Bourgie, I Musici propose un programme intitulé Lumière éternelle. Les cinq solistes joindront leur voix au chœur, ce qui demande générosité et humilité de leur part, mais ajoute un engagement humain que l’auditeur ressentira dans la salle.

Jean-Marie Zeitouni a choisi quatre œuvres qui portent, d’un siècle à l’autre en partant du XVIIIe avec Vivaldi, cette idée de lumière éternelle, de paix. Il rêve de ce programme depuis cinq ans et trouve que sa réalisation tombe pile.

On a vachement besoin, qu’on le sache ou non, de se rallier par la musique, de vibrer à des fréquences qui se ressemblent.

Jean-Marie Zeitouni, directeur musical d’I Musici de Montréal

Zeitouni a su qu’un compositeur français remarquable, Guillaume Connesson, préparait une œuvre sur le même thème pour un chœur néerlandais. D’une écriture riche et séduisante, évoquant tour à tour Fauré, Debussy et Dutilleux, ses Liturgies de lumière seront présentées en première nord-américaine. Le deuxième mouvement, qui met en musique un poème de la mystique Hildegarde von Bingen (XIIe siècle), évoque la lumière comme origine du monde.

La cantate Lux Aeterna du compositeur dano-américain Morten Lauridsen, qui connaît un grand succès depuis sa création en 1997, complète le concert.

Son motif de départ est un hommage assez évident au Lux Aeterna d’Elgar cité plus haut.

Extrait de Lux Aeterna, par Morten Lauridsen

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Le texte latin de Lux Aeterna appelle la lumière sur le repos éternel des défunts. Pendant longtemps, c’est au nom de cet espoir qu’on endurait bien des choses sur Terre. La musique sacrée que ce texte a inspirée au fil des siècles suit ce fil conducteur, mais notre façon de l’écouter s’est modifiée. Ce ne sont pas tant les mots, les injonctions religieuses qui ont un effet sur nous, c’est l’émotion que le compositeur en a tirée.

Les musiques sacrées, peu importe leur culture d’origine, ont cette capacité commune d’emmener aussi le non-croyant en voyage intérieur, en lui laissant choisir les questions qu’il veut se poser.

Si vous avez envie de tenter quelques expériences, les Tallis Scholars, ensemble vocal britannique de haut niveau, ou l’excellent Studio de musique ancienne de Montréal peuvent vous fournir des heures de musique vocale sacrée, de quoi faire baisser durablement votre niveau d’anxiété. Tous deux sont faciles à trouver sur bien des plateformes.

Au cours des dernières décennies, certains compositeurs qu’on appelle parfois « minimalistes mystiques » ont su créer des musiques de recueillement épurées qui ont énormément d’adeptes. Arvo Pärt est certainement un des premiers à approcher, à travers ses œuvres pour chœur.

Des orchestres à découvrir

À la suite de la première chronique de cette série, certains lecteurs m’ont parlé du prix élevé des billets de concert. C’est vrai que les plus grands organismes ont une grille de prix qu’on ne peut pas tous s’offrir, et encore moins à répétition. C’est mathématique : plus il y a de musiciens sur scène, plus les coûts de production sont élevés, ce qui se reflète forcément sur le prix du billet.

Les orchestres font des efforts : l’Orchestre symphonique de Montréal et l’Orchestre Métropolitain offrent de substantielles réductions aux 34 ans et moins, entre autres.

Il existe cependant un moyen de s’offrir le grand orchestre à très bas prix : les concerts d’orchestre de nos facultés de musique. Samedi prochain, le 12 octobre, l’Orchestre de l’Université de Montréal offre la spectaculaire cinquième symphonie de Chostakovitch. Des étudiants de haut niveau, enthousiastes et galvanisés par un chef comme Jean-François Rivest, c’est une expérience qui vaut le détour… surtout pour 14 $ !

Les 18 et 19 octobre, ce sera au tour de l’Orchestre symphonique de McGill, qui présente lui aussi de la musique russe (Stravinsky et Rachmaninov). Les prix sont à peine plus élevés, 15 $ et 20 $.