Sous la direction du Prix Miles-Davis 2019, suprême récompense du FIJM remise en mains propres par André Ménard sur la scène du Théâtre Maisonneuve, la section rythmique du quartette au programme était hier composée du contrebassiste Reuben Rogers et du batteur Gregory Hutchinson, le piano était joué par Aaron Goldberg.

Alain Brunet Alain Brunet
La Presse

Cet ensemble du saxophoniste vedette Joshua Redman existe depuis deux décennies, on lui doit les albums Beyond en 2000, Passage of Time en 2001, et Come What May en 2019, dont la matière constituait le menu principal de ce concert à guichets fermés auquel on a adjoint les standards Chichi de Charlie Parker et Skylark de Hoagy Charmichael. Le hiatus entre les deux périodes d’enregistrements peut sembler très long, mais la formation a joué souvent depuis son premier cycle discographique.

On aura saisi que son leader a varié les propositions à travers différents projets, tout en maintenant les activités professionnelles de ce quartette sur les scènes du monde.

Néanmoins, d’autres initiatives ont pris le dessus au fil du temps. Il y a deux ans, par exemple, Joshua Redman avait réuni Brian Blade, batterie, Ron Miles, cornet, Scott Colley, contrebasse, pour un concert exceptionnel donné à la Maison symphonique ; l’approche se voulait dans l’esprit d’Ornette Coleman et de ses successeurs de la mythique formation Old and New Dreams à laquelle le paternel Dewey Redman prenait part. Un album extraordinaire s’en suivit : Still Dreaming, certes l’un des meilleurs albums de jazz de 2018.

Alors ? Le concert d’hier s’annonçait-il moins excitant ? Le post-bop est une forme plus propre, plus convenue que les structures ouvertes du jazz contemporain. Son interprétation doit obligatoirement en transcender les formules éprouvées, prédigérées par la majorité absolue des jazzophiles.

Voilà pourquoi des musiciens de cette trempe sont requis afin d’éviter les écueils de l’académisme, notamment en y intercalant des séquences plus contemporaines, entendre plus recherchées dans les timbres, inflexions et textures.

Cette transcendance résulte aussi de subtiles variations d’intensité, de la souplesse du soutien rythmique, la fluidité de l’articulation des solistes, l’originalité des figures imaginées en temps réel par chaque musicien, la cohésion d’ensemble résultant d’une écoute mutuelle des plus respectueuses.

Voilà ce à quoi nous avons été conviés mardi soir.