En février dernier, Nick, Joe et Kevin Jonas ont lancé la chanson Sucker et annoncé leur retour en tant que Jonas Brothers. Le titre a débuté au sommet du classement Billboard, le premier numéro 1 de l’histoire du groupe. Depuis, tous les plateaux de télévision les ont reçus et ils ont offert un numéro remarqué aux Billboard Music Awards. Pour les boys bands, la résurrection est-elle salvatrice ?

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

De 2005 à 2013, les Jonas Brothers ont été l’un des boys bands les plus populaires de leur ère. Jusqu’à ce qu’un des membres, Nick, se laisse tenter par une carrière solo. Le groupe s’est séparé. Des cœurs d’adolescentes ont été brisés. Chacun des membres a tenté de réussir sans le groupe, avec plus ou moins de succès. 

Le tableau est loin d’être singulier. Nick Jonas est le Nick Carter des Backstreet Boys, le Justin Timberlake des NSYNC. 

Si la supervedette Timberlake n’a manifesté aucune intention de renouer avec NSYNC, les rumeurs vont bon train concernant un retour des quatre autres membres. Nick Carter a mis de côté une carrière solo médiocre pour revenir avec les Backstreet Boys. 

Au tour des Jonas Brothers de vivre leur comeback, six ans après leur séparation.

En 2019, la « formule boys band » fonctionne toujours autant, constate Martin Lussier, professeur à l’UQAM et membre du laboratoire Culture populaire, connaissance et critique. 

« C’est une formule et un marché bien spécifiques. On a un groupe de garçons qui chantent des chansons d’amour légères. On observe une masculinité très hétéronormative, à la fois romantique et affirmée. »

— Martin Lussier, professeur à l’UQAM

Les boys bands sont des créations récentes de l’histoire de la musique. Mais depuis l’apparition du genre dans les années 60, ces groupes, souvent montés sur mesure, sont de chaque génération. Les Beatles, New Kids on the Block, One Direction et maintenant les Coréens BTS… Malgré leurs différences, ils ont des points communs flagrants.

« On vise les jeunes femmes surtout, non pas parce qu’elles sont plus sensibles à l’attrait des boys bands, mais parce qu’elles sont un marché qu’on a développé, explique Martin Lussier. On les rejoint non pas avec des numéros spectaculaires, mais plutôt en s’intéressant à l’intimité. »

Facteur nostalgie

Sur les réseaux sociaux, on se rend vite compte que les admirateurs les plus excités par le retour des Jonas Brothers sont de jeunes adultes. Kevin a maintenant 31 ans, Joe, 29, et Nick, 26. Et leurs fans se situent dans la même tranche d’âge.

Sur le compte Instagram du groupe, on partage des histoires d’admiratrices qui relatent leurs souvenirs liés au groupe.

« Je me souviens de la première fois que je les ai vus en concert, j’ai pleuré tout le long », dit une jeune femme portant un t-shirt à l’effigie du boys band et montrant une photo d’elle à l’adolescence. « J’ai 25 ans maintenant, cette photo date de 2008 », raconte une deuxième dans une vidéo qui la montre à un concert du groupe, brandissant elle aussi un vieux cliché d’elle-même. « C’était mon rêve d’enfance d’aller voir les Jonas Brothers. [Mon copain] m’a offert des billets hier. Je n’ai jamais autant pleuré », a commenté une autre fan sous la publication.

La nostalgie est l’ingrédient principal de la recette du comeback. Adolescents durant la première vie du boys band, ces fans sont ceux qui s’arrachent les billets de concert à 250 $ (le prix au parterre ou dans la zone rouge au Centre Bell) pour le voir ou le revoir.

« Avec les retours, l’industrie musicale tente de contrôler des incertitudes du moment – et ce milieu est un des plus incertains – en retournant à des valeurs sûres. On ne sait jamais d’où viendra le profit, alors on allonge la vie des produits musicaux. »

— Le professeur Martin Lussier

Les groupes du passé sont des « valeurs sûres » parce que leur public n’est pas à faire. « On redonne aux fans les artistes de leur jeunesse, qui est très importante, car c’est là qu’on établit ses goûts musicaux, observe M. Lussier. Les fans des Jonas Brothers qui ont vieilli, qui ont un travail, des enfants, se font proposer un retour à leur jeunesse. »

Le nouveau public

Pourquoi le retour fait-il si souvent partie du cycle de vie d’un boys band ? « Ça peut être une façon d’assurer du succès et, par le fait même, des revenus », soulève Martin Lussier.

Quand la carrière solo n’a pas le succès escompté (pensons à Nick Carter des Backstreet Boys, à Nick Lachey de 98°, à Niall Horan de One Direction ou à JC Chasez de NSYNC), l’appel de son ancien public peut être tentant. Et les fans des Jonas Brothers réclament leur retour depuis l’annonce de leur séparation.

Durant leur pause, la carrière de Nick a connu quelques bons moments (huit titres classés dans le Hot 100 du Billboard). Celle de Joe (et de son groupe DNCE), un peu moins. Kevin Jonas s’est reconverti en vedette de téléréalité et a fondé son entreprise de promotion immobilière. Rien de trop palpitant, en comparaison des tournées à guichets fermés des Jonas Brothers à l’époque.

Les frères Jonas sont demeurés sous les projecteurs par leurs projets musicaux, mais aussi par leur vie privée. Le mariage de Nick Jonas avec l’actrice indienne Priyanka Chopra a été le sujet de l’heure l’hiver dernier, avant que le mariage de Joe Jonas avec l’actrice britannique de Game of Thrones Sophie Turner ne prenne le relais en première page des tabloïds.

Les trois frères ont confié avoir retrouvé la « magie » de jouer ensemble l’an dernier, alors qu’ils s’étaient réunis pour filmer un documentaire sur leur carrière – qui est lancé aujourd’hui sur Amazon Prime. En plus du film, ils feront paraître un livre biographique, intitulé Blood, en novembre. « Pour ceux qui sont avec nous depuis le début », ont écrit les Jonas Brothers sous la publication Instagram annonçant la sortie de l’ouvrage.

À plus long terme, il leur faudra faire plus que de rallier les anciens fans, croit M. Lussier. Car si les nostalgiques sont la base d’un retour réussi, ce n’est qu’en établissant un large auditoire, formé en partie de jeunes fans, qu’ils pourront durer, estime le professeur. 

« Mais ce ne sera pas évident, prédit-il. Ce n’est pas parce que ça fonctionne en poussant sur les sentiments du passé que ce sera le cas pour la génération actuelle. »

Le nouvel album des Jonas Brothers, Happiness Begins, sort vendredi. La tournée internationale du trio s’arrêtera à Montréal le 27 novembre.