Il l’a fait. Plus que le lancement de son deuxième album Tout ça pour ça, le concert de Loud au Centre Bell, hier, marquait l’occasion pour le rappeur de faire l’histoire. Et de se montrer à la hauteur des attentes à son égard. Il l’a fait, et avec brio.  

Marissa Groguhé
Marissa Groguhé La Presse

Loud a été solide, imposant, en contrôle. Hier, le Centre Bell lui appartenait.  

Le parterre était noir de monde. Les estrades étaient bondées. Quelque 7000 spectateurs grouillaient d’impatience d’enfin voir ce que nous réservait le prodige du rap québécois. Le concert affichait complet depuis des mois. Tant qu’à faire le Centre Bell, autant le remplir jusqu’au plafond.

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Un Loud tout de blanc vêtu s’est présenté un peu passé 22 h 15 sur une scène montée d’une large plateforme. Après plus de deux heures d’attente meublée par DJ Kelly et le duo Milk & Bone (solide performance de leur part), il était temps que la star de la soirée débarque.

Le bal s’est ouvert avec Sans faire d’histoire, issu de ce nouvel opus qu’on célébrait hier. Un (vrai) devant d’avion est apparu, flanqué de deux écrans géants. Après une courte vidéo d’un Loud installé dans un jet privé, déclamant les premiers vers de la chanson, le (vrai) rappeur s’est extirpé de l’avion.

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L’engin était un clin d’œil au vidéoclip du titre 56K, celui qui a déclenché le succès fulgurant de Loud. Il était de mise d’enchaîner avec cette chanson, la première à avoir battu des records, en 2017, avec ses millions de vues sur YouTube.

Tout en contrôle

Dès l’atterrissage sur scène, Loud s’est montré en confiance, maître de son jeu. Face à un public extraordinairement bruyant, celui qui est toujours posé a laissé échapper quelques sourires en coin. Du début à la fin, il était visiblement électrisé par le moment.

Jamais il n’a semblé petit sur la si large scène du Centre Bell, qu’il a fait sienne. Il s’est déplacé de droite à gauche avec énergie (et de haut en bas, sur sa plateforme géante, comme un piédestal), a dansé, a démontré une assurance magnétique. « Montréal, faites du fucking bruit, a-t-il sommé. Merci de vous être déplacé pour ce moment historique. »

Il a été dit et redit ces derniers mois que Loud est le premier rappeur québécois francophone à fouler la scène du plus grand et célèbre aréna de la province pour un spectacle solo.

Avec une centaine de concerts à son actif dans la dernière année seulement, il n’est pas un néophyte de la scène. Mais cette performance au Centre Bell n’avait rien à voir avec ses précédents concerts. Il le savait. Et il a donné son meilleur.  

Du début à la fin, sa déclamation a été globalement juste, et n’a surtout jamais manqué de vigueur.

Après Nouveaux riches, le rappeur est allé puiser dans le répertoire de son premier album, Une année record, avec Hell, what a view. Puis, place à une nouveauté, avec son récent succès Fallait y aller. La foule l’a alors ovationné pendant de longues secondes, et plusieurs fois encore ensuite. À chaque fois, Loud a pris le temps d’encaisser l’euphorie qu’il a générée.  

Fabuleuse production 

Ceux qui avaient déjà mis les pieds dans un concert de Loud dans des salles comme le MTelus ont été propulsés sur une autre planète.

L’équipe de production voulait « rester réaliste » et « dans [ses] capacités » avec la confection de ce spectacle, nous avait expliqué Loud il y a quelques semaines. Le rappeur signe la direction artistique et la co-mise en scène du concert.  

Si l’on compare le spectacle d’hier à celui des artistes américains qui défilent entre les murs du Centre Bell, budget faramineux en poche, Loud n’a rien à leur envier. Les moyens ne sont pas les mêmes, mais rien n’a paru.  

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Entre la plateforme géante qui faisait aussi guise d’écran, les saisissants jeux de lumière, l’effet de la fumée, le déploiement était digne des plus grandes productions. Sans fioritures inutiles, mais très travaillée, la mise en scène a accordé un cachet encore plus sensationnel au spectacle.

La projection d’images sur les écrans était particulièrement réussie, montrant parfois le rappeur, mais jouant souvent un rôle d’amplificateur de l’effet scénique.

Des collaborateurs de marque

En guise de pièce de résistance en milieu de spectacle, Loud s’est entouré de quelques invités. Charlotte Cardin, Cœur de Pirate, 20Sum et son acolyte de toujours Lary Kidd ont chaque fois donné un coup de pep à la performance.  

Après Salles combles (durant laquelle il s’est élevé sur une plateforme à quelques mètres du sol), Le pont de la rivière Kawai et Pas sortables, un court entracte a mené à Jamais de la vie. Un parfait amalgame d’anciens et de nouveaux titres. Les premières notes de Sometimes All the time ont suivi et la foule s’est emportée. Lorsque Charlotte Cardin est apparue, la ferveur a doublé.

Les duos ont enchaîné avec Off the grid, On my Life (avec 20Sum) et SWG, en compagnie de Lary Kidd, ami d’enfance de Loud et un de ses premiers partenaires musicaux. Ce dernier a même eu droit à ses 15 secondes de gloire. Laissé seul sur scène pour interpréter Petit Jésus, il a su tirer meilleur parti de l’opportunité.

Coeur de Pirate a brièvement été de la fête, le temps de chanter les couplets de sa chanson Dans la nuit. Puis, Loud a annoncé Toutes les femmes savent danser, une des chansons les plus connues du grand public. S’en sont suivis cris, téléphones brandis et déhanchements.  

Belle conclusion

Une longue et tapageuse ovation a mené au rappel. Après un rapide changement de survêtement (ainsi que de souliers et de casquette), Loud a interprété la majestueuse TTTTT, cette fois habillé de noir de la tête aux pieds. Effet dramatique assuré. Les jets de flammes s’en sont mêlés, pendant qu’une image en mouvement d’une voiture en flammes accaparait les écrans.

Peu avant minuit, assis sur sa plateforme, Loud a terminé le spectacle avec la superbe GG, qui clôt aussi l’album : un rap presque a capella, suivi d’un long dénouement instrumental somptueux. Un guitariste et un batteur ont permis de traduire toute l’ampleur de la chanson finale en beauté.

Il faut du cran pour se congratuler comme Loud ose le faire dans ses textes. Dans Sans faire d’histoire, sa chanson d’ouverture, il se targue : « Toi-même tu sais comme le succès nous colle aux semelles/On fait l’histoire sans faire d’histoires/C’est juste une grosse semaine ». Une allusion claire, dans le ton fanfaron qui lui sied si bien, à son accession à la cour des grands hier.  

Faire l’histoire, c’est bien. Faire l’histoire avec triomphe, c’est mieux. Mission accomplie, Loud.