«Privilégié de gérer parmi les meilleurs et les plus inspirants artistes de la planète», indique sa fiche descriptive sur Twitter.

Publié le 28 déc. 2013
Émilie Côté LA PRESSE

Scott Rodger a fondé la boîte de gérance Quest Management et s'occupe de près des carrières de Paul McCartney et d'un certain groupe appelé Arcade Fire.

Chaque fois que nous lui avons écrit un courriel, l'imprésario émérite nous a répondu rapidement et poliment. Mais après plusieurs messages échangés la semaine dernière, il a préféré décliner notre demande d'entrevue. Comme Arcade Fire, l'homme semble cultiver un certain mystère et il parle aux journalistes selon sa convenance. Il est également fort occupé.

À la base, Scott Rodger était un bassiste. Il a travaillé dans un label britannique appelé One Little Indian et au sein de plusieurs boîtes de gérance avant de fonder sa propre société, en 1995.

Rodger s'est notamment occupé de la carrière de Björk pendant près de 20 ans. Outre Paul McCartney et Arcade Fire, Scott Rodger est l'imprésario de Beady Eye, Noah and the Whale et Likke Li. Quest Management a des employés à New York, Los Angeles et Montréal. Geneviève Borne agit par ailleurs à titre de consultante pour la société.

Scott Rodger travaille dans l'ombre d'Arcade Fire depuis la fin de 2004, quelques mois après la sortie du premier album Funeral. «Tout le monde de l'industrie avait entendu parler de ce groupe», a-t-il raconté en 2012 à Ian Rogers, animateur de l'émission web This Week in Music.

Au départ, la bande de Win Butler et de Régine Chassagne ne voulait pas des services d'un imprésario. De façon bénévole, Rodger a proposé au groupe de lui bâtir une structure financière. Puis Arcade Fire a changé son fusil d'épaule et accepté son offre.

«C'était une période très intéressante, car c'était l'avènement de la culture des blogues. C'était le début de Pitchfork», a rappelé Scott Rodger dans l'entrevue accordée à Ian Rogers.

Arcade Fire n'était pas un groupe paresseux, raconte-t-il. Que ce soit pour multiplier les spectacles, gérer ses droits d'auteur ou vendre de la marchandise en marge des spectacles pour être rentable.

Pour Arcade Fire, l'intégrité artistique était et demeure ce qu'il y a de plus précieux. «Arcade Fire contrôle sa propre destinée.»

Autofinancement

Le groupe finance toute la production de ses albums et des clips. C'est avec «un produit fini» qu'il aborde par la suite les intervenants qui mettent en marché sa musique. Son label Merge Records, mais également de nombreux distributeurs et sous-traitants choisis par le groupe partout dans le monde. 

«C'est très exigeant, mais c'est la façon dont le groupe veut fonctionner», dit Scott Rodger, qui partage les tâches de gérance du groupe avec la Montréalaise Dounia Mikou (proche d'Arcade Fire depuis ses débuts) et Jennifer George (établie à New York).

C'est une façon de faire peut-être moins efficace ou lucrative, mais pour Arcade Fire, les gens avec qui le groupe collabore sont plus précieux que leur apport commercial.

La seule fois où cela a posé problème est quand Arcade Fire a remporté le Grammy de l'album de l'année, raconte Scott Rodger à Ian Rogers. Il manquait d'exemplaires chez les disquaires le lendemain pour répondre à la demande. Il manquait «une grosse machine» derrière le groupe.

Au lendemain des Grammy, Scott Rodger a reçu un appel d'un haut dirigeant d'un major. Ce dernier avait un rire gras au bout du fil qui signifiait: regarde toutes les occasions que tu perds.

Disons que ceci explique cela. «Faire la bonne chose et la faire bien» est le leitmotiv d'Arcade Fire. Faire un mélange de «petits» et de «grands» événements, de la Salsathèque au Madison Square Garden.

Tous ces choix artistiques sont fascinants: Scott Rodger respecte la volonté d'Arcade Fire alors qu'il voit tout l'argent qui leur file entre les doigts.

Rodger travaille d'une façon complètement différente avec Paul McCartney, dont il est l'imprésario depuis six ans. C'est par ailleurs l'ex-Beatle qui a pris contact avec lui. «C'était le bordel dans ses archives, raconte Scott Rodger à Ian Rogers. Aujourd'hui, tout est numérisé.»

Si un monde sépare Arcade Fire et Paul McCartney, une galaxie les sépare des finalistes de l'émission de téléréalité X-Factor. Or, ils sont aussi représentés par Scott Rodger et Quest Management.

(NDLR: dans notre échange de courriels, Scott Rodger a tenu à préciser que l'entrevue accordée à Ian Rogers en 2012 datait et que l'industrie avait changé depuis.)