«Et si tout le monde en même temps...» Le refrain fédérateur de l'année, Louis-Jean Cormier l'a chanté des centaines de fois depuis janvier. Et il représente bien la place qu'a occupée l'ex-chanteur de Karkwa en 2013: celle d'un rassembleur, qui a su tisser des liens entre les publics et les générations tout en défendant une chanson québécoise innovatrice et effervescente.

Publié le 22 déc. 2013
Josée Lapointe LA PRESSE

«Ça me touche qu'on me voie comme un rassembleur, nous dit-il, fraîchement revenu d'une tournée dans l'Ouest canadien. Pour moi, c'est un prérequis quand on fait de la musique.» Louis-Jean Cormier entretient cet esprit depuis longtemps. Au sein de Karkwa, bien sûr. Mais aussi avec les 12 hommes rapaillés, magnifique projet autour de Gaston Miron, et comme réalisateur et «promoteur» de talents - Lisa LeBlanc, David Marin, Dany Placard. «On m'a souvent passé la puck depuis mes débuts, c'est normal que je fasse la même chose», dit-il.

Épanouissement

Ce rôle s'est cristallisé en juin aux FrancoFolies de Montréal, lors d'un spectacle présenté au Métropolis. Devant une foule survoltée, entouré de son band et de ses amis chanteurs comme Les soeurs Boulay et Martin Léon, Louis-Jean Cormier a donné une prestation inspirée et électrique. On a vu éclore ce soir-là toutes les dimensions du leader qu'il est devenu, et qui s'assume comme tel.

«C'est vrai qu'il s'est passé quelque chose. D'abord, ce spectacle reflétait le fun qu'on avait depuis le début de la tournée. C'était la colonie de vacances, mais qui a beaucoup de show dans le corps et qui est prête. La salle était sold-out, les planètes étaient alignées. Ce show a fait office de célébration, mais cela dit, on a eu du gros plaisir dans toutes les salles où on a joué cette année.»

Quand il regarde son année 2013, Louis-Jean Cormier voit d'ailleurs «un feu roulant d'épanouissement et de bonheur. Une année où on ne regarde pas en arrière, jusqu'à aujourd'hui».

Avec une centaine de spectacles au Québec et au Canada presque tous à guichets fermés, des prix importants à l'ADISQ - auteur-compositeur, spectacle de l'année et disque rock de l'année -, le chanteur constate que son premier album solo, Le 13e étage, qui été bricolé «sans attente et de façon très humble dans un studio d'un sous-sol d'Ahuntsic», a su rallier un public étonnamment large.

«Je trouve ça beau que ces chansons, pas moi, mais ces chansons qu'on a mises au monde, aient ratissé autant. Dans mes shows, il y a des jeunes et des vieux, des fans de Karkwa et des 12 hommes. Le fait que j'aie décidé de faire une carrière solo a unifié tout ça.»

Vocation

La décision de Louis-Jean Cormier de devenir un des quatre coachs de La voix a fait jaser en 2013. Les enregistrements de la populaire émission, qui sera diffusée au printemps, sont déjà commencés et le chanteur semble y avoir trouvé sa place. L'important, dit-il, est «de rester connecté sur pourquoi tu le fais». «Pourquoi je vais à la télé faire autre chose qu'écrire des chansons? Est-ce que c'est pour des raisons valables?»

Sa réponse est oui. Même s'il aime bien ce rôle de coach - «Je vais essayer de m'amuser avec eux et de leur expliquer que la musique, c'est un jeu» - c'est la «deuxième vocation» sous-entendue de l'émission qui l'a convaincu d'y participer.

Davantage associé à la musique indie, Louis-Jean Cormier voit en effet sa participation à La voix comme une autre manière de jouer son rôle de passeur, en faisant le pont entre le public et la musique qu'il aime.

«Je suis en quelque sorte directeur du répertoire de mon équipe. Si, à heure de grande écoute à TVA, je peux faire chanter des chansons de mes amis artistes comme Philippe B, Avec pas d'casques ou Martin Léon, qu'on n'entend jamais à la radio, ça vaut la peine.»

L'année 2014 de Louis-Jean Cormier sera essentiellement faite de spectacles. Il souhaite entrer en studio avec de nouvelles chansons à la fin de l'année, et pour ceux qui en rêvent encore, il n'envisage pas de projet avec Karkwa dans un avenir rapproché.

Quant à La voix, le tournage se terminera au printemps et ne représente qu'une «embardée» pour lui. «C'est comme Elvis au cinéma et en chanson, ce n'est pas le même gars!»

Les effets sur sa cote de popularité s'en feront sûrement sentir après la diffusion, mais Louis-Jean Cormier garde les pieds sur terre. «J'aime me dire qu'il y a une différence entre la notoriété et la création. Ceux qui vont me découvrir à la télé n'aimeront peut-être pas mes chansons. Et ce n'est pas grave du tout. Depuis que j'ai fait cette réflexion, je sais que je peux entrer la tête haute là-dedans et faire ce que j'ai à faire.»

«C'est nouveau pour moi. Quand je voix mon nom dans les palmarès radio, c'est le monde à l'envers !»