Attendu à Montréal en février prochain, M vient de lancer Îl, son sixième album studio. Joint à Paris, il en raconte le processus de création.

Publié le 25 nov. 2012
Alain Brunet LA PRESSE

C'était à Los Angeles. Matthieu Chedid enregistrait les voix de Vanessa Paradis et Sean Lennon pour la musique du film d'animation Un monstre à Paris. Il menait aussi des sessions pour Jamais seul, l'album de Johnny Hallyday dont il était le réalisateur. Durant ce séjour californien, M a aussi fait la rencontre de «deux énergumènes magnifiques». Il eut tôt fait de réaliser que Brad Thomas Ackley et Dorion Fiszel «avaient un vrai univers musical».

«C'est vraiment de la musique d'aujourd'hui, plus électronique et en même temps très inspirée.» Inutile d'ajouter que les deux «énergumènes magnifiques» furent pour M les déclencheurs d'Îl, qui précède une tournée avec escale québécoise en 2013. M pour Montréal... en lumière!

Mais retournons en Californie, aux débuts de son Îl. «On a essayé de faire un peu de musique ensemble, ce fut le départ de la chanson Mojo, après quoi ils ont bricolé un peu sur cette musique. Lorsqu'ils sont venus en France, il y a eu un déclic. Ça m'ouvrait une porte, je sentais une nouvelle énergie.»

Petit comité créatif

Ainsi, M a «un peu kidnappé» ses nouveaux potes américains dans son Îl. «On s'est enfermés dans mon petit studio parisien, Brad a fait le son et 10 à 15% des instruments alors que j'ai fait le reste - batteries, basses, guitares... Il n'y a pas eu d'autres musiciens à part Lawrence Clais, un super batteur martiniquais venu à la toute fin de la session. On va dire qu'on a fait ça en petit comité.»

La tournée qui s'ensuivra se fera aussi en petit comité: Brad Ackley accompagnera M avec un instrument inventé, mélange de basse et de guitare, auquel on a greffé des déclencheurs d'échantillons et sons numérisés. Lawrence Clais sera le batteur, M le guitariste et chanteur. «Le trio dont je rêvais depuis longtemps», dixit l'interviewé, visiblement heureux de sa nouvelle formation et de la nouvelle matière à défendre sur scène.

«J'aime la dimension frontale de cet album. Plus rugueux, plus sale, très dynamique, qui fait bouger les fesses et qui résulte d'une production assez ambitieuse. Ça me plaît parce que c'est une autre proposition sonore, assez différente de mes enregistrements antérieurs», estime M qui s'annonce néanmoins éclectique dans son Îl: «Complètement varié! Puisque j'ai la chance de faire des disques et des concerts, j'en profite pour m'amuser, me sentir libre, ne pas me priver de certains plaisirs. Alors, pourquoi se limiter au rock ou à la ballade? Tout est possible, quoi.»

Tout est possible, évidemment, à condition de trouver le fil conducteur de cette approche multigenres. Ce fil, croit M, c'est Îl. Qu'en est-il?

«C'est un lieu imaginaire, un parc d'attractions où il y aurait plein de jeux. C'est une île où l'on passe d'un décor à un autre sans y perdre son âme. Car ça part toujours de la même personne, de la même poésie, mais avec des looks différents. Je ne sens pas d'incohérence même si les styles sont diversifiés. J'y sens cette continuité de petits courts métrages qui finissent par faire un film.»

M est prié de fournir quelques exemples:

«Ça commence par Elle, un morceau épique. Un grand vide où l'on part intime, piano voix, et ensuite on entre dans des contrées électriques où l'on glisse sur des toboggans mélodiques pour arriver sur Le film, un funk un peu surréaliste, enchaîné à Mojo, un rock tribal et aussi futuriste, puis à Laisse aller, sorte de transe électroafricaine, etc. Ces alchimies se succèdent comme un voyage un peu surréel.»

Fini le rose

À l'évidence, nous sommes aujourd'hui loin, très loin de l'album Je dis aime, des habits roses, de la guitare rose, de cette structure capillaire archi gominée, à l'effigie de sa lettre de prédilection. M corrobore: «Il ne faut surtout pas figer le passé qui est un temps mort. Puisque le personnage est encore en vie, je me suis trouvé une allure qui me correspond aujourd'hui. Un peu à l'image du clip de la chanson Mojo; lunettes exubérantes, look plus rock, plus trash.»

Approche néanmoins théâtralisée comme l'époque des habits rose et de la coiffure en M. «À l'image des chansons de l'album, pense l'interviewé. Je pars toujours de l'ordinaire parce que l'ordinaire est fascinant. Le réel devient alors extraordinaire. C'est ma chimie à moi, ma façon de fabriquer mes petits mondes. Y a-t-il une vraie proximité avec le vrai Matthieu Chedid? Oui, car la démarche est transparewnte. Nietzsche disait que ce qui est profond aime le masque. Le masque permet d'être encore plus honnête.»

M, le 21 février au Métropolis dans le cadre du festival Montréal en lumière.