Parlez-en aux Belges: les cultures germanophones et francophones font rarement bon ménage. Mais Natasha Cloutier a décidé de changer la donne. Par le groove.

Mis à jour le 10 août 2012
Jean-Christophe Laurence LA PRESSE

Établie depuis 13 ans à Amsterdam, cette DJ québécoise s'est créé un créneau unique en devenant l'ambassadrice numéro 1 de la musique francophone aux Pays-Bas. Grâce à elle, des artistes comme Loco Locass, Serge Gainsbourg, Jean Leloup, Boule Noire ou Les Rita Mitsouko rejoignent désormais de nouvelles oreilles qui n'entendent rien à la langue française.

Petit exploit, car la partie n'était pas gagnée d'avance.

«Ce sont deux mondes qui ne vont pas ensemble, mais moi, j'ai décidé de forcer le mariage, explique celle qui se fait connaître en Europe sous le nom de DJ Natashka. Pour les Néerlandais, la francophonie se résume aux vacances en France et au camping. Les plus jeunes pensent que la Belgique est flamande et que le Canada est anglophone. J'avais envie de déboulonner le mythe.»

Créées il y a cinq ans, ses soirées «Oh-la-la» sont devenues un pilier de la culture francophone à Amsterdam. Hip à sa façon, la DJ a attiré l'attention des médias locaux. Elle se produit régulièrement dans des festivals, des événements spéciaux, des boîtes de nuit et des cafés.

Ses activités musicales ne se limitent pas aux Pays-Bas. DJ Natashka spinne aussi en Allemagne et, surtout, en Belgique, où elle est devenue un des chouchous de la délégation du Québec à Bruxelles, qui l'a recrutée cette année pour son party de la Saint-Jean. Elle anime aussi une émission de radio sur le web (www.oh-la-la.nl), où elle reprend en ligne le concept de ses soirées festives.

«Je crois que j'ai réussi à avoir les gens par l'enthousiasme, dit-elle. Les Néerlandais ne sont pas de grands émotifs, mais quand ils aiment, ils reviennent. Tout le monde y gagne. J'ai l'impression de leur apprendre quelque chose. Et moi, ça me permet de rester en contact avec ma culture...»

Loin du Québec, le salut

Une «pure laine», Natasha Cloutier? Moins qu'on pourrait le croire.

Née il y a 43 ans d'un père québécois et d'une mère anglophone d'origine russe de la Saskatchewan, elle a grandi entre deux cultures, sans jamais trop savoir à laquelle s'identifier. Ce tiraillement culturel est une des raisons qui l'ont poussée à quitter le Québec après avoir bouclé son bac en études russes à McGill: «Je me suis toujours sentie entre deux mondes. Je ne trouvais pas ma place», dit-elle.

Elle ne regrette pas son choix. Deux jours après son arrivée aux Pays-Bas, en 1999, elle avait un emploi dans une agence de communication qui était à la recherche d'anglophones. «Ça m'a donné le temps d'apprendre le néerlandais», explique-t-elle.

Et le Québec? Pour le travail, pas de problème. Depuis son départ, la DJ est revenue spinner deux fois dans sa province d'origine - notamment au début du mois de juillet, au Forum mondial de la langue française à Québec.

Mais pour y vivre, c'est une autre histoire. DJ Natashka a décidément tourné la page. «C'est trop petit, tranche-t-elle. Les gens voyagent plus, mais les propos tournent en rond. Je ne me vois pas y retourner. Je suis amoureuse des Pays-Bas. Mon aventure hollandaise n'est pas terminée...»