Depuis ses premiers tubes, d'autres chanteuses pop ont pris le dessus sur elle, sans compter que la mode punk-emo a passé.

Émilie Côté LA PRESSE

Mais après quatre disques et plus de 10 années de carrière, Avril Lavigne est encore capable de faire des tournées internationales et de remplir le Centre Bell au tiers (5400 personnes) avec la clientèle adolescente qui raffole des boutiques Ardène.

Contrairement aux Rihanna et Katy Perry, la chanteuse ontarienne est en mode concert rock, sans mise en scène ou grand artifice pop. Avril Lavigne chante en misant sur la présence de ses musiciens, devant un immense rideau en velours de couleurs bourgogne. Pour le Métropolis, ça irait. Pour le Centre Bell, c'est un peu fade, surtout que la jeune femme a une faible voix fausse qui déplace peu d'air. Cela en est même gênant...

La chanteuse a lancé le bal avec Black Star et What The Hell, deux titres de son dernier album, Goodbye Lullabye. Mais elle a rapidement enchaîné avec un succès de son premier album, Sk8er boy.

En voyant l'âge moyen des fans d'Avril Lavigne mardi soir au Centre Bell, force est de constater que son public n'a pas vieilli au même rythme qu'elle, de son premier à son quatrième album.

Chacun des disques de la chanteuse a montré un trait de sa personnalité: Avril la skateuse (Let Go), Avril la femme (Under My Skin), Avril la fille de party (The Best Damn Thing), puis Avril la romantique au coeur brisé (Goodbye Lullabye, qui a fait suite à son divorce avec le rockeur du groupe Sum 41 Deryck Whibley).

Le matériel qui se prête le mieux à sa voix et à une évolution musicale plus mature est celui de son deuxième album -son meilleur en carrière-, Under My Skin, fait en collaboration avec Chantal Kreviazuk (jugé pas assez pop à l'époque par l'industrie). Mardi soir, c'était plus agréable d'entendre Avril chanter sur des pièces mélodiques comme Don't Tell Me et My Happy Ending (deux pièces de type «plaisir coupable» de notre iPod), que de la voir sautiller en criant et en forçant la note sur I Always Get What I Want et Girlfriend (que le son était mauvais et insupportablement trop fort par moments).

Oui, Avril Lavigne peut jouer de la guitare ou chanter une ballade en formule intimiste sans faire de lypsinc, assise sur un piano. La fille d'un père d'origine francophone est même capable de dire «Je t'aime Montréal» et «Merci beaucoup» en français. Mais elle est mûre pour un cours de voix et un sérieux renouvellement de son offre (et de son look legging noir et cheveux aplatis au fer plat, tant qu'à faire). Elle n'est ni une star pop ni une chanteuse rock.

Le jeune public féminin du Centre Bell n'y a vu que du feu mardi soir, mais il reste que les acheteurs de billets n'en ont pas eu pour leur argent avec le spectacle d'Avril Lavigne (le dernier du Black Star Tour). Cela manquait terriblement d'ambiance et de valeurs ajoutées... Par chance que le groupe trifluvien The New Cities a assuré avec fougue la première partie, avec une visite sur scène de David Desrosiers, le bassiste de Simple Plan.