Deux gros «morceaux» étaient affichés à l'Orchestre Métropolitain hier après-midi : le baryton gallois Bryn Terfel et la longue et tonitruante Alpensinfonie de Richard Strauss. Indépendamment de la solide prestation du chanteur invité, ce qu'on retient de ce concert de deux heures et demie se ramène aux 54 minutes du poème symphonique de Strauss tel que reconstitué par Yannick Nézet-Séguin et son OM augmenté à plus de 100 musiciens.

Claude Gingras LA PRESSE

La présente saison musicale connaîtra une autre Alpensinfonie le 22 avril, alors que Franz-Paul Decker la reprendra pour la cinquième fois avec l'OSM. Dans l'acoustique toujours «à l'étude» mais généralement très satisfaisante de la nouvelle salle, l'interprétation sentie de Nézet-Séguin et la réponse immédiate et impeccable de son orchestre étaient telles qu'on se demande ce que le tandem Decker-OSM pourra y ajouter.

Partout à la fois, le jeune chef apporte tout le relief voulu aux différents épisodes de ce voyage en montagne assorti de cloches de troupeau et de machine à vent. Il commande aux bois des timbres inquiétants dans le tableau intitulé Le calme avant la tempête et pousse l'orchestre entier à son maximum dans le violent orage signifiant descente et retour à la maison. Beaucoup de réflexion, aussi, dans cette réalisation. Une mention à décerner : Lise Beauchamp pour le solo soutenu de hautbois dans Au sommet. Un passage à retravailler : la séquence finale des cordes en 10 divisi.

Wagner occupait la première moitié du concert. Deux opéras, Die Meistersinger et Die Walküre, étaient représentés, chacun, par une page d'orchestre et un monologue chanté. Dans le Prélude du premier opéra et dans la fameuse Chevauchée, Nézet-Séguin obtint de son OM une qualité de jeu vraiment étonnante, comme si la différence entre l'OSM et l'OM était de plus en plus mince...

Se présentant d'abord dans une sorte de chandail de maison puis en redingote, Bryn Terfel apporta sa voix riche et virile et une expression vraie aux réflexions philosophiques de Hans Sachs et aux touchants adieux que Wotan adresse à sa fille Brünnhilde. Partout, l'orchestre épousait les sentiments exprimés. Associant «your wonderful new hall» au Walhalla, M. Terfel ajouta en rappel l'air de Das Rheingold où Wotan salue son nouveau palais.

ORCHESTRE MÉTROPOLITAIN. Chef d'orchestre : Yannick Nézet-Séguin. Soliste : Bryn Terfel, baryton. Hier après-midi, Maison symphonique de Montréal, Place des Arts.