Le pianiste Marc-André Hamelin, qui interprétera sous peu Fauré et Franck de concert avec l'OSM, fait partie des plus grands virtuoses de la période actuelle, toutes nations confondues.

Alain Brunet LA PRESSE

Sa notoriété a longtemps été liée à sa maîtrise de répertoires exigeant une technique monstrueuse, au-dessus de la moyenne de plusieurs concertistes renommés. Les oeuvres de Charles-Valentin Alkan, Leopold Godowsky, Nikolaï Medtner ou Sobraji, extrêmement difficiles à interpréter, n'ont pas de secrets pour Hamelin... de plus en plus agacé par cette marque de commerce.

«J'ai certaines préférences musicales, j'ai tendance à aimer les musiques denses, riches et complexes, admet-il. Très souvent, ces musiques me demandent beaucoup, mais si elles n'étaient pas bonnes, je ne les jouerais pas. Je n'aime pas la difficulté pour la difficulté. D'ailleurs, paresseux que je suis, j'aimerais beaucoup que ces choses-là soient moins difficiles ! Surtout dans les concerts estivaux où je me transforme en flaque de sueur. J'aime aussi les choses plus simples; en général, la période classique me demande moins de ressources physiques.»

On n'a qu'à observer l'étendue de son répertoire à travers les 83 albums de sa discographie pour s'en convaincre. Marc-André Hamelin s'intéresse effectivement à toutes les périodes du piano, du baroque à aujourd'hui.

«Il est dommage, insiste-t-il, que les gens y voient le côté technique par-dessus tout. Évidemment je ne peux rien y changer, mais le piano, ce n'est pas les Olympiques. Je suis là pour communiquer mes enthousiasmes musicaux. Je ne vais pas sur scène pour m'exhiber. Je vais sur scène pour partager le miracle de la créativité humaine. Ayant moi-même composé me donne une vision différente des interprètes qui ne l'ont pas fait. Ainsi je me sens plus près des compositeurs.»

La création musicale est une passion qu'alimente Marc-André Hamelin depuis l'adolescence.

«Je n'ai pas composé quoi que ce soit d'utilisable avant l'âge de 18 ans, dit-il. Depuis lors, j'ai toujours poursuivi, même si la composition n'a jamais été mon activité principale. Ma publication la plus importante? Mes 12 études dans les tons mineurs, parues l'an dernier chez Peters, en même temps qu'un enregistrement de cette musique chez Hyperion. Bien sûr, je compose surtout pour le piano, un instrument que je connais (rires)! Les musiques contemporaines non classiques ne sont pas perceptibles dans ma musique, mais ce que j'en retiens, lorsqu'elles sont excellentes, c'est d'essayer de repousser les limites du possible en évitant toute imitation.»

Aux côtés de l'Orchestre symphonique de Montréal, sous la direction du maestro Kent Nagano, le pianiste vient cette fois interpréter deux oeuvres concertantes pour piano: la Ballade de Gabriel Fauré, ainsi que les Variations symphoniques de César Franck.

«Ces oeuvres, estime Hamelin, proviennent d'une période de l'histoire de la musique que j'affectionne tout particulièrement : fin 19e siècle/début 20e, une période où l'harmonie tonale s'est développée et a franchi des frontières. Des gens comme Liszt et Wagner avaient alors exercé une influence considérable sur les musiciens de cette période. On peut dire que Liszt fut un précurseur pour Shoenberg, Debussy, Webern et tant d'autres.

«Quant à Franck et Fauré, ces compositeurs ont jadis été plus joués. On devrait se souvenir, pourtant, qu'ils furent des créateurs formidables. Fauré a écrit plus pour piano que Franck, sa musique exige beaucoup de sophistication - phrasé, pédale, texture, expression. Fauré a mis de l'avant des harmonies très avancées, recherchées, très fines. Sa musique n'est pas aussi flamboyante que celle, par exemple, d'un Rachmaninov, mais il était vraiment un maître. César Franck, lui, était plus réservé.  J'avoue ne pas avoir joué beaucoup de Franck à part les Variations symphoniques que je vais jouer à Montréal et son Quintette pour piano et cordes.»

Âgé de 50 ans (il les a eus en septembre), comment Hamelin envisage-t-il son avenir d'artiste?

«J'essaie toujours de me raffiner. Et je veux encore élargir mon champ d'action. Sans les nommer, il y a certains orchestres et certains chefs avec qui ne n'ai pas joué, certaines salles et certains festivals importants où je n'ai pas joué. Sur le plan de ma carrière, j'ai malheureusement perdu 13 ans de ma vie avec un agent à New York qui ne faisait rien pour moi. Il attendait les appels! Il faut dire qu'avec le répertoire que je proposais à l'époque, la plupart des promoteurs de concerts n'étaient pas particulièrement attirés; ils ne croyaient pas pouvoir remplir leurs salles. Il y a une douzaine d'années, enfin, j'ai frappé à la porte d'autres agents et ça a commencé à débloquer. Depuis, de très belles choses se sont produites. À mon retour à Montréal, par exemple, je viendrai à peine de jouer pour la première fois avec le Berliner Philharmoniker.

«D'une certaine manière, je suis un late starter.»

Les 26, 27 et 30 octobre, Marc-André Hamelin se produit à la Maison symphonique de Montréal, avec l'OSM, sous la direction de Kent Nagano.