Goran Bregovic est en pleine tournée et il passe par Montréal, demain soir, au Métropolis. «J'ai commencé à Beyrouth au mois de mai et je vais terminer en Russie à la fin du mois de novembre», souligne-t-il.

Émilie Côté LA PRESSE

Fils d'un père croate et d'une mère serbe, Bregovic est dans une période prolifique. Il sortira sous peu un album intitulé Champagne for Gypsies, dans lequel les Gipsy Kings se font entendre sur le premier extrait, Balkaneros, disque auquel collabore aussi Stephan Eicher. «Il y a un mouvement contre les gitans en Europe», explique-t-il.

Mais quand nous demandons à Goran Bregovic s'il a entendu parler de la comédie musicale GRUBB mise en scène par Serge Denoncourt avec des adolescents roms de Belgrade, il répond par la négative.

«Les gitans sont des gens qui ont laissé de grandes traces dans la culture populaire. Même Elvis Presley avait des influences gitanes, poursuit Bregovic. En Europe, c'est l'hystérie totale envers les gitans. Or, ce sont des gens qui ont quelque chose d'inexplicable... C'est un peu comme la métaphore des cowboys en Amérique. Et en musique, nous sommes dans un métier de gitans.»

«J'ai commencé ma carrière de musicien dans un bar de strip-tease, rappelle-t-il. À 17 ans, j'avais vu plus de femmes nues que n'importe qui.»

Du rock à la musique de film

Goran Bregovic a été très marqué par la guerre qui a ravagé son pays, l'ex-Yougoslavie, où il était une rock star avant le conflit (son groupe Bijelo Dugme a vendu 6 millions d'exemplaires de ses 13 albums). Pour les jeunes Yougoslaves de l'époque, le rock était l'espoir d'un monde meilleur. «Dans les pays communistes, le rock était toujours politique, car il renvoyait à un autre système de valeurs. C'était la contre-culture. Mais notre rock'n'roll était très inspiré par la musique traditionnelle.»

Bregovic habitait Paris quand sa ville natale, Sarajevo, a été plongée dans le chaos. C'est dans la Ville lumière que le musicien a rencontré le cinéaste Erin Kusturica, et que sa carrière a pris un virage vers la composition. Bregovic a signé la bande originale de trois films de Kusturica, dont Le temps des gitans, mais aussi d'Arizona Dream, Underground et La reine Margot. «Je n'ai jamais pensé que j'étais un bon compositeur de film, car ma musique est trop mélodique et agressive, explique-t-il. Mais dans chacun de nous, il y a la bande sonore de notre vie.»

Et dans le cas de Goran Bregovic, la musique de sa vie est très significative.

Aujourd'hui, Bregovic, sa femme bosniaque et leurs trois enfants partagent leur vie entre Paris et Belgrade. Son album Champagne for Gypsies, dont la sortie est prévue cet hiver, est la suite d'Alkohol, paru il y a trois ans. Vêtu d'un complet blanc de dandy, le chanteur - qui n'a jamais donné dans la demi-mesure - se donne comme mission de boire de l'alcool sur scène. «Je considère toujours mes concerts comme quelque chose d'exceptionnel, dit-il. La musique, ce n'est pas assez. Il faut de la folie. Et je viens d'un endroit où la musique, c'est fait pour boire.»

Goran Bregovic garde un bon souvenir de son spectacle donné au Festival de jazz, en 2006, devant des milliers de personnes. Demain soir, au Métropolis, le public peut s'attendre à un autre party flamboyant de musique des Balkans revisitée avec des accents rock et orchestraux. Bregovic sera accompagné des 16 membres de son orchestre de mariages et d'enterrements.

Demain soir au Métropolis.