Arthur H lance son album Baba Love, qu'il considère comme le dernier d'un cycle amorcé au milieu des années 90.

Alain Brunet LA PRESSE

«Baba est un vieux mot qui a la même racine que bébé, expose Arthur H. Ça veut dire ébahi, sans mots, saisi par l'étonnement. Baba Love désigne cet état d'amour où tu perds tes repères pendant une expérience sexuelle libératrice. Une espèce de joie t'envahit, tu ne sais trop pourquoi ni comment, tu n'as pas d'explication à fournir. Tu es baba. Tout s'ouvre sur la naissance d'un monde nouveau, tu commences à respirer différemment.»

Une poésie émanant de la proximité des corps a fait place aux univers fantasmatiques du chanteur français. Bienvenue dans l'univers Baba Love.

«J'ai fait beaucoup de disques sur la distance ou sur l'absence, rappelle Arthur H. J'aimais décrire le mystère entourant ces concepts. J'aimais décrire cet homme qui frôle cette femme qui disparaît et qu'il se met à idéaliser. Alors que là, je suis dans le contact: pas de figure féminine impressionnante, pas d'amour impossible. Des peaux se touchent, des rencontres se font.»

Cette proximité, fait-on observer au principal intéressé, est aussi observable dans le son de l'album: Baba Love est un album moins orchestré que plusieurs de ses propositions antérieures, mis à part son précédent, Mystic Rumba, enregistré seul au piano.

«Mon but ultime est de faire un disque très cru, très sobre, très direct, dit-il. Mon projet ultime est de créer un album qui ait un vrai rythme, extrêmement simple, qui laisse beaucoup d'espace à l'imaginaire et aux émotions. Je me dirige petit à petit, très lentement, vers ça.»

Comme tous les artistes désireux de rester créatifs, Arthur H a entrepris de changer d'entourage pour créer ce Baba Love.

«J'ai une envie encore plus intense de me renouveler et je constate comme tout le monde que je suis un être d'habitudes. Alors, si je veux être honnête et présenter quelque chose de neuf, je dois contourner mes habitudes. Là, je me suis séparé de tous ces gens que j'aime, mais ils ont compris. Quand tu te retrouves face à des gens avec qui tu n'as aucune habitude, forcément il y a une attente, un regard neuf, pas de repères et pas de prison où tu t'enfermeras dans quelque chose que tu connais déjà.»

Sa nouvelle équipe se compose de Joseph Chedid, guitares, Vincent Taurelle, claviers, Alexander Angelov, basse, Aymeric Westrich, batterie, Derya Uzun, prise de son et coréalisation. Sans compter les collaborations. Outre la demi-soeur Izia et Claire Farah, l'artiste hip-hop Saul Williams a participé à deux chansons de Baba Love.

«Saul Williams vit à Paris depuis un an, indique notre interviewé. Il fait des disques (dont un réalisé avec Trent Reznor), il écrit, il évolue. C'est un vrai artiste. Il imagine actuellement un film sur la rencontre entre Juliette Gréco et Miles Davis. Il a beaucoup parlé à Gréco sur ce sujet, ils se sont bien entendus. Lui et moi, nous nous sommes aussi très bien entendus, et je voulais une voix de hip-hop. Ç'aurait pu être en français, mais il est arrivé dans le décor et ça a marché à merveille dans mon projet.»

Les 12 titres de Baba Love culminent avec L'ivresse des hauteurs, un texte récité par deux hommes: Arthur H et Jean-Louis Trintignant. «Les disparitions tragiques de ses proches auraient pu le détruire, alors qu'il a gardé un amour de la vie. Il est très présent, très curieux, capable de lâcher prise. Le voir ainsi, ça donne du coeur au ventre.»

Pourquoi Baba Love serait-il le «dernier album d'un cycle amorcé en 1996?»

«Je ne me retourne pas trop en arrière, répond-il. Je ne réfléchis pas trop, mais je sais qu'il s'agit de mon dernier album de chansons atmosphériques, électro rock. Le prochain sera celui d'un nouveau cycle. J'ai envie de le faire en Afrique. Mais avant, j'ai besoin de passer un cap sur scène, de m'y libérer davantage avec ce nouveau répertoire. Je veux m'y amuser comme un animal.»

Animal baba, il va sans dire...

CHANSON

ARTHUR H

BABA LOVE

UNIVERSAL