Pour la première fois de sa carrière, Jean-Thomas Jobin officiait lors d’une soirée Carte blanche Juste pour rire. Et l’humoriste avait une carte multicolore dans sa manche : la coanimatrice Rita Baga, drag-queen aujourd’hui célèbre. Naguère adversaires dans la maison de l’émission Big Brother Célébrités, les deux personnalités a priori antinomiques se sont liguées au nom du rire. Compte rendu d’une soirée sous le signe du yin et du yang.

Charles-Éric Blais-Poulin
Charles-Éric Blais-Poulin La Presse

Le numéro d’ouverture

Les coanimateurs Jean-Thomas Jobin et Rita Baga sont apparus sur scène comme le yin et le yang. À gauche, un homme sobrement vêtu d’un complet bleu marine et blanc. À droite, une drag-queen exubérante dans une robe aussi jaune que sa perruque et son froufrou. Après quelques blagues de type « anal », les ex-célébrités de Big Brother se sont prêtées à une douce bataille humoristique. « Y est-tu trop tard pour que je fasse ma Carte blanche avec Marie-Chantal Toupin ? », a ironisé Mme Baga, en référence aux insultes alcoolisées de la chanteuse de Maudit bordel dans le manoir de l’émission de téléréalité. D’entrée de jeu et tout au long de la soirée, le ping-pong verbal entre les deux animateurs s’est avéré fluide et dynamique.

Le numéro anti-woke

PHOTO CATHERINE LEFEBVRE, COLLABORATION SPÉCIALE

Alex Perron

Premier invité de la soirée, Alex Perron s’est risqué à une version dramatiquement édulcorée du célèbre gag de Pet et Répète aux allures de tirade anti-woke. Le public riait parfois jaune – mot à bannir, rouspéterait son personnage –, souvent aux éclats. Un auditoire plus jeune aurait sans doute reçu plus tièdement cette parodie où les deux protagonistes sont des « oiseaux syndiqués » perchés sur une branche d’un arbre « nourri au compost naturel ». À la fin du numéro, les chroniqueurs Durocher-Martineau-Lagacé-Cassivi déchirent leur chemise et un universitaire demande le retrait du « mot en R », « Répète ». L’arbre a décidé de se retirer de la blague – « Arbres Lives Matter » – et Pet a mis le cap sur la Floride pour écrire sa biographie. Une proposition tendancieuse susceptible de frapper fort ou de heurter, selon les publics.

L’anti-numéro anti-woke

Contrepoids à la satire de l’ex-Mec comique, en fin de gala, Virginie Fortin a foulé la scène dans la peau de l’humoriste machiste Pat Pratt. C’était à son tour de tuer par le ridicule. Veste de cuir, barbichette, main posée dans sa poche façon Peter MacLeod, le comique tendance « miso » a passé dans son tordeur étroit les « fifis » – ne vous inquiétez pas, « ça veut pas dire fif, ça veut dire tapette » –, les femmes poilues – pourquoi diable est-ce que Dieu a inventé le rasoir ? – et autres identités préjudiciables. « Moi, je suis féministe. Ma mère m’a élevé et j’aidais parfois mes sœurs à faire le ménage. » Virginie Fortin maîtrisait tellement son personnage que ses positions ont engendré plusieurs malaises. Mission accomplie !

Le numéro qui a fait mouche

Dans la pure tradition du stand-up, Mélanie Ghanimé a offert la performance la plus solide de la soirée. Et a été récompensée de rires parmi les plus vifs. L’humoriste libano-québécoise – « je me sens aussi libanaise qu’un concombre est anglais » – a raconté les tribulations liées à sa première communion. Avec aplomb, elle a abordé les maladresses de sa grand-mère raciste, les siennes (par exemple : mettre le feu à une touffe de cheveux) et celles des gens qui téléphonent à la radio musicale. « “J’aimerais entendre Julie, des Colocs.” Va sur YouTube, c’est gênant ! » Un quasi-sans-faute.

Le numéro où l’on entendait (presque) les mouches

Disons-le d’emblée : le problème résidait davantage dans l’adéquation proposition-public que dans le numéro. Seul humoriste à s’aventurer dans l’absurde, Brian Piton n’a pas réussi à générer les éclats de rire qu’il méritait pourtant. Mort tragiquement avant le spectacle, l’humoriste avait fait le vœu que son cousin « identique », un programmeur, le remplace sur scène. Pas tout à fait pareils, les cousins. « J’ai un plus gros, j’ai un plus gros… problème à parler en public. » Conversation téléphonique avec lui-même, discussion avec un robot, chanson à la guitare « saoul et muet » : les gags flottaient dans les airs sans réussir à dilater les rates. Ou peut-être la nôtre.

Le drôle de « flash »

Mathieu Dufour, Korine Côté et Christine Morency ont offert le plus beau « flash » de la soirée. Les deux premiers croyaient participer à un mariage. Or, ils assistaient plutôt aux funérailles de Papa Prune, chatte de Jean-Thomas Jobin qui a trépassé en mai dernier. « J’ai fait un speed », s’est inquiétée Korine Côté. C’était l’occasion pour les trois humoristes de se « roaster » gentiment. Mathieu Dufour, roi des réseaux sociaux, a reçu quelques salves de qualité : « Quand t’as pas ton cell, t’existes pas », « Matt, c’est quoi ta job ? » « Personne le sait », a-t-il avoué. Le numéro a atteint son paroxysme quand Rita Baga et Christine Morency se sont livrées dans la démesure à un concours de « pleureuse ». Mort de rire ou presque.

Le verdict

Plus de sourires que d’hilarité, dans ce court gala de 75-80 minutes. La connivence entre Jean-Thomas Jobin et Rita Baga a joué pour beaucoup, au gré d’une soirée de contrastes et de contraires. Le « bas corporel » et les enjeux sociaux ont été exploités à juste dose. Au bout du compte, le public s’est levé souvent. C’est sans doute lui qui a raison.