Elles sont drôles, irrévérencieuses et, par défaut, engagées. Les Bad Girls du rire monteront sur scène ce dimanche soir dans le cadre du festival Zoofest. Tour de table avec l’animatrice de la soirée, Sinem Kara, et ses invitées, Val Belzil, Sarah Boulais, Claudia Lopez et Douaa Kachache, sur les défis (et les acquis) des femmes en humour.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

La Presse : En 2017, le collectif Les Bad Boys du rire est né d’un désir de « métisser » l’humour au Québec – pour reprendre les mots de son créateur, Renzel Dashington – en offrant un espace aux humoristes issus de la diversité. Est-ce la même philosophie qui anime les Bad Girls du rire ?

Sinem Kara : Ce sont des filles qui allaient voir les shows des Bad Boys qui ont eu l’idée de créer une branche féminine. Le but, c’était d’offrir un endroit sans jugement pour les femmes qui voulaient apprendre le métier.

Sarah Boulais : C’est dur de se faire booker quand on commence, encore plus si tu es une fille. Le fait que [les soirées des Bad Girls] soient réservées aux filles, ça ouvre la porte à celles qui veulent essayer.

Sinem Kara : Justement, on a commencé par des soirées « open-mic » ouvertes à toutes les femmes, peu importe leur niveau.

La Presse : Comment se fait-il qu’un collectif de femmes humoristes soit encore nécessaire en 2021 ? On aurait peut-être compris, il y a 10 ans, mais aujourd’hui…

Claudia Lopez : Il y a plus de femmes en humour aujourd’hui, oui, mais c’est comme si elles avaient un spot réservé. Elles sont là pour remplir une case, pour que les organisateurs puissent dire : « On est inclusifs, nous ! »

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Claudia

Val Belzil : C’est vrai. On met une ou deux filles par show, et on comble le reste avec des gars. Ça n’a aucun lieu d’être. On peut être 75 % de filles sur un show et ça va être tout aussi bon que si c’étaient juste des gars.

Sinem Kara : Puis quand il y a un show avec plus de deux filles, tout le monde le souligne. Genre : « Heille, trois filles, c’est capoté pareil ! »

Val Belzil : En général, c’est le 8 mars [Jour international des femmes] que ça arrive, ces affaires-là.

La Presse : Des spectacles 100 % féminin, comme le proposent Les Bad Girls du rire, ne contribuent-ils pas justement à faire une distinction entre l’humour de gars et l’humour de filles ?

Val Belzil : L’humour de filles, ce n’est pas un style d’humour. On ne dirait jamais : « Oh, mon Dieu, les Denis Drolet vont parler de la même maudite affaire que François Morency. Ça va être insupportable. » Si ce ne sont que des filles, par contre, on va dire : « Bon, on va se faire parler de ménopause pis de menstruations. » Les Bad Girls, c’est une diversité de sujets, de tranches d’âge, de styles d’humours. […] Je trouve ça vraiment bien d’avoir une espèce de solidarité entre girls et de se sentir chez nous, sur scène, pour une soirée.

Sarah Boulais : Et c’est le fun de voir qu’on est assez nombreuses pour faire un spectacle à nous toutes seules. Plus on va voir de femmes humoristes, plus on va donner envie aux jeunes filles d’oser et de le faire.

La Presse : Votre spectacle affiche déjà complet, le public demande plus de diversité… Le vent tourne, malgré tout, non ?

Douaa Kachache : Je me rappelle, quand j’étais au secondaire, je ne consommais pas beaucoup d’humour féminin québécois. À part Lise Dion, il n’y en avait pas. Et maintenant, je me retrouve à suivre plein de femmes humoristes au Québec. Donc, oui, ça change.

Val Belzil : Moi, je n’ai pas à me plaindre du tout. Je pense plus que c’est si difficile, le milieu de l’humour, pour une femme. J’ai du fun. En même temps, j’arrive après #metoo, après des femmes qui nous ont ouvert leur chemin.

Claudia Lopez : Éventuellement, je pense quand même que le but c’est qu’être une femme ne soit plus un critère, qu’on soit reconnu parce qu’on est drôle, point.

La Presse : Alors, où on s’inscrit pour devenir une Bad girl du rire ?

Sinem Kara : Tout le monde peut devenir une Bad girl. Il faut juste savoir prendre sa place.

Les Bad Girls du rire avec Sinem Kara, Val Belzil, Sarah Boulais, Claudia Lopez, Douaa Kachache, Evangelia Alexopoulos, Rachelle Elie et Altesse, au studio Hydro-Québec du Monument-National le 18 juillet, dans le cadre du festival Zoofest.