La sitcom Étudiants libres, de l’humoriste Richardson Zéphir, a vu le jour en un temps record. Conçue en quelques jours, tournée le mois dernier et diffusée cette fin de semaine dans le cadre du festival Juste pour rire, elle dépeint avec esprit et humour le quotidien d’un trio d’étudiants et colocataires montréalais d’origine haïtienne.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Juste pour rire a contacté Richardson Zéphir pour qu’il participe à la Série des concepts éclatés au mois d’août. Tout comme Rosalie Vaillancourt et Maxim et Livia Martin, il a eu la possibilité de mettre sur pied le projet numérique de son choix (d’une vingtaine de minutes), qui est diffusée ce samedi dans la portion web du festival.

La fenêtre de temps, surtout en pleine pandémie, n’était pas très large. Le concept devait être achevé et remis à Juste pour rire à la fin du mois de septembre. « C’était un pari risqué. Ça s’est fait dans la course, remarque Richardson Zéphir, un sourire dans la voix. C’était ambitieux. »

L’humoriste et comédien a proposé trois idées au festival. La sitcom Étudiants libres, composée de deux épisodes, a été retenue. On y suit la vie de Michel, Richard et Sydney. Cette dernière vient d’emménager avec les deux premiers dans leur appartement montréalais et souhaite explorer les nouvelles libertés que lui offre la ville. Richard tombe sous son charme au premier regard, mais l’attirance ne semble pas réciproque.

PHOTO PIERRE-LUC JOBIN, FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Le tournage d’Étudiants libres

« L’amour impossible est un beau thème à exploiter et qu’on peut exploiter longtemps. [En général], Étudiants libres parle des petites situations cocasses du quotidien », note Richardson Zéphir, que l’on connaît notamment pour ses sketches sur le web. L’humoriste, qui publie ses capsules sur YouTube depuis plusieurs années, cumule depuis de nombreux projets, tant sur scène (il a présenté l’an dernier son troisième spectacle solo) que sur le web (Vaudou Montréal), à la télévision (Avec pas de parents) et à la radio (Plus on est de fous, plus on lit).

Au moment de se pencher sur ce projet, justement, « je travaillais déjà pas mal », dit-il. « Quand j’ai eu un congé, j’ai pris une journée pour écrire le scénario », raconte celui qui a également pris part cette année à la Soirée carte blanche de Laurent Paquin et Korine Côté au début du mois.

L’art de créer une fausse proximité

Après avoir rencontré le comédien et scénariste Vincent Bolduc pour perfectionner le script, Richardson Zéphir s’est penché sur le recrutement des trois acteurs principaux. Son choix s’est arrêté sur Érich Preach (du duo Aba & Preach), Tracy Marcelin et Lyndz Dantiste.

Un peu avant la mi-septembre, il a fallu se mettre au tournage. Evan Boudreau-Soucy a pris en charge la réalisation. En trois jours, dans les conditions de plateau restreintes par la COVID-19, tout était dans la boîte.

J’ai tourné sur d’autres projets [depuis le début de la pandémie], j’avais une idée de comment procéder pour respecter les règles. À part pour les acteurs principaux, on gardait toujours la distance.

Richardson Zéphir

L’illusion de proximité est toutefois parfaite. « C’est pour ça que je tenais à ce qu’Evan soit sur le projet : en plus d’être un très bon réalisateur, c’est un bon menteur ! blague Richardson Zéphir. Il est capable de bien mentir avec la caméra. »

Montrer la diversité plutôt qu’en parler

Richardson Zéphir se base souvent sur l’actualité pour ses capsules sur le web. Avec Étudiants libres, il a ramené dans son scénario des éléments faisant écho aux questions de l’heure. Ainsi, on peut témoigner d’une interpellation où l’attitude discriminatoire d’un policier est flagrante. On voit également une conversation sur la représentativité culturelle dans les médias.

Cette diversité, dans Étudiants libres, est partout. « Le monde parle beaucoup de la diversité, du racisme systémique. Je pense que la base de ce qui cause le racisme systémique, c’est la représentation », dit Richardson Zéphir, qui estime que les débats sur la représentation et la diversité créent plutôt un clivage dans la société.

On a beau en parler, faire des ateliers pour améliorer les choses, je pense qu’au lieu de juste voir des Noirs à la télé dans un bulletin de nouvelles quand on parle de gang de rue, il faudrait voir des Noirs à la télé faire des trucs normaux. C’est par là que ça passe.

Richardson Zéphir

C’est en partie pour ça qu’est né Étudiants libres. « Je voulais avoir des personnages qui ne sont pas des criminels et qui ne risquent pas d’être expulsés, qui sont juste… cool », dit-il.

Alors que deux épisodes ont été tournés pour Juste pour rire, l’humoriste reste prudent lorsqu’on lui demande si une suite se dessine. L’avenir (et la réaction du public, surtout) le dira. De son côté, il a en tout cas beaucoup de matériel prêt à être porté à l’écran.

Consultez le site d’Étudiants libres : https://festival.hahaha.com/fr/etudiants-libres