Nadia Myre rayonne de plus en plus, même au-delà de nos frontières. Exposée en Europe, l'artiste autochtone montréalaise vient d'être choisie pour créer une oeuvre d'art public monumentale à l'entrée Bonaventure. Raison de plus pour aller découvrir son dernier corpus à la galerie Art mûr...

Publié le 26 janv. 2019
ÉRIC CLÉMENT LA PRESSE

L'étoile de Nadia Myre continue de briller. La protégée de Rhéal Olivier Lanthier et de François St-Jacques, les galeristes d'Art mûr, expose de plus en plus ses oeuvres à l'étranger. 

Après les États-Unis, l'Allemagne et le Royaume-Uni, la créatrice algonquine par sa mère fait désormais partie des plus grands artistes contemporains. Par exemple, actuellement, elle présente des éléments de son corpus The Scar Project, dans le cadre de l'exposition Show Me Your Wound, au Dom Museum Wien, en Autriche, à côté d'oeuvres de Joseph Beuys, Lucas Cranach, Louise Bourgeois, Günter Brus, Valie Export, Shōzō Shimamoto ou encore Andres Serrano. Rien de moins... 

Dans l'attente

La lauréate du convoité prix Sobey en 2014 a de plus appris récemment qu'elle avait remporté le concours pancanadien sur invitation du Bureau d'art public de Montréal, visant à créer une oeuvre d'art pour un espace gazonné de l'entrée Bonaventure, entre les rues William et Ottawa. Tout près des oeuvres déjà installées du sculpteur catalan Jaume Plensa (Source) et de l'artiste visuel montréalais Michel de Broin (Dendrites). 

Intitulée Dans l'attente, l'oeuvre sculpturale de Nadia Myre soulignera la Grande Paix de Montréal, signée en 1701 entre les colonisateurs français et une quarantaine de nations autochtones. Elle consistera en une série de bronzes reproduisant la forme des signatures que les chefs autochtones avaient apposées sur le document de l'alliance historique.

Évoquant des animaux, des rivières et des figures humaines, la vingtaine de sculptures sera créée dans un style filiforme et installée normalement l'automne prochain. Il s'agira d'une première à Montréal pour une oeuvre d'art public de cette ampleur créée par une artiste autochtone.

Permutation de codes 

En attendant, on peut aller découvrir chez Art mûr le dernier corpus de Nadia Myre, Code Switching (Permutation de codes), dont elle avait dévoilé les premières pièces au Musée des beaux-arts de Montréal, lors d'un bilan de carrière en 2017, et qu'elle a présenté en partie l'an dernier au Briggait, à Glasgow. 

Ce corpus, rappelons-le, émane d'une visite que Nadia Myre a faite à Londres. Avec son fils, elle s'était promenée au bord de la Tamise, juste derrière le musée Tate Modern, et avait trouvé, sur la berge, des petits morceaux d'argile cuite s'avérant être des restes de pipes de tabac datant du XIXe siècle. Des pipes qui étaient alors des produits de consommation jetables en Angleterre. 

Ces pipes ont rappelé à Nadia Myre que les autochtones furent les premiers à fumer du tabac, une plante qu'ils utilisaient aussi pour se soigner. Des traditions qui inspirèrent, si l'on peut dire, l'ex-Empire britannique.

Photo fournie par l'artiste

Photo d'une maquette du projet sculptural Dans l'attente que Nadia Myre installera l'automne prochain à l'entrée Bonaventure, à Montréal

On retrouve ainsi chez Art mûr les premières pièces qu'elle a créées avec ces morceaux de pipes rapportés de la vieille Albion. Notamment des cordes faites avec des bouts de pipes enfilés sur du fil de nylon comme des perles (Pipe Bone Cord). Elle a ajouté dans la galerie des oeuvres réalisées cette fois-ci avec des tubes de céramique qu'elle a confectionnés en essayant de reproduire la forme et les teintes beiges de ces morceaux de pipes.

Paniers

Nadia Myre a assemblé ces pièces de céramique pour créer des oeuvres ayant la forme de paniers et de réceptacles qui symbolisent les techniques utilisées par les autochtones pour leurs contenants en osier qui servaient notamment à conserver et à véhiculer le tabac séché. Elle s'en est aussi servie pour Beaded Net, une sorte de filet de pêche qu'elle a placé sur un cube aux montures métalliques. Une installation contemporaine qui mêle traditions, connaissances et savoir-faire autochtones. 

Sur un pan de mur, l'artiste a collé un papier peint de sa composition, Contact in Monochrome (Toile de Jouy), sur lequel on découvre des motifs de la nature canadienne (castor, colibri), autochtones (tipi, canoë, calumet, tabac) ou européens (édifice victorien, armoiries, chapeau haut-de-forme). L'exposition est agrémentée d'un fond sonore, des bruits de la nature qui relient les oeuvres de Nadia Myre aux sources de son inspiration. 

À l'issue de cette présentation chez Art mûr, certaines oeuvres iront rejoindre, en avril, une expo collective du Textile Museum of Canada, à Toronto. Nadia Myre se réjouit donc de cette visibilité croissante et de sa carrière, en pleine expansion. « Je suis toujours en projet, toujours prof à Concordia et j'aime d'ailleurs tellement ça, toujours occupée, quoi, ça m'évite d'avoir des problèmes ! », dit-elle en riant. 

Code Switching and Other Work, de Nadia Myre, à la galerie Art mûr (rue Saint-Hubert, Montréal), jusqu'au 23 février.

Photo Mike Patten, fournie par la galerie Art mûr

Pipe Bone Cord [Cordes de pipes d'os], 2017, fragments de céramique trouvés à marée basse dans le lit de la Tamise à Londres, acier inoxydable, fil de nylon, 123,2 cm x 10,2 cm x 8,9 cm (dimensions variables)