(Ottawa) L’Union des artistes (UDA) a joint sa voix mardi à d’autres acteurs de la scène culturelle pour réclamer la mise en place d’un revenu minimum garanti pour les artistes.

Publié le 3 mai
Michel Saba La Presse Canadienne

Le temps de travail passé dans l’ombre, que ce soit des heures de pratique de guitare ou encore de mémorisation de texte, n’est pas reconnu, a expliqué en entrevue la présidente de l’UDA, Sophie Prégent, en marge du Sommet national sur la culture, à Ottawa.

« Pendant que vous pensez qu’on ne fait rien, on travaille, on écrit. C’est ça le principe, a-t-elle déclaré. Dans notre société, il n’y a pas cette reconnaissance-là. […] Pourtant, si on ne fait pas ça, on n’est pas capable de performer devant vous après. »

Les programmes gouvernementaux de pandémie, dont la Prestation canadienne d’urgence, la célèbre « PCU », – qui peut s’apparenter à un revenu minimum garanti –, ont ni plus ni moins permis aux artistes de « survivre », a-t-elle déclaré lors d’un panel qu’elle animait au Centre national des arts.

Bien que le gouvernement ait « payé cher » la PCU tant elle a eu « mauvaise presse », le programme a été « salutaire » pour les artistes, a-t-elle insisté en entrevue avec La Presse Canadienne. Selon Mme Prégent, il faut maintenant convaincre le gouvernement de mettre en place une mesure « un peu plus ciblée ».

Le regroupement revendiquait un revenu minimum garanti pour les artistes avant la pandémie, « mais personne ne nos écoutait », a-t-elle dit, constatant que le vent a tourné et disant voir « une forme d’ouverture ».

« Le temps est venu »

L’idée d’un revenu minimum garanti pour les artistes a été soulevée à plusieurs reprises lors du Sommet national sur la culture qui doit se terminer mercredi.

La « contribution à ce pays » des artistes qui sortent des écoles devrait être « reconnue dans une forme de revenu de base », a estimé Gideon Arthurs, le directeur général de l’École nationale de théâtre du Canada, avant d’être applaudi.

Ils devraient aussi, selon lui, en avoir eu « la promesse » lorsqu’ils entreprennent leurs études.

M. Arthurs répondait alors à une question sur la façon dont le gouvernement du Canada peut aider des gens à entreprendre et maintenir des « carrières viables » dans le milieu de la culture.

Pour la directrice générale de la Canadian Actors Equity Association, Arden Ryshpan, la pandémie a démontré les failles du filet social.

« Le temps est réellement venu de parler d’étalement du revenu pour les artistes, d’inclure les travailleurs autonomes et les travailleurs pigistes dans un nouveau programme d’assurance-emploi élargi et d’apporter un revenu de base garanti non seulement aux artistes, mais à tous les citoyens de ce pays », a-t-elle déclaré.

Du pain sur la planche

Le ministère du Patrimoine canadien « n’a probablement jamais été aussi occupé que ça », a déclaré le ministre Pablo Rodriguez dans une entrevue accordée avant que le sujet du revenu minimum garanti ne soit évoqué durant le sommet.

Il n’a pas été possible d’obtenir son opinion sur le sujet avant de publier.

Deux projets de loi de M. Rodriguez sont présentement devant la Chambre des communes. L’un vise à réglementer les services de diffusion en continu et les plateformes de partage de vidéos pendant que l’autre obligerait les réseaux sociaux à dédommager les médias.

Un troisième projet de loi pour contrer le contenu préjudiciable en ligne, comme le contenu haineux et la pornographie juvénile, est dans les cartons.

« Patrimoine n’est pas traditionnellement un ministère à projets de loi, a dit M. Rodriguez. Et donc le fait d’en avoir trois tout d’un coup, ça met beaucoup de pression sur l’équipe, mais l’équipe est complètement dévouée. »