L’émission balado s’appelle Who the Hell Is Hamish ? Mais qui diable est Hamish ? Aux yeux de nombreux intervenants, la réponse se résume justement à ce mot. Au diable. Car Hamish est un démon ayant fait de leur vie un enfer. Un escroc qu’un vétéran du journalisme, l’Australien Greg Bearup, s’est employé cœur et âme à exposer, à traquer et à comprendre.

Natalia Wysocka 
La Presse 

« Vous pensiez avoir tout entendu ? Accrochez-vous. »

La remarque arrive après quelques épisodes, déjà. Pourtant, rendus à ce point de Who the Hell Is Hamish ?, nous avons eu droit à des mensonges, à des vols d’identité, à des falsifications de signatures, à de la fourberie. Le tout orchestré par un homme. Un seul. Hamish McLaren.

« Vraiment ? se demande-t-on alors. Ça pourrait être pire ? » Ça l’est.

De son accent australien chantant, l’animateur de la balado, Greg Bearup, s’emploie alors à raconter ce pire. Celui perpétré par le bandit susmentionné. Non pas sur une, non pas sur deux, mais bien sur trois décennies. Sur tout autant de continents.

« C’est une affaire absolument incroyable !, s’exclame le charismatique journaliste au bout du fil. On n’en couvre pas beaucoup, des comme ça, dans une carrière. »

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU QUOTIDIEN THE AUSTRALIAN

Le journaliste australien Greg Bearu

L’homme de métier en a pourtant vu d’autres. Mais jamais ne s’était-il frotté à un scélérat de la trempe de McLaren. Un homme doté d’un sourire éclatant, d’une forme olympique, d’une collection de Porsche et de montres à 15 000 $. Un homme multipliant les relations avec des femmes magnifiques aux carrières florissantes. Un homme ayant tout dévasté sur son passage.

Spécialisé en affaires judiciaires, Greg Bearup a été mis sur la trace du faussaire par son amie Catherine Coleman, qui s’inquiétait pour une autre copine à elle.

Ladite copine était éperdument amoureuse d’un type qui clamait « avoir travaillé pour la NASA et bla-bla-bla ». Un homme presque trop parfait pour être vrai. « Catherine était convaincue qu’il racontait des foutaises. Elle m’a demandé d’enquêter un peu. »

En bon journaliste – et en bon pote –, Greg Bearup a acquiescé. Ce qu’il a trouvé l’a dépassé. « Plus j’enquêtais, plus l’histoire grandissait. Tant de gens ont été touchés. La méthode de Hamish consistait à s’infiltrer dans toutes les sphères de leur vie. La trahison n’était donc pas que financière. Elle était aussi émotive. »

Les mots du mal

Armé de ses découvertes, et de sa sensibilité, Greg Bearup s’est employé à concocter une émission aussi sobre que fascinante en compagnie du réalisateur Nicholas Adams-Dzierzba et du producteur Eric George. Pas de musique dramatique ni de fluctuations de voix pour insister sur les aspects sombres. Tout reposait sur le simple « pouvoir de la narration », comme le dit le journaliste.

Et pour la nourrir, cette narration, le reporter au quotidien The Australian a décidé de conclure chaque épisode de la balado, diffusée depuis février dernier, par la phrase : « Si vous avez des informations sur Hamish, joignez-nous au… » Il ne s’attendait pas à recevoir autant de réponses. 

J’ai même dû laisser des témoignages de côté. Le nombre de vies que ce type a détruites… C’est absolument fou.

Le journaliste Greg Bearup

Pourtant, au départ, certaines victimes ont catégoriquement refusé de parler à l’animateur. L’une d’entre elles l’a même menacé de poursuite si jamais la balado, alors au stade de projet, se concrétisait. Mais Greg Bearup n’est pas du genre sensationnaliste. Il écoute. Il comprend. Il compatit. Et en entendant le traitement sérieux réservé au parcours de l’escroc, cette femme blessée est revenue sur sa décision. Et a raconté son expérience au micro, elle aussi.

De toute façon, l’animateur n’a jamais voulu présenter ces victimes comme une bande d’idiots s’étant fait superbement flouer. Ce n’était, tout simplement, pas le cas. « Hamish a détroussé des gens extrêmement intelligents. C’était un escroc sacrément doué. »

Doué pour repérer les personnes en manque. En manque d’amour, de compréhension, d’écoute. Des besoins que le fourbe satisfaisait… momentanément. Souvent, il s’immisçait dans la vie de femmes récemment divorcées, de femmes sortant de relations compliquées. « Il trouvait les problèmes et proposait des solutions. Mais ce n’étaient que des mensonges. »

« Une cruauté indicible »

Greg Bearup confie ici que certains ont critiqué la place accordée dans son enquête à la sexualité du criminel. Pourtant, il s’agit là d’un point primordial. Le désintérêt total que Hamish avait pour les contacts physiques, son approche mécanique, le regard toujours détourné de ses partenaires… Cela en dit long. « Le sexe est une question de communication, remarque le journaliste. Et je voulais montrer que cet homme était absolument incapable d’échanger honnêtement avec ses partenaires. » Qu’il était capable de leur mentir en les regardant droit dans les yeux n’importe quand, sauf dans les moments intimes.

Moment marquant maintenant : l’histoire a débordé dans l’actualité. Le procès de Hamish McLaren vient de se conclure. Nous vous laissons en découvrir l’issue dans la balado. Ce que toute cette affaire a appris à Greg Bearup ? « Que nous sommes très vulnérables aux menteurs aguerris. Nous ne nous attendons jamais à ce que leurs inventions soient d’une telle ampleur. Et aussi dommageables. »

Et, par rapport au criminel au cœur de son investigation, comment se sent-il ? On imagine que Hamish lui inspire le dégoût. Mais n’exerce-t-il pas aussi une certaine… fascination ? Le journaliste s’esclaffe. « Je veux dire… les actes qu’il a commis sont d’une cruauté absolument indicible. En même temps, il y a quelque chose d’impressionnant dans la complexité de leur construction. Que ce type soit arrivé à garder une telle cohérence dans toutes ses chimères ! J’ai du mal à me souvenir de l’endroit où j’ai laissé mes clés. »

Écoutez la balado Who the Hell Is Hamish ? (en anglais)

Également offerte sur iTunes, Spotify et autres plateformes d’écoute numérique.