(GRAND ANGLE) Le gala de l'ADISQ ne se termine vraiment que quand s'éteignent les commentaires sur les remerciements longs et larmoyants, les tenues outrées ou les incidents non inclus dans le script, parfois appelés scandales. En remontant dans le temps: Guy A. Lepage qui lance à bout de bras le Félix de Richard Desjardins, absent (2004); Céline Dion qui refuse le Félix de l'artiste anglophone de l'année (1990); Luc Plamondon qui fustige les producteurs pour leurs positions sur les droits d'auteur (1983).

Mis à jour le 1er nov. 2013
Daniel Lemay LA PRESSE

Trente ans plus tard, on peut affirmer d'emblée que l'action la plus durable a été le combat de Plamondon pour les droits des auteurs et des compositeurs tandis que le geste de Céline Dion a mené à une dénomination de trophée qui nous rappelle encore que l'ADISQ et le showbiz québécois qu'elle représente marcheront toujours sur des oeufs autour de la langue; on parle ici du Félix de «l'artiste s'étant le plus illustré dans une autre langue que le français», attribué jusqu'en 2004 et remplacé depuis par l'inélégant «Artiste québécois - Interprétation autres langues».

Que reste-t-il donc, cinq jours plus tard, du 35e Gala de l'ADISQ?

Une certitude: Louis-José Houde offre le meilleur rapport talent/audace de l'industrie. Rien de neuf, par contre, côté controverse. L'ADISQ est condamnée à la quête constante de l'équilibre entre la reconnaissance de la qualité, telle que certains la croient exprimée par le seul vote de jurys spécialisés, et la reconnaissance de la popularité par le vote... populaire.

Rappelons que l'ADISQ attribue les Félix de ses principales catégories - interprètes et chanson de l'année - de cette façon depuis que Québecor a menacé, il y a quelques années, d'instituer son propre gala, arguant que ses poulains de Musicor ne recevaient pas à l'ADISQ la lumière qu'ils méritaient.

Dimanche, le géant a frappé trois en trois, Marie-Mai recevant le Félix de l'interprète féminine et Marc Dupré, ceux d'interprète masculin et de chanson de l'année; ces récompenses vont souvent de pair, que ce soit l'académie qui vote ou le public.

Dans l'immense coude-à-coude de la réception d'après-gala, toutefois, on sentait cette «nécessaire tension», dirait-on au PQ, issue des vieux contentieux.

Marie-Mai, dont tout le monde reconnaît le talent vocal et la forte présence scénique, aurait passé pareil dans l'autre système.

Pour Marc Dupré, par contre, c'était yeux levés au ciel et sourires entendus en parlant de la victoire du «gendre» (de René Angelil) et de «la grosse machine» pour le Félix d'interprète qui «normalement», disait-on, serait allé à Louis-Jean Cormier, le grand gagnant de dimanche, toutes catégories confondues.

L'autre polémique, si tant est que l'on puisse donner ce nom à l'une des plus vieilles rengaines associées au gala de l'ADISQ, implique les soeurs Boulay, qui ont à coup sûr établi un record d'entrevues dans la salle de presse où elles ont expliqué plus avant leurs récriminations contre les radios commerciales. Foi et candeur engagées pleinement dans un combat vain, inutile.

La multiplicité des canaux modernes et l'ouverture nouvelle de la radio publique à de nouveaux styles musicaux rendent moins nécessaire de faire partie des rotations des grosses stations FM pour se faire connaître ou même pour gagner sa vie.

Les radios commerciales, personne ne peut leur en faire reproche, «embarquent» un titre quand elles y voient un intérêt... commercial.

Toujours de commerce agréable, notre collègue Alain Brunet offre gratuitement la recette: «Si tu veux passer à CKOI, écris des chansons pour CKOI...»

Les meilleures idées

Apparence que le prochain maire de Montréal sera un cinéphile. Denis Coderre a 3500 DVD et son film culte est The Blues Brothers, apprenions-nous récemment à Radio-Canada, dans les reportages de Pasquale Harrison-Julien sur le projet culturel des quatre principaux candidats.

À deux jours du scrutin et indépendamment du résultat projeté, voici ce qui nous apparaît comme les meilleures idées de la campagne en ce qui a trait à la culture et à la place de Montréal comme métropole culturelle.

Richard Bergeron: protéger, pour l'aménagement d'ateliers d'artistes, 1 million de pieds carrés, concentrés dans HoMa et sur le Plateau; Denis Coderre: créer la fonction de commissaire au développement économique réservé à la culture; Marcel Côté: faire des bibliothèques et centres culturels des hubs numériques; Mélanie Joly: créer le poste de conservateur en chef de l'art public.

S'il est une unanimité sur un sujet «culturel», c'est l'urgence de combattre la culture de la corruption. Même les cols bleus sont contre.

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PRÉCISION

Dans notre numéro du 1er novembre, nous avons publié une chronique dans laquelle nous laissions entendre que l'ADISQ avait soumis les catégories «Interprète de l'année» et «Chanson de l'année» au vote populaire à la suite de menaces effectuées par Quebecor il y a quelques années arguant que les artistes de Musicor ne recevaient pas à l'ADISQ la lumière qu'ils méritaient. Or, ces catégories sont soumises au vote populaire depuis plus de 20 ans et ce fait ne découle aucunement de quelconques menaces de la part de Quebecor. Nos excuses.