Dominé jusqu’à maintenant par Huawei et Ericsson, le déploiement du réseau 5G au Canada compte maintenant un troisième grand joueur : Samsung, dont le partenariat avec Vidéotron a été annoncé vendredi matin.

Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

« Nous sommes très excités, c’est notre premier contrat pour un réseau remporté au Canada, s’est réjoui en entrevue Stephen Wiktorski, patron du Samsung Networks au sein de Samsung Canada. Vidéotron a constaté que nous étions un bon partenaire : nous avons une technologie 5G éprouvée. »

Le tour du monde

Chez Vidéotron, un porte-parole a précisé par courriel qu’on visait « une mise en service graduelle [du] réseau 5G au courant de l’année 2020 ». Dans un premier temps, Samsung s’occupera de l’amélioration du réseau LTE actuel de Vidéotron, ce qu’on appelle le LTE Advanced, ou LTE-A. Excluant les partenariats avec Rogers, le réseau de Vidéotron couvre essentiellement un large corridor entre Québec et Rimouski, avec des zones supplémentaires au Saguenay et en Abitibi.

SAISIE D’ÉCRAN LA PRESSE

La couverture cellulaire actuelle de Vidéotron.

« Nous avons fait le tour de la planète afin de trouver le fournisseur le mieux placé pour répondre aux besoins évolutifs de nos clients, a déclaré par communiqué Jean-François Pruneau, président et chef de la direction de Vidéotron. Le choix de Samsung comme fournisseur n’est pas le fruit du hasard, nous sommes convaincus qu’ils représentent la meilleure option. »

Les déboires du Huawei

Samsung est peu connue au Canada pour ses activités d’équipementier. Bell et TELUS, par exemple, considèrent Huawei pour l’implantation de leur futur réseau 5G, tandis que Rogers fait confiance à Ericsson. Samsung a pourtant fait sa marque dans son pays d’origine, la Corée du Sud, où elle est le grand maître d’œuvre du premier réseau 5G commercial qui a été implanté en avril dernier. « Nous avons vendu 4 millions de téléphones 5G en Corée, explique M. Wiktorski. Nous sommes les seuls à couvrir la technologie 5G de bout en bout. » Aux États-Unis, elle est l’un des partenaires choisis par trois des quatre grands fournisseurs, Verizon, AT & T et Sprint.

Samsung profite-t-elle de la méfiance à l’égard de Huawei, bannie par les États-Unis et l’Australie qui l’accusent d’être au service du gouvernement chinois ? « Nous ne nous concentrons pas sur nos concurrents, mais écoutons nos clients, nos partenaires et leurs besoins », répond avec diplomatie M. Wiktorski. Chose certaine, Samsung espère obtenir d’autres contrats de ce type au Canada. « Absolument ! Nous parlons à tout le monde. »

Pas avant 2025

Techniquement, au Québec et dans la région d’Ottawa, Samsung fournira à Vidéotron l’infrastructure des antennes d’émission cellulaire, ce qui inclut des unités radio, de traitement numérique et de redistribution à grande échelle du signal, appelé Massive MIMO. Le 5G sera déployé dans trois grandes bandes de fréquence, mais seule la plus basse, dans les 600 MHz, a été attribuée au Canada par enchères en mars dernier. On s’attend à ce que les dernières enchères, celles visant les prometteuses ondes millimétriques autour de 24 GHz, aient lieu en 2021. Le nombre d’antennes pour ce réseau promet d’exploser, les ondes millimétriques ayant une portée d’à peine quelques centaines de mètres. Dans un document interne, à titre d’exemple, la Ville de Montréal estimait en mai dernier que de 40 à 60 000 antennes 5G seraient déployées sur son territoire, essentiellement sur le mobilier urbain, alors qu’on en compte présentement 1200 pour le 4G.

Le 5G, dont la norme internationale n’a même pas encore été définie, permet une bande passante inégalée, une latence quasi inexistante et la capacité de connecter jusqu’à 1 million d’appareils au kilomètre carré. Selon les experts, il faudra attendre vers 2025 avant qu’elle fasse réellement son entrée dans la vie des consommateurs canadiens, bien que plusieurs projets à plus petite échelle aient déjà été mis sur pied.