Certains l’oublient. D’autres ne s’en sont jamais rendu compte. Mais tous les dollars épargnés au cours de sa vie ne valent plus la même chose lorsqu’on est rendu à la retraite.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Quelle est la différence entre avoir 500 000 $ d’épargnes dans un compte non enregistré et 500 000 $ dans un FERR (fonds enregistré de revenu de retraite) ?

« La différence est aussi grande qu’entre le jour et la nuit », répond Hélène Gagné, gestionnaire de portefeuille chez Gestion privée Gagné Johnston (Valeurs mobilières Peak).

Antoine Chaume, planificateur financier spécialisé en gestion de patrimoine chez Lafond et Waltr, ajoute que « 500 000 $ dans un compte non enregistré, c’est à peu près l’équivalent de 700 000 $ en FERR ».

J’ai téléphoné à ces deux experts parce que ma chronique sur ce couple qui s’est retrouvé sans le vouloir avec des centaines de milliers de dollars dans son REER, puis dans son FERR (la conversion doit se faire l’année de ses 71 ans), a beaucoup fait réagir. Bien des lecteurs se sont demandé pourquoi son épargne fondait plus vite que prévu. Pourquoi c’était un problème pour le couple d’avoir un FERR si bien garni. Et s’il est vrai qu’il aurait pu bénéficier du Supplément de revenu garanti si ses économies n’avaient jamais été enregistrées.

En somme, il y a quatre différences majeures entre l’épargne non enregistrée et l’épargne enregistrée dans un FERR pour les retraités. Les voici.

Les impôts

Lorsque l’on retire l’épargne accumulée dans un compte non enregistré, on ne paie de l’impôt que sur les revenus d’intérêts, les dividendes et le gain en capital (à 50 %). Car l’investissement de départ a été réalisé avec de l’argent net.

Les retraits d’un FERR sont pour leur part imposés en entier (tant le capital investi — de l’argent brut — que le rendement).

En conséquence, deux retraités qui auraient mis la même somme de côté et qui dépensent exactement la même chaque année ne verront pas leur compte se vider à la même vitesse.

C’est ce qui fait dire à Antoine Chaume que 700 000 $ dans un FERR équivalent à 500 000 $ d’épargne non enregistrée.

Ces impôts frustrent des retraités, constate Hélène Gagné. « Le problème, c’est que les gens oublient que, pendant des années, ils ont eu des avantages fiscaux. Ils ont peut-être utilisé leur remboursement d’impôt pour se payer un voyage ou pour réduire l’hypothèque sur leur propriété. »

La flexibilité

L’épargne hors REER/FERR peut dormir dans un compte de banque aussi longtemps que voulu. Elle peut être retirée au gré des besoins qui varient en fonction des voyages, de l’état de santé ou des rénovations à faire sur la maison. Et un planificateur financier saura déterminer la meilleure stratégie de retrait pour minimiser les impôts.

Ce n’est pas le cas de l’argent accumulé dans un FERR. Une certaine somme minimale doit impérativement être retirée chaque année. Et chaque retrait provoque un paiement d’impôt. « Le FERR, c’est la continuité du REER, rappelle Hélène Gagné. Et le REER est un régime de report d’impôt. » En forçant les retraits, le gouvernement s’assure de ravoir son argent.

Le calcul du retrait minimum se fait en fonction de l’âge du rentier le 1er janvier. Il n’y a pas de plafond.

Le Supplément de revenu garanti (SRG)

Pour déterminer si une personne de 65 ans ou plus est admissible au SRG, Ottawa se base principalement sur son revenu. Celui-ci doit être inférieur à 18 648 $ pour les célibataires. Dans le cas des personnes mariées ou ayant un conjoint de fait, le revenu annuel maximal doit être de 24 624 $ si le conjoint reçoit la pension complète de la Sécurité de la vieillesse, par exemple.

Lorsque le train de vie d’un retraité est financé par ses épargnes non enregistrées, seuls les intérêts, les dividendes et les gains en capital sont considérés comme des revenus. Pas le capital investi.

« On voit des personnes avec des actifs de 2 ou 3 millions de dollars qui ont accès au SRG », indique Antoine Chaume. Pour un non-initié, « ça peut avoir l’air d’un non-sens », convient-il. Mais les revenus et les actifs sont deux choses différentes.

Ainsi, on a tort de croire que seules les personnes dans une situation financière précaire ont accès au SRG. Les retraités qui n’ont pas accès au régime de retraite d’un employeur, mais qui ont accumulé d’importantes épargnes hors REER, y ont souvent droit grâce à la « structure de leur portefeuille », confirme Hélène Gagné.

En revanche, chaque retrait d’un FERR est considéré comme un revenu à 100 %, ce qui empêche bien des retraités d’obtenir l’allocation d’Ottawa.

Les règles successorales

Les héritiers du détenteur d’un FERR (à l'exception du conjoint) devront laisser une bonne partie de leur legs au fisc. Ce qui n’est pas le cas avec les placements non enregistrés. « On dit parfois à nos clients de liquider leur FERR au plus vite pour ne pas y avoir 500 000 $ à 80 ans. S’il survenait un décès, ce serait une catastrophe », lance Antoine Chaume.

Supposons que ces 500 000 $ soient composés d’un investissement de 400 000 $ et d’un gain en capital de 100 000 $ (imposé à 50 %) en sachant que le taux d’imposition à partir de revenus supérieurs à 250 000 $ est de 53,3 %.

Dans un FERR, la somme se transformera en 235 000 $ pour les héritiers (le défunt est réputé avoir liquidé le FERR). Si les 500 000 $ ne sont pas enregistrés, les descendants toucheront plutôt 473 350 $.

« On est à des années-lumière ! », conclut Antoine Chaume.