Un dollar et 52 cents par mois. Voilà l’augmentation anémique à laquelle auront droit les aînés qui reçoivent la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et le Supplément de revenu garanti (SRG) de la part d’Ottawa.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

« Je fais l’épicerie. Quand on regarde la vitesse à laquelle les prix montent, ça me fait bien rigoler », ironise Lucie Giroux, dont le conjoint touche la PSV. « Les augmentations sont vraiment très basses. Ça ne change vraiment pas grand-chose dans la vie des personnes âgées », déplore-t-elle.

En fait, l’indexation des rentes pour le dernier trimestre de 2020 n’apportera que du « p’tit change » aux retraités. Suivant l’indice des prix à la consommation (IPC), les rentes « augmenteront de 0,1 % pour le trimestre d’octobre à décembre 2020 », explique le fédéral.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Les aînés qui reçoivent la pension de la Sécurité de la vieillesse et le Supplément de revenu garanti auront droit à une maigre hausse de revenus de 1,52 $ par mois, en moyenne.

Les 6,5 millions de Canadiens de 65 ans et plus qui reçoivent la PSV auront droit à 614,14 $ par mois, soit une très maigre hausse de 61 cents.

Les 2,1 millions d’aînés à revenus modestes qui touchent aussi le SRG recevront jusqu’à 917,29 $ par mois (s’ils vivent seuls), soit une augmentation de 91 cents.

Au total, les plus démunis qui reçoivent le maximum des deux prestations auront 1531,43 $ par mois, une hausse de 1,52 $.

Pas de quoi faire des folies !

« L’augmentation n’est même pas suffisante pour s’acheter un petit café chez Tim Hortons qui coûte 1,65 $ avec les taxes », illustre Gisèle Tassé-Goodman, présidente du Réseau FADOQ qui défend les intérêts des retraités.

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Pourtant, les aînés ont vu leurs dépenses augmenter avec la pandémie, notamment avec la hausse du prix de la nourriture et l’ajout de frais de livraison pour l’épicerie, les médicaments, etc. En même temps, la baisse des taux d’intérêt diminue les rendements qu’ils peuvent tirer de leur portefeuille de placements.

C’est très pénible. Les aînés s’appauvrissent.

Gisèle Tassé-Goodman, présidente du Réseau FADOQ

L’été dernier, Ottawa a quand même prêté main-forte aux aînés en débloquant 2,5 milliards de dollars pour verser 300 $ aux gens qui touchent la PSV, ainsi que 200 $ à ceux qui reçoivent le SRG, pour un total de 500 $.

Des aînés ont aussi profité de la bonification du crédit de TPS qui a permis à tous les Canadiens à revenus modestes de recevoir 290 $ additionnels, en avril dernier.

Fort bien. Mais ces mesures sont temporaires. Il faudrait maintenant donner un véritable tour de vis à la PSV.

Lors de la dernière campagne électorale, Justin Trudeau a promis d’augmenter de 10 % la PSV, soit environ 730 $ par année, mais seulement à partir de 75 ans. Dans le récent discours du Trône, le gouvernement a dit qu’il restait déterminé à remplir cet engagement qui tarde néanmoins à se concrétiser.

Mais au-delà d’une bonification, il faudrait aussi une réforme de l’indexation si l’on veut freiner la mort lente de la PSV.

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Le problème vient du fait que la PSV et le SRG sont indexés en fonction de l’IPC, qui progresse moins vite que les salaires.

C’est comme si on disait aux aînés : vous n’avez pas droit au même accroissement de la richesse que les travailleurs.

Ruth Rose, professeure associée en sciences économiques à l’UQAM

Déjà, en 2013, le comité d’Amours avait mis le doigt sur le bobo. Mandaté par Québec pour identifier les failles de notre système de retraite, le groupe d’experts avait souligné que le régime fédéral était appelé à se réduire comme peau de chagrin, à cause de la sous-indexation.

Ils avaient établi qu’en 2052, les prestations fédérales ne remplaceraient plus que 13 % des revenus d’emploi d’un travailleur gagnant 40 000 $, soit deux fois moins que le taux de remplacement de 26 % en 2012.

Pour masquer ce vice de construction, Ottawa a révisé le SRG à quelques reprises. « Mais le taux de récupération est aussi passé de 50 % à 75 % pour une bonne partie du montant », fait valoir Mme Rose.

À la base, le SRG diminue de 50 cents par dollar de revenu qu’un aîné reçoit, à l’exception de la PSV. Un aîné perd tout son SRG lorsque son revenu annuel total excède environ 29 000 $ (en incluant la PSV).

Mais le SRG inclut une prestation complémentaire pour les personnes qui ont des revenus particulièrement bas. Or, son taux de récupération de 25 % s’additionne au taux de 50 % de base, ce qui fait doublement mal.

Lorsque les personnes essaient de compléter leurs revenus avec un retrait d’un REER, une pension privée ou même du travail, le gouvernement en récupère jusqu’à 75 % et même jusqu’à 90 % lorsqu’on tient compte des impôts et d’autres prélèvements.

Ruth Rose, professeure associée en sciences économiques à l’UQAM

Le SRG devient alors une trappe à la pauvreté pour les aînés, quoique le gouvernement vient d’augmenter les revenus de travail qu’on peut gagner sans se faire amputer son SRG.

C’est comme s’il avait mis un diachylon par-dessus un autre diachylon. Tout cela pour masquer le fait que les aînés perdent lentement mais sûrement leur pouvoir d’achat.

À la place, pourquoi ne pas bonifier la PSV, ce qui aurait moins d’effets pervers et profiterait à tout les aînés ? Et pourquoi ne pas indexer les rentes en fonction de la croissance des salaires ou du PIB ?