Non, ce n’est pas facile d’épargner. Encore moins d’investir judicieusement ces précieuses économies. Mais après, il est encore plus compliqué de décaisser le magot accumulé.

Stéphanie Grammond Stéphanie Grammond
La Presse

Justement, près des trois quarts de la population (73 %) ne savent pas trop comment ils vont utiliser leurs épargnes une fois à la retraite, selon un sondage Léger diffusé lundi par ÉducÉpargne, anciennement Question Retraite.

En fait, près du tiers des épargnants (30 %) attendent le jour où ils quitteront le marché du travail pour se demander comment ils utiliseront leurs économies.

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Près du tiers des épargnants (30 %) attendent le jour où ils quitteront le marché du travail pour se demander comment ils utiliseront leurs économies.

Danger !

« Quand les gens y pensent à la dernière seconde, parfois ils prennent de mauvaises décisions avant d’avoir planifié », prévient la planificatrice financière Nathalie Bachand, présidente du conseil d’ÉducÉpargne.

Certains peuvent se faire jouer des tours par la fiscalité.

Par exemple, une personne à faible revenu qui a des économies dans son régime enregistré d’épargne-retraite (REER) pourrait avoir avantage à retirer son argent avant 65 ans. Par la suite, ses retraits du REER feront fondre son Supplément de revenu garanti (SRG), un peu comme un impôt de 50 %. Pas fameux.

D’autres peuvent se faire jouer des tours par les fluctuations des marchés.

Voyez comment la pandémie a fait tomber les taux d’intérêt. « Plusieurs solutions de décaissement sont devenues beaucoup plus dispendieuses », constate le professeur Pierre-Carl Michaud, qui dirige l’Institut sur la retraite et l’épargne de HEC Montréal.

Avec une bonne planification financière, on peut réduire les risques de prendre sa retraite au mauvais moment, notamment en achetant une rente différée quelques années avant sa retraite.

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Avec le vieillissement de la population, le décaissement de l’épargne-retraite va devenir un enjeu crucial.

Auparavant, les travailleurs qui bénéficiaient d’un régime de retraite à prestations déterminées pouvaient compter sur une rente de leur employeur jusqu’à la fin de leurs jours.

« En ce moment, il y a un grand vide », constate M. Michaud. Les travailleurs qui arrivent à la retraite sont laissés à eux-mêmes. Ils ont peu d’outils pour faire face aux risques qu’ils sous-estiment trop souvent.

Premièrement, plusieurs ne réalisent pas qu’une personne de 60 ans a une chance sur quatre d’être encore en vie à 95 ans.

Comment s’assurer de ne pas survivre à ses épargnes ? La réponse est simple : on peut acheter une rente viagère.

« La rente est un produit qui est extraordinaire. Les rendements sont supérieurs aux obligations. Pour la grande majorité des gens, ça devrait faire partie des stratégies de gestion des risques à la retraite », affirme M. Michaud.

Or, les rentes ne sont pas populaires. Psychologiquement, les épargnants ont dû mal à céder à une compagnie d’assurance une partie des actifs qu’ils ont accumulés à grand-peine. De leur côté, les assureurs offrent peu de produits. L’œuf ou la poule ?

Deuxièmement, les retraités sous-estiment leurs éventuels problèmes de santé. C’est bien triste, mais plus de la moitié (56 %) des personnes de 60 à 70 ans risquent de devenir dépendantes et plus du quart (26 %) risquent de se retrouver dans un centre d’hébergement pour aînés.

Et alors, gare à la facture !

Il existe de l’assurance pour les soins de longue durée. Mais plusieurs assureurs ont retiré leurs produits des tablettes, car les épargnants ne sont pas chauds à l’idée de payer une prime durant de longues années avant de possiblement recevoir une prestation, explique M. Michaud.

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Cela étant dit, il existe un outil parfait pour faciliter le décaissement. Un outil qui permet aux travailleurs de toucher une rente à vie. Pleinement indexée. 100 % garantie. Et j’ai nommé : le report des rentes gouvernementales.

En fait, il est possible d’attendre jusqu’à 70 ans pour réclamer sa rente du Régime des rentes du Québec (RRQ) et sa pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV), ce qui permet d’obtenir une bonification de 42 % et 36 % respectivement.

Prenez un couple qui aurait cotisé au maximum durant toute sa carrière. « S’il reporte la PSV à 70 ans, ça fait 10 000 $ chacun. S’il reporte la RRQ jusqu’à 70 ans, ça fait 20 000 $ chacun. Grosso modo, ça lui fait 60 000 $ de revenus garantis jusqu’à la fin de ses jours. C’est pas si pire ! » s’exclame Mme Bachand.

Et ça simplifie drôlement la planification financière.

Si le couple prend sa retraite à 65 ans, par exemple, il ne lui resterait qu’à planifier combien d’argent il devrait retirer de son REER pour vivre durant cinq ans, en attendant le début des rentes gouvernementales. Ensuite, pilote automatique.

Sauf que le report des rentes n’est pas encore entré dans les mœurs. Le sondage d’ÉducÉpargne démontre qu’un tiers des répondants (39 %) pense qu’il est plus avantageux de retarder les demandes de rentes le plus tard possible, alors qu’un autre tiers (36 %) pense le contraire. Et les autres ? Ils n’en ont pas la moindre idée.

Bref, les gens sont mélangés. Et les convaincre de garder de l’argent pour le jour où ils seront en fauteuil roulant n’est jamais aisé.