Malgré la hausse du taux de chômage, bien des entreprises peinent toujours autant à recruter du personnel. Dans l’espoir de pourvoir leurs nombreux postes vacants, Bridor et Stelpro ont eu l’idée de tester le Publisac en plaçant leurs offres d’emploi parmi les cahiers publicitaires.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

L’usine de viennoiseries Bridor, à Boucherville, cherche 100 employés.

Le fabricant d’appareils de chauffage Stelpro, à Saint-Bruno-de-Montarville, en cherche une quarantaine pour son usine et dans ses bureaux.

« Avant la pandémie, on avait déjà une pénurie qui a été accentuée par l’engouement par la rénovation résidentielle », rapporte Stéphane Lettre, directeur marketing stratégique de Stelpro. Ces projets de confinement ont provoqué une augmentation d’environ 20 % de la demande pour ses produits, ce qui force notamment le recours aux heures supplémentaires et à des agences de placement.

Même les employés de bureau qui le souhaitent « travaillent sur le plancher le samedi ».

Dans l’espoir de trouver de la main-d’œuvre, Stelpro multiplie donc les stratégies. « Tanné de plier du linge ? Viens plier du métal ! », dit sa publicité insérée dans le Publisac. « C’est sûr que ça a fait jaser, lance Stéphane Lettre. D’habitude, le Publisac, ce sont des rabais. Voir une offre d’emploi, c’est inhabituel, ça surprend. »

L’offre précise qu’un boni de 1000 $ est offert après 1200 heures de travail et que le taux horaire peut atteindre 18,25 $ l’heure.

Beaucoup d’affiches « Nous recrutons »

La pénurie est encore plus criante chez Bridor, qui voudrait accroître de 20 % le nombre de ses employés à la suite d’un agrandissement de son usine et de l’ajout de nouveaux quarts de travail.

PHOTO FOURNIE PAR BRIDOR

Le fabricant industriel de pains et de viennoiseries Bridor, à Boucherville, emploie 400 personnes, mais en aurait besoin de 500.

Le manque d’employés pour faire des croissants et des brioches provoque un « casse-tête » dont l’entreprise se passerait volontiers. Les gestionnaires doivent faire appel à du personnel d’agence, encourager les heures supplémentaires et composer avec des ruptures de stock.

Ce n’est vraiment pas évident de trouver des journaliers, des gens qui veulent travailler de nuit. Au début de la pandémie, on voyait le taux de chômage monter. Et on se disait qu’on allait récupérer les gens de l’hôtellerie et de la restauration, mais ce n’est pas arrivé.

Pascale Closson-Duquette, vice-présidente ressources humaines chez Bridor

Puisque les foires de l’emploi et les portes ouvertes ne sont pas de mise pour des raisons évidentes, l’entreprise s’est tournée vers le Publisac dans l’espoir « de rejoindre beaucoup de monde ».

Pascale Closson-Duquette observe que la concurrence est forte, dans le quartier industriel de Boucherville. « Il y a beaucoup d’offres dans le coin. On n’est pas les seuls à vouloir recruter. Une entreprise sur deux, dans le coin, a une affiche “Nous recrutons”. » Mais les défis sont les mêmes à Montréal, ajoute la dirigeante, précisant que Bridor y exploite une usine de pain.

« Le recrutement, c’est vraiment un défi. C’est l’enfer », résume la dirigeante.

Messages en tagalog et navette

Chez Stelpro, bien que des milliers de personnes aient perdu leur emploi depuis le printemps, on continue de chercher des bras à l’étranger, au Maroc et au Burkina Faso. Les réseaux sociaux sont mis à contribution. « On essaie aussi de joindre les communautés culturelles, avec des messages en espagnol, en arabe et en tagalog, une langue des Philippines », confie Stéphane Lettre en parlant d’une « multitude de stratégies ».

PHOTO FOURNIE PAR STELPRO

Chez Stelpro, bien que des milliers de personnes aient perdu leur emploi depuis le printemps, on continue de chercher des bras à l’étranger, au Maroc et au Burkina Faso. Les réseaux sociaux sont mis à contribution.

L’entreprise familiale prévoit aussi de mettre en place une navette en 2021 entre le métro Longueuil et son usine en bordure de l’autoroute 20.

Bridor (marque Au Pain Doré) et Stelpro ne sont pas d’obscures entreprises à la notoriété anémique. Mais pour le recrutement dans leurs usines – syndiquées –, ça n’aide pas beaucoup, déplorent-elles.

Du côté de TC Transcontinental, on affirme que ce ne n’est pas nouveau que des entreprises affichent des postes dans son Publisac, mais qu’il y a « une recrudescence depuis le début de la pandémie ». Il n’a pas été possible d’obtenir de statistiques sur le nombre d’offres d’emploi insérées dans le sac bon an, mal an.

« C’est un outil intéressant parce qu’il permet un ciblage précis par code postal et en raison de son faible coût », dit la porte-parole Patricia Lemoine.

L’imprimeur n’a pas voulu nous donner des exemples d’entreprise ayant tenté l’expérience par le passé, mais il a précisé que des détaillants s’étaient servis de son outil pour trouver du personnel. Et lui-même l’a fait. « Nos propres usines se servent de temps à autre du Publisac pour recruter sur le territoire d’opérations et ça fonctionne très bien. »