(Londres) La compagnie aérienne britannique EasyJet subit la première perte annuelle de ses 25 ans d’histoire et s’inquiète de mois difficiles à venir, du fait d’un trafic aérien frappé de plein fouet par la crise sanitaire.

Jean-Baptiste OUBRIER
Agence France-Presse

Le transporteur a annoncé jeudi dans un communiqué prévoir une perte avant impôt comprise entre 815 et 845 millions de livres pour l’exercice 2019-2020 achevé fin septembre (entre 895 et 928 millions d’euros).

« Cette année, ce sera la première fois de son histoire qu’EasyJet réalisera une perte », regrette Johan Lundgren, directeur général de la compagnie.

Le nombre de passagers transportés a chuté de 50 % à 48 millions sur l’exercice.

Le transporteur, fondé en 1995, a surtout souffert de l’arrêt de ses vols au printemps en raison des confinements et des restrictions de déplacements en Europe, ce qui lui a coûté très cher.

Il a ensuite repris ses vols depuis le 15 juin, mais au vu de la demande en berne, il a réduit ses capacités à 38 % de ce qui était prévu pour la période d’été de juillet à septembre, soit le quatrième trimestre de son exercice.

EasyJet précise d’ailleurs qu’il prévoit pour ce dernier trimestre une perte avant impôt entre 295 et 325 millions de livres, qui devrait être plus faible que celle du troisième trimestre.

M. Lundgren se montre très prudent pour les prochains mois.

EasyJet ne va tourner qu’à 25 % de ses capacités prévues entre octobre et décembre, soit le premier trimestre de son exercice 2020-2021, en raison des quarantaines imposées par le Royaume-Uni à plusieurs pays, comme la France et l’Espagne, et au moment où l’Europe cherche à enrayer la résurgence du virus.

« Le secteur aérien continue de faire face à la menace la plus grave de son histoire et le gouvernement britannique doit de manière urgente intervenir avec un ensemble de mesures dédiées afin que les compagnies aériennes puissent aider à la reprise économique », souligne le dirigeant.

Des voyageurs testés ?

Le ministre britannique des Transports Grant Shapps a lui promis mercredi une annonce imminente sur la mise en place de tests pour les voyageurs arrivant dans le pays, ce qui pourrait réduire la période de quarantaine.

Ces mesures « seraient un énorme soutien, mais de nombreux autres facteurs pèsent sur la demande, comme le chômage et la peur du virus lui-même », prévient Neil Wilson, analyste chez Markets.com.

La compagnie note quant à elle que les premières réservations pour l’été 2021 sont au niveau de celles observées lors des années précédentes.

Compte tenu des pertes financières, aucun dividende ne sera versé au titre de l’exercice 2019-2020.

En réaction à cette publication, le titre perdait 0,80 % vers 5 h 20 HE à la Bourse de Londres.

Pour survivre à cette crise, EasyJet a renforcé considérablement sa trésorerie ces derniers mois, à hauteur de 2,4 milliards de livres au total depuis le début de la pandémie.

Il a par exemple levé 419 millions de livres par le biais d’une émission de nouvelles actions et obtenu un prêt de 600 millions de livres auprès des pouvoirs publics au Royaume-Uni. EasyJet a également renégocié des commandes d’Airbus.

« Il va y avoir une longue période d’incertitude avant de voir si le prochain été est suffisamment bon pour éviter de renforcer encore les finances. Mais EasyJet semble prêt pour l’instant », selon M. Wilson.

Comme ses concurrents, le groupe avait déjà annoncé jusqu’à 4500 suppressions d’emplois, soit près du tiers de ses effectifs. Il a notamment décidé de fermer ses bases de Stansted près de Londres, de Southend dans l’est de l’Angleterre et de Newcastle en Écosse.

EasyJet explique jeudi avoir achevé avec succès les consultations avec son personnel au Royaume-Uni ce qui devrait permettre d’éviter des licenciements secs.  

Des discussions sont encore en cours en Allemagne, au Portugal et en Suisse.