Les consommateurs de cannabis montréalais seront bientôt aussi bien servis par la Société québécoise du cannabis (SQDC) que par le revendeur du coin. La société d’État vient de lancer un appel d’offres pour trouver un fournisseur qui livrera ses produits « le jour même », et qui pourrait même assurer le service « dans un délai d’une heure » dans certains secteurs de la métropole.   

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

« 100 % des colis doivent être livrés au client, le jour même de la commande, avant 22 h, du lundi au dimanche, suivant la cueillette au centre de distribution de la SQDC », précise l’appel de soumission, en vigueur jusqu’au 5 décembre.  

Le fournisseur choisi « pourrait être appelé à effectuer des cueillettes et livraisons dans un délai d’une heure pour l’ensemble des secteurs identifiés, ajoute le document technique de 57 pages.  

«Notre mandat est de migrer les consommateurs du marché noir vers le marché légal, explique Fabrice Giguère, le porte-parole de la société d’État, qui confirme l’intention de l’organisme d’accélérer ses livraisons à domicile. La proximité et l’instantanéité du service font partie de facteurs qui peuvent faire migrer les gens. »

Lancé dans le cadre d’un projet-pilote de 6 à 9 mois, ce service accéléré couvrira uniquement l’île de Montréal pour le moment. Il pourrait être élargi à la grande région métropolitaine dans un deuxième temps.  

« Nous voulons offrir une option de plus à notre clientèle. À ce stade-ci, nous ne savons même pas si nous allons être en mesure de trouver un fournisseur qui saura répondre à nos exigences et aux protocoles très stricts avec lesquels nous travaillons », ajoute M. Giguère.  

À l’heure actuelle, la SQDC assure la livraison à domicile dans un délai de 1 à 3 jours ouvrables, excluant les samedis et les dimanches. Postes Canada est son unique fournisseur pour ces livraisons.   

La Société des alcools livre quant à elle dans un délai de 3 à 5 jours ouvrables, selon son site internet.  

« C’est un peu drôle de constater qu’il sera plus facile de commander du cannabis que de l’alcool, mais on comprend que c’est pour enrayer le marché noir », réagit Marianne Dessureault, porte-parole de l’Association pour la santé publique du Québec (ASPQ).  

« Si ça assure une consommation à moindre risque, nous voyons cela d’un bon œil, pour autant qu’il n’y ait pas d’augmentation globale de la consommation », ajoute-t-elle. Son organisme souhaite que Comité de vigilance sur le cannabis, sur lequel siège notamment la Direction de la santé publique, soit mandaté pour analyser l’efficacité du projet pilote à faire migrer les consommateurs du marché noir vers le marché légal.  

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, se montre favorable au projet : « La SQDC peut procéder à ce type d’appel d’offres.  C’est un service qu’elle offre déjà via Poste Canada,  précise-t-il dans un courriel transmis à La Presse.  Par contre, il faudra s’assurer que les mêmes normes de livraisons soient appliquées de façon sécuritaire et rigoureuse afin d’éviter que des jeunes de moins de 18 ans maintenant et de 21 ans au 1er janvier puissent avoir accès à des produits de cannabis de cette façon.  Je fais confiance à la SQCD qui, comme nous, a un souci de santé publique. »

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant

La SQDC s’attend à livrer environ 400 colis par semaine dans le cadre du projet. Le fournisseur devra assurer la « validation en tout temps de la preuve d’âge avant de remettre le colis au client ». Des amendes de 1000 $ à 5000 $ sont prévues au contrat en cas de non-respect de cette clause, et la SQDC précise qu’elle effectuera des contrôles de vérification.   

Le fournisseur devra aussi « remettre une liste complète des employés et/ou sous-traitants prévus pour être affectés au contrat (personnel régulier et remplaçant). Cette liste est sujette à l’approbation de la SQDC qui se réservera le droit et le privilège d’en demander la révision », indique le document d’appel d’offres. L’entreprise ne pourra « en aucune circonstance effectuer l’entreposage dans un véhicule ou chez l’un des employés. »

« Le mode de transport utilisé pour le service de livraison devra contribuer à l’objectif de Montréal de devenir la première ville de mobilité durable en Amérique du Nord. Les déplacements à faible empreinte carbone devront être privilégiés, tel que les véhicules électriques », ajoute le document.