Lowe’s a annoncé hier que le président de sa division canadienne, Sylvain Prud’homme, prenait sa retraite. Une annonce qui survient alors que les résultats financiers des magasins ne satisfont pas la haute direction aux États-Unis. Son départ est une « déception » pour les uns, un « signal » pour les autres.

Marie-Eve Fournier Marie-Eve Fournier
La Presse

Le dirigeant, qui n’a pas souhaité accorder d’entrevue, travaillait pour Lowe’s Canada depuis 2013, soit trois ans avant l’acquisition de Rona par le géant américain. Il aura passé « plus de 35 ans » dans l’industrie du détail, que ce soit chez Loblaw, Walmart ou Sobeys.

C’est avec des sentiments partagés que j’annonce avoir décidé de prendre ma retraite. Nous avons accompli beaucoup de choses au cours des dernières années, et je crois que le moment est venu pour moi de passer plus de temps avec ma femme et ma famille.

Sylvain Prud’homme, dans un communiqué

À l’Association québécoise de la quincaillerie et des matériaux de construction (AQMAT), on a accueilli la nouvelle avec stupéfaction. « C’est une grande déception pour l’ensemble de l’industrie », a résumé le président et chef de la direction Richard Darveau. « Sylvain a la même aura que Robert Dutton, la même humanité, mais avec un background plus diversifié, une expertise ample et profonde. »

Le chef de la direction de Lowe’s Companies, Marvin Ellison, a remercié le Québécois « pour son dévouement au fil des ans ».

La décision est effective immédiatement. Et d’ici à la nomination d’un remplaçant permanent, Tony Cioffi (vice-président exécutif, finances, immobilier et marchands affiliés), prendra la relève.

« Dur à croire »

La cause officielle du départ de Sylvain Prud’homme en laisse plus d’un perplexe. « Quand on connaît l’individu, quand on devine son âge [55 ans] et qu’on ajoute une couche de contexte, c’est bien dur de croire [qu’il part à la retraite] », nous a confié une source qui travaille dans l’industrie depuis des années.

« S’il y avait eu des états financiers très positifs l’été dernier, est-ce qu’on en serait rendus là ? J’en doute », renchérit la professeure JoAnne Labrecque, experte de la vente au détail à HEC Montréal.

Chose certaine, selon elle, le départ de M. Prud’homme est « une indication que l’entreprise se pose des questions […] un signal qu’on veut que ça change ». Quand il y a un changement de président dans une entreprise, dit-elle, « c’est parce qu’il se passe quelque chose ».

Et la suite des choses ?

Cette perspective risque de provoquer de l’inquiétude chez les marchands affiliés. Du moins jusqu’à la nomination d’un successeur. Aux États-Unis, Lowe’s n’exploite que des magasins d’entreprise. Son expertise avec les marchands affiliés est donc limitée.

Des marchands ont d’ailleurs confié au Journal de Montréal la semaine dernière avoir abandonné l’enseigne Rona en raison du manque d’écoute de Lowe’s. « Ça n’a pas été une décision facile à prendre, ça fait 31 ans qu’on était avec Rona. Mais avec Lowe’s, le modèle du magasin de proximité agonise. Les petits marchands étaient laissés à eux-mêmes », déplorait Stéphane Baril, propriétaire d’un magasin à Longueuil.

(RE) LISEZ notre texte « Lowe’s a-t-elle payé trop cher pour Rona ? »

Richard Darveau rappelle que sans « Sylvain Prud’homme, jamais il n’y aurait eu une concentration des ressources financières et humaines à Boucherville », ce qui avait eu pour effet de rassurer l’industrie québécoise. Le dirigeant est venu s’installer en Montérégie dès 2016 et le bureau régional de Lowe’s Canada à Mississauga a été fermé en juin 2019.

« Sylvain a été le premier à embarquer dans une foule de projets, en particulier notre programme Bien fait ici pour encourager l’achat local […] Il fallait être équipé pour convaincre les Américains d’aller de l’avant », raconte Richard Darveau.

Sera-t-il remplacé par un Américain ? « Quand on lit entre les lignes, on a l’impression que le président va vouloir placer un de ses hommes », dit un expert de l’industrie. « C’est une possibilité », convient JoAnne Labrecque, de HEC Montréal.

Lowe’s Canada regroupe 600 magasins détenus en propre et affiliés sous les enseignes Rona, Réno-Dépôt et Ace, notamment.

Le fil des événements

Février 2013

On annonce la nomination de Sylvain Prud’homme à la tête des opérations canadiennes de Lowe’s.

Février 2016

Lowe’s achète Rona pour 3,2 milliards.

Été 2016

Le siège social de Lowe’s Canada déménage dans les bureaux de Rona à Boucherville.

Décembre 2017

Sylvain Prud’homme devient le président des opérations internationales de Lowe’s (Canada et Mexique).

Février 2019

Lowe’s réduit de 1,2 milliard la valeur de sa division canadienne (Rona et Réno-Dépôt).

Avril 2019

Lowe’s quitte le Mexique après neuf ans, car les résultats sont insatisfaisants.

Août 2019

Les résultats du deuxième trimestre font état d’une baisse des ventes comparables au Canada, mais d’une hausse aux États-Unis.

Octobre 2019

La retraite de Sylvain Prud’homme est annoncée.