Le gestionnaire responsable d’un investissement majeur dans SNC-Lavalin par une filiale de la Banque Royale au printemps persiste et signe : l’action du cabinet montréalais de génie-conseil demeure « grossièrement » sous-évaluée.

Richard Dufour Richard Dufour
La Presse

RBC Gestion mondiale d’actifs a acheté plus de 350 millions de dollars en actions de SNC-Lavalin, en avril et mai (environ 12 millions d’actions), ce qui en a fait le plus gros actionnaire après la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Ces transactions ont été réalisées pour le compte de clients et de fonds RBC. Le Fonds à rendement absolu PH&N est un de ceux-là. SNC est la seule position significative en actions de ce fonds alternatif d’approximativement 1 milliard de dollars offert uniquement à des investisseurs qualifiés. Outre la participation dans SNC, les actifs du fonds sont essentiellement investis dans des titres à revenu fixe.

Or, le Fonds à rendement absolu PH&N de RBC a généré un rendement négatif de - 16 % au cours des huit premiers mois de l’année. En parallèle, le titre de SNC poursuivait sa chute entamée l’an dernier. L’action de SNC-Lavalin a clôturé à 18,91 $ hier à Toronto. Elle valait une soixantaine de dollars il y a un an, et a navigué entre 35 $ et 25 $ au printemps.

Dans une lettre envoyée à ses clients en août, le gestionnaire principal du Fonds à rendement absolu PH&N, Hanif Mamdani, soulignait que l’investissement dans SNC l’incitait à faire preuve de modestie. « Cette expérience a amené l’équipe à améliorer ses processus analytiques et, plus important encore, à structurer une grille de gestion du risque sous la supervision du chef des placements dans le but d’éviter qu’un scénario semblable survienne à nouveau. »

Dans une nouvelle lettre envoyée à ses clients dans les derniers jours, Hanif Mamdani a réitéré sa confiance envers son investissement. Il estime que le titre de SNC a, selon une estimation prudente, une valeur intrinsèque nette de 33 $.

Selon Hanif Mamdani, l’action pourrait maintenant remonter jusqu’à 40 $ si certains éléments tournent à l’avantage de SNC.

Il pense par exemple à l’exécution des contrats clés en main à prix forfaitaire. Les projets de ce genre peuvent avoir des conséquences financières importantes pour SNC lorsque des dépassements de coûts surviennent. SNC a fait savoir cet été qu’elle abandonnait ce type de contrats, mais son carnet de commandes contient encore plus de 3 milliards de dollars de contrats du genre. Si SNC parvient à atteindre le seuil de rentabilité avec ces projets, son action s’en portera mieux.

Même chose, souligne-t-il, si un arrêt du processus judiciaire est ordonné par la cour le 20 septembre (date à laquelle SNC retourne devant les tribunaux pour son procès pour fraude et corruption lié à des gestes posés en Libye), comme ce fut le cas pour d’ex-dirigeants de SNC en février (arrêt Jordan pour délais déraisonnables).

Chef de tous les placements alternatifs chez RBC Gestion mondiale d’actifs, Hanif Mamdani calcule que de façon prudente, le secteur des services de génie (Atkins, le groupe nucléaire, l’autoroute 407, etc.) vaut 7,4 milliards, soit environ 42 $ par action. À cette évaluation, il note qu’il faut soustraire environ 3 $ par action pour tenir compte des pertes potentielles liées aux contrats clés en main à prix forfaitaire et retrancher près de 6 $ par action pour escompter les dettes et impôts futurs (notamment ceux liés à la vente récente d’une portion de la participation dans l’autoroute 407) et tenir compte des frais juridiques découlant du procès criminel.

Capitulation et spéculation

L’action de SNC-Lavalin a reculé jusqu’à à 15,47 $ au début du mois, un niveau plancher jamais observé depuis une quinzaine d’années.

« Il semble que la plupart des investisseurs, y compris les institutionnels, ont capitulé alors que les traders [quants] ont continué de vendre le titre à découvert pour profiter du sentiment négatif et des craintes de voir SNC-Lavalin exclu de l’indice S&P/TSX 60 », explique Hanif Mamdani dans sa lettre.

En s’appuyant sur ses discussions avec des dirigeants de SNC et des membres du comité spécial chargé d’évaluer les différentes avenues qui permettraient de protéger la valeur de SNC-Lavalin pour ses parties prenantes, et après avoir échangé avec d’autres personnes, Hanif Mamdani dit sentir qu’une « alternative stratégique » pourrait bien faire surface.

« Nous demeurons absolument engagé envers notre participation dans SNC avec grande conviction malgré le repli significatif de l’action. »

RBC Gestion mondiale d’actifs a décliné notre demande d’entrevue et il n’a pas été possible de connaître le nombre exact d’actions de SNC détenu par le Fonds à rendement absolu PH&N.

Les trois principaux actionnaires de SNC sont aujourd’hui la Caisse de dépôt (19,9 %), RBC (16,6 %) et Jarislowsky Fraser (10,8 %).